Vers un journalisme plus professionnel

23/02/2010


L’union européenne est l’un des financeurs du tout nouveau «Jordan Media Institute», l’Institut jordanien des Média (Jordan Media Institute). Sous la houlette de la princesse Rym Ali a été créé en 2008 un centre d’enseignement du journalisme. Il va proposer dans les mois qui viennent la toute première maîtrise en journalisme du royaume.


Amman, Eurojar

Le journalisme n’est toujours pas considéré comme une filière importante en Jordanie. Ceux qui choisissent cette voie sont ceux qui recueillent les plus mauvaises notes au baccalauréat (en Jordanie, pour rejoindre certaines filières, il faut un score plus ou moins élevé au diplôme de fin d’études, un peu le système des mentions dans le système français). En 2009, le centre d’études politiques al-Quds publiait une étude sur les médias et la censure. Sur les 1500 journalistes jordaniens, seulement 23% possèdent un diplôme universitaire supérieur. Yahia Shukkheir, journaliste au quotidien Al Arab al Yaum, et formateur est à 100% pour cet institut. «Lorsque des étudiants, fraîchement diplômés arrivent, je ne peux les envoyer de suite à une conférence de presse. Je dois les former pendant plusieurs mois. D’abord ils méprisent les sujets de société comme les sujets sur la consommation ou la pauvreté. A leur décharge, il faut savoir que les universités jordaniennes sont sous équipées. Par exemple, l’université du Yarmouk n’a que 20 ordinateurs pour 1000 étudiants. Et seulement depuis 2008». Autre faiblesse, du système jordanien, l’association jordanienne des journalistes ne propose aucune formation, même si c’est inscrit dans ses statuts.


 

 

Plusieurs personnalités plaident depuis des années pour une meilleure formation, pour un journalisme plus pointu, plus agressif. La princesse Rym Ali, elle-même ancienne journaliste, a porté le projet. Avant d’épouser le prince Ali, la jeune femme a travaillé pour différents média internationaux, elle a notamment été correspondante pour CNN à Bagdad entre 2001 et 2004. L’Union européenne a soutenu la démarche dans le cadre de son aide institutionnelle via le ministère du Planning jordanien. Améliorer la qualité du journalisme aiderait à renforcer l’accès du public à l’information – un droit basique et un principe européen- et à promouvoir la transparence et la responsabilité. Le financement européen est de 940 000 euros pour une période de deux ans (mai 2008-mai 2010). Le centre refuse par contre de publier son budget annuel. Seule information divulguée, l’institut est soutenu par des fonds publics et privés.

Formation pratique en arabe
Le Jordan Media Institute a démarré ses activités fin 2008. Pour coller aux besoins des institutions médiatiques, le conseil de direction compte parmi ses rangs des personnalités connues du public, y compris d’anciens journalistes et des professionnels du monde médiatique. Vingt étudiants devraient être recrutés cette année. C’est un vrai centre de formation journalistique, avec un studio télé, un studio radio pour réaliser des journaux, une salle d’ordinateur où les étudiants pourront avoir accès aux agences de presse et à l’internet. Les aspirants journalistes iront donc faire des reportages, rapporteront leurs infos et devront écrire leur papier radio ou télé. Un accord a été passé avec la télé publique jordanienne (Jordan Tv) pour que leurs travaux soient diffusés. A part le programme de master en journalisme, l’institut propose des formations ciblées pour les professionnels en exercice comme les portes paroles des ministères.

L’ambition de l’institut est en fait régionale. Seul institut de ce genre, elle espère, entre autres, attirer des étudiants du Liban, de l’Irak. «Nous aimerions jouer une rôle dans le développement d’un journalisme plus indépendant et plus professionnel dans la région. Notre succès, ce sera la qualité de nos formations, la qualité de nos étudiants, et surtout le nombre d’étudiants qui seront embauchés à la sortie.» Rania Barakat, directrice du Jordan Media Institute aime souligner que c’est la seule école de journalisme dans la région à proposer son enseignement en arabe, et à proposer un Master en journalisme.

Y a-t-il une volonté politique pour un journalisme plus indépendant en Jordanie ? La directrice de l’institut répond que oui : «Cette volonté existe. Sa majesté Abdallah II veut un journalisme plus ouvert.» Le résultat de l’étude publiée par l’institut Al Quds donne une autre image. En 2008, sur une échelle de 10, la liberté de la presse en Jordanie atteignait 5,9. Les journalistes interrogés parlent d’autocensure au sein des institutions journalistiques, de «soft containment». L’Etat n’est pas le seul à exercer ces pressions, les entreprises privées ou les groupes politiques s’y adonnent également. Un tiers des journalistes a déclaré avoir subi une censure durant les trois dernières années. Soit par la rétention d’information, soit par l’interdiction de publication ou de menaces.






Vos réactions
Dr. HARZALLI Fadhel, Tunisie | 09-03-2010, 15.04h

Il est vrai que le journalisme dans les pays en voie de développement pâtit de plusieurs insuffisances dont le sous-équipement des instituts de formation, le manque parfois de volonté politique, la faiblesse du niveau initial des étudiants orientés vers cette filière. Mais, on remarque que dans certains pays du sud de la Méditerranée des progrès importants ont quand même eu lieu malgré ces entraves. L'exemple est celui de la Tunisie qui, -disons le objectivement- n'a cessé de tendre vers la vraie pluralité d'opinions aussi bien dans les journaux que dans les chaînes de télévision. Je pense que les journalistes doivent assumer leur responsabilité et s'exprimer librement malgré les insuffisances signalées auparavant mais sans oublier la déontologie de leur métier.

NEDJIMI, Algérie | 01-03-2010, 13.24h

Le journalisme est une profession très ancienne mais c’est également une profession très jeune parce que c’est seulement dans le dernier quart du 20 eme siécle qu’elle commence à prendre corps aux pays de la rive sud de la mediterranie que pour être aujourd’hui un métier en voie de constitution. Afin d'aboutir à un journalisme professionnel, l'UE ne doit pas se contenter d'aides financières dans ces pays comme la Jordanie, elle doit aussi dénoncer les pratiques contraignantes à ce genre de jounalisme.

Abdelfattah Idoudi, Tunisie | 27-02-2010, 21.50h

Compte tenu de la large circulation de l'information par les différents moyens offerts par les technologies modernes de l’information et de la communication:
• La prolifération des chaîne de télévision et de la radio et les différent réseaux « Internet et privés »
• La connectivité des réseaux téléphoniques fixe et mobile,
• La société de l’information et de la communication est devenue un phénomène mondial reconnu.
• Parallèlement à cette révolution universelle, des dangereux fléaux surgis du fait de plusieurs facteurs qui ont conduit à des comportements passé jusqu’a l'apparition du phénomène du terrorisme et de l'intolérance, racisme, religieuse, ethnique et sectaire
• La nécessité est devenue urgente pour concrétiser et accélérer des initiatives et des projets qui serviront comme un outil pour orienter la circulation de l'information et de rationaliser ce qui va contribuer à l'élimination de ces phénomènes
IDOUDI Abdelfattah Pr. Groupe ATIC

ahmed kessouri, Algérie | 26-02-2010, 22.18h

Le meilleur moyen pour renforcer les liens entre l'europe et les pays arabes, est celui de maintenir un dialogue permanent sur les grands sujets économiques, et de faciliter le transfert de la technologie et du savoir faire europeen vers les pays arabes, tout en prévoyant un dispositif d'accompagnement et de formation au bénefice des jeunes sur place. l'europe doit investir à long terme dans ses relations avec ses voisins arabes. l'expérience d'euronews et de france 24 sont des exemples edifiants dans ce domaine.