Un premier pas pour la préservation du littoral du Liban-Nord

Le projet SMAP III vise à établir un processus de gestion intégrée des zones côtières (GIZC) accepté par toutes les parties impliquées sur le terrain.
Antoine Ajoury, L’Orient-Le Jour
En théorie, la côte du Liban-Nord est censée être l'une des parties les plus belles et les mieux préservées du littoral libanais. Sur le terrain, le visiteur ne peut toutefois que découvrir les effets désastreux de l'activité humaine sur cette côte. Le littoral subit en effet les ravages de l'accroissement sauvage des zones urbaines et industrielles, des constructions illégales sur les plages et dans la mer, ainsi que les dommages causés par les déchets ménagers et industriels sur la faune et la flore maritime. À l'instar du reste du littoral libanais, la partie nord du pays est en outre victime de l'indifférence étatique et populaire.
C'est dans ce contexte que le Programme d'action des priorités environnementales à court et moyen terme « SMAP III » a été initié au Liban. Il fait partie d'un vaste programme régional qui comprend des projets au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Égypte et en Turquie. Au Liban, le projet « Gestion intégrée du littoral de l'est de la Méditerranée » (IMAC), dont le budget total est de 1 108 867 euros et pour lequel la contribution de l'UE avoisine les 925 000 euros, a été lancé début 2006 par l'Institut de l'environnement à l'Université de Balamand avec la coopération d'autres partenaires comme Adelphi Research (Allemagne), Fondazione IMC - Centro Marino Internazionale - Onlus (Italie) et Interdisciplinary Institute for Environmental Research (DIPE-INIER), (Grèce).
L'objectif de ce projet est d'établir un processus de gestion intégrée des zones côtières (GIZC) dans le nord du Liban, et d'introduire des mécanismes à long terme pour l'adoption d'une approche intégrée pour le développement de ces zones côtières. Une approche qui doit être entreprise et soutenue par toutes les parties prenantes.
« Tous ceux qui ont participé au projet ont conscience des menaces imminentes qui pèsent sur l'environnement », déclare d'emblée Dr Manal Nader, le directeur de l'Institut de l'environnement à l'Université de Balamand, coordinateur du projet.
Le projet devait s'étendre sur une durée de 36 mois. Il est actuellement dans sa phase finale, celle de la rédaction de la stratégie globale de développement. « Les recommandations sont le fruit d'un long travail de groupe incluant les divers acteurs des secteurs privé et public impliqués sur le terrain : les municipalités, le port de Tripoli, les pêcheurs, les secteurs touristiques et industriels, les ONG qui défendent l'environnement... » explique M. Nader.
Un projet multidisciplinaire
L'intérêt du projet réside dans le fait qu'il est multidisciplinaire, puisqu'il touche à tous les aspects de la vie quotidienne des citoyens et à leurs intérêts. « Nous avons été confrontés à peu de résistance chez les personnes que nous avons rencontrées durant ces trois années. Chacun a en effet intérêt à préserver le littoral pour son propre travail. Même si un marin veut pêcher sans limites, il reconnaît aujourd'hui qu'il faut un cadre légal adéquat s'il veut que ses enfants, plus tard, puissent avoir la possibilité de continuer son métier. De même pour le secteur industriel, qui aime avoir une image positive sur le marché et ne pas être accusé régulièrement de nuire à l'environnement », affirme Manal Nader.
Les activités du projet visent essentiellement à instaurer une communication entre ces différents secteurs ou acteurs. Ainsi, les municipalités de Batroun, Bebnin et el-Mhamra ont travaillé avec le syndicat des pêcheurs du Liban-Nord. Des responsables de la cimenterie nationale ont discuté avec des membres du « Forum libanais pour l'environnement ». Ont également participé à ces discussions des représentants d'organismes publics comme les gardes-côtes, des responsables du port de Tripoli et des
représentants du CDR (Conseil du développement et de la reconstruction).
Tous ces acteurs se sont notamment retrouvés lors de différents séminaires au cours desquels chacun a exposé ses problèmes et ses propositions pour les résoudre. Cette interaction a permis de mieux comprendre l'autre et de travailler ensemble pour l'intérêt général. Un point essentiel pour M. Nader qui indique que ce travail de groupe permet de créer des responsabilités communes : « Tout le monde va faire des concessions. Mais tel est le prix à payer pour préserver notre littoral. »
« Nous avons régulièrement participé aux séminaires », explique pour sa part Bilal Abdel Hay, de l'autorité portuaire de Tripoli, qui insiste lui aussi sur le côté positif d'une participation à grande échelle des différents secteurs. « Le port a été construit conformément à des critères rigoureux pour préserver l'environnement », assure-t-il.
Marwan Zaatar, membre de la municipalité d'el-Mhamra, est également très satisfait de sa participation au programme qui a permis à la municipalité de « s'ouvrir au monde extérieur » et d'exposer les problèmes encourus par cette petite localité située au Akkar, près des camps de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared. « Notre but, en tant que municipalité, est de trouver un équilibre entre la protection des biens publics et le bien-être des citoyens », affirme M. Zaatar. « Pour ce faire, nous avons plusieurs projets prêts à être réalisés concernant notamment l'aménagement des 2,5 km de plage ou le recyclage des eaux usées et des égouts. Toutefois, plusieurs obstacles législatifs et légaux handicapent notre action », ajoute-t-il.
Contradictions abominables
« Il y a des contradictions absurdes et abominables dans les lois libanaises concernant la gestion du littoral », renchérit un responsable de la sécurité maritime ayant participé aux séminaires et s'exprimant sous couvert d'anonymat. Selon lui, il y a deux problèmes majeurs. « Le premier vient du fait que la législation est obsolète et mal adaptée, alors que le second relève d'un manque de moyens et de suivi sur le terrain pour faire appliquer la loi. »
Le responsable sécuritaire reste donc dubitatif quant à l'efficacité d'un tel projet s'il se cantonne au niveau théorique des recommandations et n'est pas transposé efficacement sur le terrain.
Manal Nader est toutefois optimiste. Les objectifs du programme ont été largement réalisés, selon lui. Ainsi, au cours des trois années passées, une série d'objectifs globaux à atteindre a été établie dans le cadre de la stratégie globale qui doit être publiée prochainement. La sensibilisation des autorités publiques et politiques a été nettement améliorée. Des études et des analyses du cadre juridique ont été réalisées. « Nous avons initié l'intérêt nécessaire des différents acteurs sur le terrain pour la zone côtière. Nous avons encouragé la naissance d'un forum pour un lobbying efficace afin de préserver cette richesse inestimable pour les générations futures », affirme le chercheur. Aujourd'hui, la prise de conscience des problèmes par les gouvernements et la société civile n'est néanmoins toujours pas suffisante, ajoute M. Nader. La volonté de faire quelque chose d'utile doit être accompagnée par un plan pratique. » « Nous mettons notre science au service des décideurs. Notre projet n'est qu'un premier pas et, avec nos moyens, nous allons continuer ce long chemin, parce que l'application de cette stratégie globale est de la responsabilité de tous », conclut Manal Nader.
Un projet aux multiples facettes
L'Institut de l'environnement à l'Université de Balamand ressemble à une ruche. Dans un laboratoire, des étudiants s'affairent sur des instruments de mesure, plus loin, leurs camarades se plongent dans leurs ordinateurs lancés dans d'interminables calculs. Dans un coin sont entassés des jeux de société créés pour le projet SMAP III. Sur les murs, des posters représentent par secteur les dangers qui menacent le littoral libanais...
Pour Manal Nader, les étudiants de l'Institut sont l'un des piliers du succès du projet. C'est grâce à eux que près de 14 séminaires ont été organisés ainsi que plusieurs tables rondes avec une participation remarquable (une moyenne de 80 participants à chaque rencontre). Sans oublier des sessions de formation visant plusieurs secteurs, notamment l'agriculture et la pêche.
Des études sur l'érosion du littoral ont par ailleurs été réalisées à partir du développement de la zone côtière allant de Madfoun jusqu'au Arida, soit sur une distance de près de 100 km. Cette recherche pionnière a été exécutée grâce à un travail minutieux de rassemblement de documents provenant parfois de photos satellites russes datant des années 70 et 90, qui ont ensuite été comparées aux cartes de Google Earth. Selon cette étude, l'érosion touche une surface de 931 000 m2.
À partir de ces résultats, d'autres études ont été élaborées concernant le « risk management », notamment les inondations et la désertification des terres cultivables. « Toutes ces études font partie d'un processus très novateur au Liban, il s'agit d'un protocole d'identification du littoral qui vise, à terme, à minimiser les facteurs et les effets de l'érosion », affirme M. Nader.
Sur un autre plan, une partie du projet a porté sur la sensibilisation des populations et des jeunes aux menaces qui guettent cette zone du Liban-Nord. Ainsi, des panneaux publicitaires ont été accrochés à l'entrée de plusieurs villes côtières. Des posters et des brochures expliquant les menaces sur l'environnement ont également été publiés. Un jeu éducatif pour enfants, en arabe, a été créé et distribué aux jeunes des écoles publiques de la région.
Enfin, des compétitions entre cinq écoles ont eu lieu à Tripoli sur le thème de la préservation du littoral, et des prix ont été distribués (des caméras digitales) aux gagnants. De quoi motiver les plus jeunes.
Consulter la fiche projet: SMAP III – Le Programme d'action des priorités environnementales à court et moyen terme (Liban)

Des études, de la sensibilisation, des projets universitaires, etc. Tout cela ne suffit pas à mon avis. Il faut plus d'action, plus d'implication de la part du gouvernement, plus de projets concrets...
Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie









''Plus d'actions, d'implications de la part du Gouvernement pour obtenir plus de concret''. Je suis tout à fait d'accord. Mais c'est à nous, aussi de montrer l'exemple à nos enfants par des gestes simples. Arrêtons de prendre la mer et les plages pour des poubelles, au lieu de jeter dans la nature nos déchets. Faisons des campagnes de publicité dans les magazines, à la télévision, sur des panneaux publicitaires pour sensibiliser, pour faire prendre conscience. Responsabilisons les enfants dès l'école avec un programme ludique si les parent n'ont malheureusement pas ce reflexe. Pourtant, les gens au Liban sont très éduqués mais leur priorité n'est sans doute pas celle de l'environnement...