Un label national syrien pour la qualité

14/04/2010


La qualité se mesure selon des critères assez nombreux. Ils concernent le produit ou service proposé, mais aussi la gestion des ressources humaines et le rendement des employés. Les secteurs public et privé sont tous les deux concernés par un label syrien de la qualité.


Noureddine Al-Aathar - Damas, Eurojar

Le projet Qualité en Syrie a lancé récemment, en collaboration avec l’Union européenne et le ministère syrien de l’Industrie, un atelier de travail intitulé «La planification pour la mise en place d’un label national de la qualité», avec la participation de représentants des ministères et des chambres de commerce et d’industrie, ainsi que des entreprises privées.

L’atelier de travail s’inscrit dans le cadre de la coopération technique signée entre le gouvernement syrien et l’Union européenne visant à renforcer la gestion de l’infrastructure de la qualité et à développer les capacités syriennes au niveau du commerce international.

Le programme, financé par l’Union européenne à hauteur de 12 millions d’euros étalés sur quatre ans, vise à développer des activités liées à la qualité selon plusieurs angles, notamment les normes et spécifications, la législation, la métrologie, l’accréditation, la conformité et la promotion de nouvelles pratiques dans le domaine de la qualité dans les affaires et l’activité économique en général.

L’atelier, réalisé par l’expert turc Hakan Kilitcioglu sur deux jours, était en fait une activité interactive. Les participants ont été répartis en trois groupes afin d’arriver aux résultats finaux, avant la mise en place de propositions pour la stratégie nationale de la qualité.

Les critères de choix
M. Kilitcioglu explique le processus au site Eurojar: «Nous avons fixé les points essentiels pour faire du label syrien de la qualité un label transparent et crédible», expliquant qu’il «s’adresse aux entreprises des secteurs public et privé mais aussi aux municipalités et à diverses institutions». Il a assuré que les normes les plus importantes qui devraient être prises en compte pour l’octroi du label sont la gouvernance de l’entreprise, la formation des employés, les incitations qui leur sont proposées, leur participation dans la planification au profit de l’entreprise, les opérations de production internes, la satisfaction des clients et l’identification de leurs besoins: «Ces normes sont les pré-requis pour l’excellence; les entreprises devraient s’y conformer pour obtenir le label». Il ajoute: «les normes définies pour se voir octroyer le label nécessitent un travail de fond qui se base sur des exemples appliqués précédemment en Europe, un des plus connus étant celui de «l’excellence», qui touche tous les détails de l’activité des entreprises. Sur cette base, une évaluation se fait et le label peut être ainsi octroyé.»

Viser le marché international
Un des groupes de travail, formé de 9 personnes, est parvenu à mettre en place une vision globale visant à inciter les entreprises à obtenir le label au cas où elles appliquent les conditions requises, notamment: améliorer le cadre de travail, la gestion, le rendement des travailleurs, et se tailler une bonne réputation lui permettant d’accéder aux marchés internationaux.

L’équipe a considéré que le label pourrait contribuer à améliorer le niveau de l’économie nationale et sa compétitivité à l’international. Il pourrait de même permettre d’augmenter le revenu des chefs d’entreprises mais aussi celui des employés. Cependant, l’équipe a pointé du doigt l’existence de certains facteurs entravant l’obtention de ce label, comme par exemple la culture «sentimentaliste» dans l’entreprise, la faiblesse du niveau académique et professionnel des travailleurs, la peur d’une fuite des informations classées sensibles pour l’entreprise, le risque de partialité et de non transparence des comités mais aussi le fait que plusieurs chefs d’entreprises ne sont pas encore convaincus par ce nouveau système.

Un membre du conseil d’administration de «l’Association syrienne pour la qualité», Mohammed Abdel Salam Karouni, met en exergue de nombreux obstacles identifiés par son groupe de travail et qui empêchent un grand nombre de sociétés du secteur public d’obtenir le label national de qualité, notamment:«l’absence de critères clairs pour le choix des hauts cadres, le peu de clarté concernant les prérogatives de l’administration, la priorité donnée à la productivité aux dépends de la qualité, et la rigidité de certaines lois et réglementations».

Karouni pense qu’une des raisons qui empêche l’obtention du label national de la qualité est l’absence du sentiment d’appartenance à l’entreprise publique de la part de certains fonctionnaires, et le peu de participation des fonctionnaires à la mise en place des plans et des stratégies. Il ajoute: «Les réglementations et les lois qui protègent les fonctionnaires ne sont pas efficaces. Il n’existe pas non plus une compréhension et une sensibilisation sur la question de la qualité, ni des formations systématiques pensées en fonction des nécessités du travail ou encore des normes définissant le rendement des fonctionnaires dans ces institutions. Quant à la planification, elle est la plupart du temps trop centralisée». Il souligne la nécessité d’amender les lois régissant le travail des entreprises publiques pour être en conformité avec les normes du label national, et pour instaurer des plans et stratégies à long terme dans les entreprises publiques, avec la participation des fonctionnaires. Enfin, un système d’évaluation du rendement de ces fonctionnaires doit être adopté.