Dans les quartiers Ouest de la capitale tunisienne, les conditions environnementales ne sont pas les meilleures. Et pour cause, un mauvais traitement des eaux usées. Les experts parlent même de risque de ghettoïsation. Pour éviter le pire, le gouvernement tunisien a décidé d’agir, en collaboration avec l’Union européenne.
Samira Al Sadfi - Tunis, Eurojar
C’est avec le soutien de l’Union européenne que la Tunisie lance, sur deux phases à partir de 2010, un plan de modernisation de ses 19 stations d’épuration des eaux usées. Khalil Atieh, ingénieur et directeur de l’Office national de l’assainissement en Tunisie, l’ONAS (institution qui relève du secteur public), explique les mobiles de cette initiative: «Les anciennes stations sont dans un état déplorable et ne permettent pas d’absorber les quantités d’eaux usées dans les quartiers résidentiels, surtout avec l’augmentation de la population.» D’après lui, la première phase du projet inclut des appels d’offres pour le renouvellement de 8 stations que l’ONAS entend lancer début 2010. Le reste est prévu pour début 2011.
À savoir que les stations couvrant l’ensemble des provinces comportent 130 points de pompage. Quant au budget global du plan de modernisation, il est estimé à 232 millions de dinars tunisiens (130 millions d’euros). Dans les détails, le gouvernement tunisien se chargera d’assurer 36% de cette somme. 58% sera assuré par les prêts fournis par deux institutions financières européennes (la Banque allemande de développement (KfW) et l’Agence française de développement (AFD) et 6% sera mis à disposition sous forme de don par l'UE dans le cadre de la Facilité d’Investissement pour le Voisinage (FIV). Giulia Buscosi, chargée des projets de développement durable à la délégation de l'Union européenne, affirme que l’objectif de la FIV est de solliciter la contribution de banques européennes pour l’octroi des fonds nécessaires aux plans de développement conçus par les pays partenaires de l’UE en région Méditerranéenne.
À partir de là, la Banque européenne d’investissement (BEI), la KFW et l'AFD seront en charge d’assurer les fonds nécessaires à la rénovation des stations tunisiennes d’épuration d’eau à travers des prêts bonifiés. À cet égard, l’ambassadeur allemand en Tunisie, Horst-Wolfram Kerll, souligne que l’accord sur la première partie du budget a été conclu avec le ministère tunisien des Affaires étrangères, ajoutant que le programme entend aussi fournir les équipements à quatre stations situées dans les régions d’Al Mahdia, de Kafssa, de Nabol et de Meknine, afin d’y favoriser la production de méthane.
Nouvelle Station
Dans le cadre du renforcement du réseau d’épuration qui s’étend des provinces du Nord jusqu’à celles du Sud, une nouvelle station sera bâtie pour améliorer les conditions environnementales inacceptables prévalant à l’Ouest de la capitale tunisienne. Après la multiplication de constructions sauvages dans les quartiers à l’Ouest de la ville durant les années 70 et 80, il est devenu impératif de porter une attention particulière aux quartiers de Wifaq, Aqaba, Farashish, Nasr, Mohamad Ali, Borj Shakir et d’autres. Sauf qu’une telle initiative nécessite des investissements énormes, que le gouvernement tunisien n’est pas en mesure d’assurer. Ce qui l’a donc incité à inclure dans le cadre de ses programmes de coopération avec l’Union européenne, considérée comme étant le principal partenaire de la Tunisie dans le domaine du développement, un plan de création d’un réseau d’épuration englobant ces quartiers. En l’absence d’une carte environnementale claire et avec des réseaux rudimentaires au cœur de la ville ressemblant aux fosses septiques rurales, l’amélioration de la situation environnementale dans ces quartiers résidentiels où sont finalement versées les eaux usées ne s’avère pas être une tâche facile.
Risque de ghettoïsation
Tirant la sonnette d’alarme, un expert tunisien en urbanisme affirme que «si les conditions environnementales restent inchangées, les habitants des quartiers Ouest risquent d’être davantage marginalisés du circuit de développement et de modernisation dont ont bénéficié les quartiers modernes des autres banlieues de la ville.» D’où la nécessité de relier ces quartiers défavorisés au réseau d’épuration, en vue de prévenir le risque de ghettoïsation. Dans ce contexte, Khalil Atieh affirme que «tant que les eaux polluées continuent de circuler dans les quartiers résidentiels, empoisonnant les nappes phréatiques, il est impossible de parler de développement durable, d’amélioration des conditions de vie ou d’émergence d’une culture urbaine.»
Mis à part ces zones, l’ONAS se charge d’un autre grand quartier, Sidi Hussein, établi en dehors du plan de développement conçu précédemment, étant donné que les habitants qui s’y sont installés ont rejeté le plan de planification urbaine proposé par la mairie. L’ONAS s’apprête à construire une nouvelle station dans une zone située au bord d’une terre basse, laquelle, en période d’hiver, se transforme en lac stagnant. Le budget consacré à cette station, baptisée «Al Attar», s’élève à 43 millions de dinars (soit 23 millions d’euros). Sa capacité atteint 60 mille mètres cubes par jour et elle servira à couvrir les besoins de 25 quartiers résidentiels des banlieues Ouest de la capitale. L’UE finance, à travers la BEI, une partie de ce projet. Le gouvernement tunisien et la Banque mondiale se chargent d’assurer le reste du financement.