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Euromed

Pour un dialogue entre partenaires



Le Forum de Luxembourg, organisé par l’UE, a rassemblé des représentants de la société civile de la région Euromed. Objectif : réfléchir au rôle de cette société dans le processus de Barcelone. Parmi les participants, Habib Maalouf, président de l’Association Libanaise pour l’Environnement et le Développement (LAED), et Patrick Renauld, Chef de la Délégation de la Commission Européenne au Liban. Un débat à 2 voix.

 

Habib Maalouf conteste
Nous constatons que le partenariat Euromed est majoritairement commercial et économique. Il occulte de nombreux aspects sociaux. D’abord, la plupart des délégués européens présents à ce forum sont issus de l’immigration, comme si les problèmes avec la Méditerranée ne concernent que le Sud. Ensuite, la question principale posée par les Européens était la libre circulation des personnes et le traitement de l’immigration. Il faut dire qu’en Europe, il y a près de 23 millions d’immigrés régularisés, mais aussi 4 millions de sans-papiers qui réclament une égalité de droits avec les citoyens autochtones. L’Europe, elle, accueille ces revendications avec méfiance et nous propose des solutions de croissance économique qui ont des conséquences catastrophiques en Europe même. Voulons-nous vraiment de cette croissance systématiquement limitée par les désastres humano-naturels qu’elle provoque ? A mon avis, le développement occidental a montré ses limites. Nos pays sont appelés à trouver des formules de croissance qui leur soient propres et qui sont à même de préserver leur environnement et leurs traditions.

Patrick Renauld répond
Le point de vue de Maalouf est intéressant. Notons qu’à travers la Politique européenne de voisinage, nous entendons renforcer le concept de partenariat. Chacun doit y trouver son intérêt. Nous ne cherchons pas à imposer notre modèle de croissance, sous prétexte qu’il est idéal. Dans l’Union européenne, nous avons réussi certaines expériences que nous souhaitons partager. Il ne s’agit pas de choisir entre l’Arabité et l’Occident, mais de se retrouver autour de valeurs communes. Si Habib Maalouf revendique le droit des pays méditerranéens à suivre leur propre objectif, nous, Européens, répondons que c’est l’ambition qui est la nôtre et nous la concrétisons par des Plans d’actions élaborés « à la carte » avec chacun de nos partenaires.

En ce qui concerne l’indépendance des ONG, ce sont elles qui viennent nous voir en nous disant : nous n’avons pas de moyens, aidez-nous à nous exprimer. La politique suivie par l’UE n’a jamais été d’aider des partis politiques. Nous finançons les gens en fonction de leurs projets et non de leur appartenance ou de leur croyance. Quel est le degré d’indépendance quand on est financé ? Et bien c’est le même que celui des journaux par rapport à leurs annonceurs. C’est à l’association elle-même de préserver son indépendance et d’évaluer ses marges de manœuvre.

Au cours du Forum civil, on a demandé pourquoi les financements allaient aux gouvernements et non à la société civile. Nous allons vers ce sens, sans perdre de vue que les gouvernements offrent les garanties qu’exige le contribuable européen. Si l’objectif est d’intégrer le marché intérieur européen, ça ne signifie pas seulement pouvoir exporter des produits libanais (ou tunisiens ou…). Cela signifie pouvoir créer une entreprise, pouvoir investir. L’objectif de l’intégration au marché unique est beaucoup plus vaste qu’un marché commercial. C’est une intégration à un certain nombre de principes et de valeurs qui n’ont rien à voir avec l’Occidentalité et l’Arabité. On ne va pas me dire que parmi les valeurs fondamentales de l’Arabité, il y a le mépris de la femme ou la torture.

Fifi Abou Dib
Journaliste
(Cahiers Euromed, 2005)