Une ancienne église défie le temps

05/11/2009


 

Après quatorze ans de construction au XIXème siècle, l’église catholique romaine, ou la basilique d’Alger, prend une importance symbolique et religieuse qui peut être résumée par l’inscription sur le mur de l’abside : « Notre-Dame d’Afrique priez pour nous et pour les Musulmans».

 

Basma Karasha - Alger, Eurojar

L’appel de l’ancien archevêque d’Algérie Mgr Henri Teissier pour la rénovation de l’Église Notre-Dame d’Afrique a été entendu par les autorités locales et internationales. Un soutien financier et technique a été fourni rapidement afin d’empêcher cet unique lieu saint chrétien de tomber en ruine. Des efforts conjoints de la délégation de la Commission européenne, de la wilaya d’Alger, du gouvernement français, d’autorités régionales et locales, des entreprises françaises et algériennes entre autres, se sont ralliés pour consolider les liens culturels euro-méditerranéens et renforcer le dialogue religieux et la tolérance. Le dialogue culturel euro-méditerranéen concrétise le concept «être différent et vivre ensemble»: avoir une religion, une civilisation et une culture différentes n’exclut pas une vie commune harmonieuse.

Notre-Dame d’Afrique constitue un des monuments symboliques et religieux algérois. Elle est localisée dans la partie nord d’Alger sur les magnifiques falaises de Bologhine. Inaugurée en 1872, elle attire aujourd’hui plus de 300 visiteurs par jour, soit 100 mille par an. Cette église est connue pour son style romain et byzantin, avec une touche arabe. Trois dômes sont érigés sur la face frontale de la basilique avec deux grandes portes. Vers l’arrière, on retrouve un clocher ayant l’allure d’un minaret maghrébin. Une statue de bronze regarde vers la mer, comme l’a voulu l’architecte Jean Eurgène Fromageau (1822-1897). Une place spéciale est réservée à l’intérieur de la basilique pour les offrandes qui, depuis près de 150 ans, sont remis aussi bien par les chrétiens que par les musulmans pour remercier et glorifier Notre-Dame d’Afrique pour ses bénédictions, exprimer des souhaits…

Cette église est la propriété de l’union paroissiale d’Alger, établie en 1972, et présidée à l’époque par l’archevêque Henri Teissier. Celui-ci a appelé à la rénovation de l’église, principalement après le tremblement de terre de Boumerdès en 2003: l’édifice a subi de nombreux dégâts et la structure risquait depuis de s’effondrer. La rénovation devient depuis lors une nécessité, vu que la sécurité des visiteurs de la basilique est menacée.

Un appel de l’archevêque
Lorsque l’ancien archevêque Henri Tessier a tiré la sonnette d’alarme, de nombreux bailleurs de fonds ont répondu à l’appel et ont généreusement soutenu la cause. La ville d’Alger, l’Union Européenne et le gouvernement français, entre autres, ont coopéré. La compagnie étatique Sonatrach et Gaz de France ont également apporté leur soutien pour une solution à ce problème.

Plus de 5,2 millions d’euros ont été nécessaires aux travaux de rénovation. L’Union Européenne a contribué à hauteur de 1 million d’euros et Alger a payé plus d’un demi-million d’euros. Différentes provinces et villes, comme Marseille, ont aidé les autorités locales avec plus d’un million d’euros. D’autres bailleurs de fonds ont de même répondu à l’appel et les travaux de rénovation ont été lancés en 2007, pour une durée de trois ans. La rénovation se fait en trois étapes dans les trois sections architecturales de l’édifice. Les merveilleux vitraux de la basilique, 46 en tout, feront aussi l’objet de restauration. Il est à noter que l’église Notre-Dame d’Afrique a été rénovée une seule fois depuis sa construction au XIXème siècle : c’était en 1943, suite au bombardement d’Alger.

Des ateliers de préparation
La rénovation de cet édifice historique a été l’occasion de mettre en place des ateliers techniques pour inculquer aux jeunes algériens les nouvelles méthodes de restauration et pour découvrir les anciennes techniques de construction. Les travaux de rénovation se font sous la supervision de l’architecte Xavier David, responsable aussi de la rénovation de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

Une fois la rénovation achevée, ce magnifique lieu historique de prière sera rouvert au public. L’union paroissiale d’Alger voit dans cette rénovation beaucoup plus qu’un projet culturel: «C’est plus qu’une restauration d’un lieu de culte. C’est le symbole de la coopération entre l’Algérie et la France, mais aussi entre le nord et le sud de la Méditerranée. Ce projet montre que, malgré les différences de culture, de religion et de civilisation, les gens peuvent continuer de vivre ensemble».

N.B: Texte traduit de l’original arabe par l’équipe d’Eurojar






Vos réactions
.Lahrech, Algérie | 31-01-2010, 11.42h

La basilique d'Alger ,unique lieu saint chrétien laissé par la colonisation fraçaise,domine la baie d'Alger ,dite la blanche;et rayonne à l'instar d'un phare l'image d'une seconde culture (complémentaire) les vestiges du passé et invariablement de l'avenir de la France et de l'Algérie. C'est à ma connaissance le seul monument historique, qui semble narguer le temps et les aléas de la vie et semble tel un muézin du haut de son minaret donner de la voix : «Aimons nous les uns des autres!». C'est le fil d'Ariane qui pourra contribuer à sceller une amitié entre deux peuples qui se sont entre-déchirés; un pont à entretenir tout au long des générations.

HORCHANI , Tunisie | 18-01-2010, 23.32h

Les trois Papes Maghrébins (au sens moderne du terme) et Africains (au sens romain du terme), à savoir: Victor 1er (189-199, à qui l’on doit l’arrêt définitif concernant la date de la Pâque Chrétienne), Miltiade (311-314, qui a obtenu, de la part de l’empereur romain Maxence, la levée des mesures répressives qui frappaient les chrétiens) et Gélase 1er (492-496, à qui l’on doit le Décret Gélasien, paru en 495, qui précise, définitivement, le Canon des Saintes Ecritures en distinguant entre les Ecrits Canoniques et les Ecrits Apocryphes) doivent être satisfaits, là-haut, de voir leurs compatriotes d’aujourd’hui sur le chemin du « bien- vivre- ensemble » avec tous leurs concitoyens, et ce «malgré les différences de culture, de religion et de civilisation».

Mohammed CHOUKRI | 30-12-2009, 08.42h

L'église catholique Romaine d'Alger symbolise la symbiose et l'entente qui régnaient au Maghreb, dans le passé récent, entre toutes les communautés des trois religions célestes. Malheureusement, le respect de la communauté dominante envers les autres ne cesse de se dégrader de nos jours. Il y a quelques semaines, les citoyens suisses ont voté contre la construction de nouvelles mosquées dans leur pays, tous les musulmans ont crié Haro sur le baudet et ont exprimé leur mécontentement. Nous avons oublié un détail important : Dieu nous a permis de prier là où bon nous semble, toute la terre est considérée une mosquée pour les musulmans. Après tout, accepterons-nous que les chrétiens et les juifs construisent de nouvelles églises ou synagogues dans nos villes? La réponse est évidente. Pourquoi, alors, refusons-nous d'accepter à l'Autre ce que ce que nous refusons, nous-mêmes?

ouchane, Maroc | 19-12-2009, 21.11h

Tout d'abord un coup de chapeau à tout et toute personne ayant participé à la création de ce site. Pour l'église ou les églises existantes dans toute l'Afrique, le problème c'est pas les monuments, mais les gens d'aujourd'hui, qui ne veulent pas laisser les gens -croyants et non croyants- vivre comme ils estiment. Dans ma ville, il y avait beaucoup d'européens -des juifs, des catholiques.......- nous étions voisins et amis, on ne sentait guère cette haine d'aujourd'hui, je me souvient des cloches qui retentissaient vers 7 heures du matin pour nous réveiller et aller à l'école, la question est: comment rendre les gens naturels, c-à-d que chacun accepte l'autre comme il est, que nous vivions dans la paix, c'est enfin le souhait de tous. J'ai visité l'Europe que je connais bien, les gens, les dirigeants font de leur mieux pour les autres –les mosquées par exemple-.alors respectons la loi du pays ...

Azza, Algérie | 16-12-2009, 15.49h

La cohabitation pacifique est le rêve de tous les illuminés de la Terre. Epuisés de voir le sang couler et les relations humaines se détériorer, détruisant tout projet platonicien d'une cité de la vertu. Et si la religion est à l'origine de moult conflits politiques il est impératif de mettre à débattre la problématique de la cohabitation confessionnelle dans une même communauté, prouvée possible à travers l'histoire des villes ayant connu une prospérité au sein d'environnements multiculturels. La plus importante dans notre mer blanche reste l'Andalousie où musulmans, chrétiens et juifs vivaient en toute harmonie. Et à un moment où le débat sur les signes religieux ostentatoires et les minarets fait rage il est raisonnable de comprendre la raison pour laquelle ces gens que nous prétendons moins développés et civilisés que nous ont pu atteindre cette tolérance que nous avons tant du mal à vivre concrètement au sein de nos sociétés modernes.