Syrie-UE : contraintes en cascade



Les relations entre la Syrie et l’Union Européenne autour de l’Accord d’association avancent à pas de tortue. Si le texte a été approuvé par les deux parties en 2004, sa ratification est en revanche sans cesse retardée. 


Roger Melki, economiste

Il aura fallu près de 6 ans de négociations pénibles pour que l’Accord d’association entre la Syrie et l’Union européenne soit paraphé. Le texte, toujours « en cours de ratification », n’est pas modifiable. Aucune instance européenne, supranationale ou nationale, ne peut remettre en cause ses dispositions. Toutefois, d’importants retards peuvent être observés avant sa mise en application.

Une tonne de papier
L’un des premiers facteurs de retard est lié à la taille du document adopté, laquelle dépasse les 1 500 pages. C’est que les autorités syriennes ont tenu à y inclure une longue liste de dispositions douanières, ce qui révèle leur frilosité à réformer leurs structures internes.

Il faut dire que l’examen d’un document d’une telle ampleur est long et fastidieux. Le texte est d’abord traduit dans les 23 langues européennes (officiellement reconnues). Après l’approbation des autorités des 25 pays de l’UE, le Conseil des ministres de l’Europe est appelé à le ratifier avant qu’il ne soit avalisé par le Parlement européen. Le document est ensuite soumis à la ratification du Parlement de Damas et des Parlements des 25 pays membres de l’UE. Vient enfin sa mise en application.

Un optimisme revu à la baisse
L’arrivée au pouvoir du président Bachar el-Assad en 2000 avait laissé espérer une accélération du processus de négociation avec l’Europe et donc une adoption rapide du document final. L’optimisme a été de courte durée et les nouvelles éminences grises du pouvoir se sont heurtées aux dures réalités du terrain, lequel semblait toujours occupé par l’ancienne garde. Pour Bruxelles, il est inutile d’accentuer les pressions sur la Syrie. Il ne s’agit pas de dédouaner le régime en place ni de le soustraire à ses engagements de réformes. L’objectif est plutôt d’éviter de réduire la coopération à sa simple expression politique.

L’accord comporte plusieurs incitations alléchantes pour Damas. En refusant dès le départ ces avantages aux décideurs syriens, on aurait risqué de les braquer contre l’Europe. À l’inverse, si les promesses d’aide sont présentées comme des mesures accompagnant le changement, on pousserait les autorités syriennes à jeter du lest.

En plus, ce rapprochement doit permettre à Damas de redéfinir ses relations extérieures, notamment avec le Liban. La coopération avec l’Europe servira ainsi de catalyseur pour dynamiser l’ensemble des relations Sud – Sud en Méditerranée.

(Cahiers Euromed, 2005)


Qu’en pense l’opposition ?

Aux yeux de l’opposition syrienne, l’Europe commet une erreur en ne misant que sur un seul mouvement de renouveau au sein du parti Baas en vue d’assurer une restructuration de la vie politique et économique dans le pays.

Cinq ans après la prise de pouvoir du jeune président Assad, l’équipe des réformateurs, nommée au début, est dispersée et le régime syrien ne propose que des mesures très timides de restructuration, en dépit des pressions internationales et des revers subis au Liban suite à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Ce constat n’empêche pas pour autant les opposants syriens de plaider pour la mise en place rapide de l’Accord d’Association avec l’Europe. Ils estiment que cette coopération renforce le potentiel de redressement de la Syrie. C’est que le régime a été usé par près de 35 ans de pouvoir et sans renouveau de la classe politique dirigeante, il est peu probable que Damas puisse prendre le chemin d’une politique de voisinage ambitieuse avec l’Europe.