Une politique de voisinage pour l’Europe élargie



La Politique européenne de voisinage (PEV) donne un nouveau souffle aux relations de l’Europe élargie avec ses voisins de la Méditerranée. L’originalité de l’initiative ? Un Plan d’action individualisé, dit « à la carte ». L’occasion pour chaque partenaire de choisir son propre chemin.

Le 1er mai 2004, l’Union européenne s’élargit à dix nouveaux membres. Avant cette date, elle avait deux types de voisins, ceux du Sud et ceux de l’Est. Ses relations avec les premiers s’organisaient à travers la signature d’Accords d’association dans le cadre du processus euro-méditerranéen, lancé à Barcelone en 1995. Quant aux seconds, l’UE les traitait comme de futurs membres et les aidait à préparer leur adhésion à l’Union.

En repoussant les limites frontalières de l’Europe, l’élargissement imposait de repenser ces relations de voisinage. Fruit de cette réévaluation, la PEV offre un nouveau cadre de travail pour les relations avec les partenaires méditerranéens, mais aussi avec les nouveaux voisins, situés plus à l’Est, comme l’Ukraine par exemple. Initiée en mars 2003 à travers une communication de la Commission européenne, la PEV a été entérinée en octobre de la même année par le Conseil européen.

Objectifs clairs
Cette politique nouvelle a pour objectif d’ancrer solidement les nouveaux voisins de l’Union européenne, en leur proposant de partager avec elle la stabilité, la sécurité et la prospérité. Aux nouveaux voisins de l’Europe élargie, Bruxelles offre « tout sauf les institutions », c’est-à-dire tout ce qui a été proposé aux pays candidats sauf l’adhésion à l’Union européenne. Les nouveaux voisins sont incités à s’approprier « l’acquis communautaire » européen, c’est-à dire de partager les principes politiques de l’Union en termes de démocratie, de respect des droits de l’homme, ainsi que les réglementations et les législations destinées à faciliter « l’intégration » des différents marchés dans un même espace économique. La PEV concerne la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Moldavie. Dans la région méditerranéenne, elle s’applique à l’ensemble des pays qui participent au partenariat euro-méditerranéen.

Plans d’action
La mise en œuvre de la PEV repose sur un nouvel instrument : le Plan d’action. Un document bilatéral dans lequel sont énoncées les priorités de chacun des voisins de l’UE dans chacun des domaines politique, économique, sécuritaire, etc. Ce texte est le fruit d’une négociation entre Bruxelles et chacun des voisins. L’Union européenne fournit ainsi une coopération « à la carte », offrant la possibilité à ceux qui le souhaitent d’avancer plus vite que les autres. L’outil bilatéral est toutefois complété par des politiques de coopération régionale et sous-régionale dans certains secteurs-clés, comme les transports ou l’énergie.

Quel est l'enjeu ?
Alors que Barcelone reposait essentiellement sur l’élimination des barrières tarifaires, le nouvel instrument « à la carte » permet à chacun des partenaires de se rapprocher plus étroitement du marché européen, à travers l’intégration de tout ou d’une partie de l’acquis communautaire (un paquet de 1 600 directives). Mais cette possibilité d’approfondissement n’est pas sans risque : alors que l’objectif est d’englober les partenaires dans un même espace, certains pays se retrouvent en train de choisir une voie d’intégration différente de celle de leurs voisins, ce qui pourrait creuser davantage le fossé qui les sépare.


Sibylle Rizk
Journaliste 
(Cahiers Euromed, 2005)





Vos réactions
lefi hichem , Tunisie | 12-02-2010, 14.33h

Les relations économiques entre les pays du rive nord et ceux de rive sud du bassin méditerranéen se caractérisent par des échanges volumineux. L’Europe représente pour quelques pays du Maghreb le premier partenaire commercial malgré l’appartenance de ces pays à d’autres communautés; c’est l’économie qui domine la politique. Un parfait partenariat économique entre les pays européens et les pays arabes demande de part et d’autre aux différents acteurs économiques un niveau de développement proche, mais le décalage au niveau technique et technologique affaiblit ce partenariat surtout avec les clauses stipulées par les pays européens touchant parfois les positions politiques et même la souveraineté des pays maghrébins et moyen-orientaux.

ElAzami ElIdrissi, Maroc | 10-01-2010, 14.50h

L'approche à la carte de la PEV vise à faire émerger un noyau dur de pays souscrivant aux principes de l’Etat de droit et de l’économie de marché, dans le but de bâtir un espace élargi de prospérité et de stabilité partagées. Cette approche gagnerait à être renforcée à deux niveaux. Le premier consiste à appliquer clairement la différentiation en ce qui concerne l’appui de l’UE aux pays les plus engagés. Le deuxième consiste à donner plus d’élan politique aux relations entre l’UE et ce noyau dur pour mettre la pression sur les pays les moins engagés.

ElAzami ElIdrissi Driss, Maroc | 09-01-2010, 22.44h

En offrant l’accès au marché intérieur de l’UE, l’originalité de la politique européenne de voisinage est dans sa capacité à concilier l’impératif de sauvegarder la spécificité des relations de l’UE avec chacune de ses rives Sud et Est, et la nécessité d’élargir la zone de prospérité et de sécurité de part et d’autre de ses frontières et de mettre en relation ses deux voisinages souvent éloignés. L’accès au marché intérieur, avec pour corollaire la convergence vers l'acquis communautaire, aura pour effet de créer un ensemble économique et commercial avec des normes homogènes intégrant l’UE et ses voisinages Sud et Est.

said | 27-06-2009, 13.39h

La Chine peut gêner ? Mais qui? Si on voit les réactions américaines envers les Chinois, on comprend la stratégie du projet PEV. N'oublions pas que l'Europe elle-même n'est qu'une filiale du grand holding américain. La peur de la Chine et l'appropriation chinoise de la technologie peut gêner ce holding. Si on médite bien sur le discours moral d’Obama, on comprend ce que ça veut dire transplantation des unités industrielles en Chine et la menace que cela peut faire à l'économie américaine et européenne. Enfin, la PEV n'est qu'un schéma parmi d'autres pour faire face à la menace qui vient bousculer les géants. Les arabes doivent méditer, on n'est pas aussi fort que la filiale européenne qui a compris trop tôt ce que ça veut dire holding technologique et économique américain.

abdlkrim | 23-06-2009, 17.52h

Nous voyons de notre devoir de vous signaler la désinformation destinée aux médias pour faire tromper les autres -sans aucun doute. Les accords bilatéraux servent uniquement à "diviser pour mieux régner" pas plus et cette tête de pont de presse libanaise ne va pas servir à grand chose.