RIWAQ, pour la protection du patrimoine architectural en Palestine

15/02/2010


Dans un contexte de détérioration croissante du patrimoine architectural palestinien, l’Union européenne ambitionne d’apporter son expertise en matière de préservation des bâtisses historiques dans plusieurs villages palestiniens et de sensibilisation de la population à l’importance du patrimoine culturel.


Badi’a Zaidan
- Ramallah, Eurojar

L’Union européenne a choisi d’appuyer les efforts déployés par Riwaq (centre Palestinien pour la protection de l’architecture traditionnelle) créé au début des années 1990, notamment en matière de préservation d’anciennes bâtisses, non protégées par les lois sur le patrimoine archéologique car datant du 19ème siècle ou du début du 20ème siècle. Comme annoncé dans la 3ème Biennale de Riwaq, l’aide de l’Union européenne a ciblé 50 villages palestiniens de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza: la rénovation de centres historiques étant considérée comme un coup d’accélérateur pour ces régions.

Pourquoi l’Union européenne s’intéresserait-elle à la restauration d’anciennes bâtisses en Palestine? Le chef du projet «Héritage commun» Roméo Carabelli explique que la protection de l’héritage culturel et historique en Palestine s’inscrit dans le cadre d’un programme régional qui vise à restaurer des immeubles qui datent de l’époque coloniale (la colonisation européenne du monde arabe). La Palestine occupe une place privilégiée dans ce domaine, étant donné la richesse de son patrimoine; d’ailleurs le projet est une application concrète de la politique d’échange culturel définie entre l’Union européenne et la Palestine. D’où son appellation: Héritage commun.

Préservation des villages anciens
«Nous travaillons sur des actions de restauration des sites historiques dans 50 villages palestiniens, et cela représente le projet central de la 3ème Biennale de Riwaq», explique Youssef Farhat, directeur de l'unité de planification de Riwaq. Il s’agit non seulement de restaurer les immeubles, mais aussi de connecter les quartiers traditionnels au reste des quartiers dans les villages concernés, ainsi que de relier ensemble les villages voisins.»

Dans les provinces de Ramallah et d’El-Bireh, ce sont les quartiers historiques des villages de Birzeit, Jifna, Silwad, Taybeh et Ein Sinia qui ont été restaurés, précise Youssef Farhat. Ils ont été reliés aux sites touristiques ainsi qu’à des centres culturels et universitaires, comme l’Université de Beirzeit. Cette action devrait renforcer l’image touristique de la région et promouvoir son économie.
Selon Youssef Farhat, cette action est bénéfique à plusieurs niveaux. D’abord, les efforts déployés viennent contrecarrer les objectifs des Israéliens qui œuvrent pour une séparation entre les villages palestiniens, et ce à l’aide des barrages militaires et des murs ethniques. Une stratégie que Riwaq entend combattre en promouvant l’héritage culturel de ces villages.

Camps et chantiers de restauration
Avec le soutien de l’Union européenne et dans le cadre du projet «Héritage commun», Riwaq a organisé un camp au cours duquel 30 participants ont pu découvrir la richesse culturelle et touristique des 5 villages cités auparavant. Les participants étaient des étrangers résidant en Palestine ou à l’étranger, des étudiants de l’Université de Beirzeit ainsi que des employés de ministères palestiniens et d’associations touristiques. Youssef Farhat explique que l’objectif derrière ces rencontres est de «faire revivre le tourisme en Palestine, en transformant certaines villes en zones touristiques.»

Danielli Pene, professeur en urbanisme, a animé l’un de ces camps. Pour lui, il s’agit d’une expérience exceptionnelle qui s’est déroulée sur le territoire Palestinien en dépit de l’instabilité qui y prévaut. Le fait que ce camp ait été «mobile» - grâce aux visites sur le terrain qui ont accompagné les conférences et séminaires théoriques -, a fait de cette expérience un voyage riche en découvertes. Danielli Pene ajoute qu’il a été impressionné par les atouts culturels et géographiques de la Palestine, laquelle se distingue par un héritage qui s’étend de l’époque Ottomane jusqu’à la fin des années 1960.

Aya Tahan, est une étudiante qui a participé au camp. Elle affirme que cette expérience lui a permis «de découvrir des villages situés non loin de notre lieu de résidence, mais dont j’ignorais les atouts jusque-là. Ces voyages sont d’une grande importance. En fait, j’ai compris à quel point il est nécessaire de préserver l’héritage culturel en Palestine, un atout majeur pour notre tourisme.»

De son côté, Ghada Moubarak, ingénieure et coordinatrice du projet à Riwaq, souligne que « le projet d’héritage commun non seulement révèle la diversité géographique, culturelle, architecturale et touristique de ces villages, mais permet également de mettre en valeur leur richesse démographique, la mixité confessionnelle entre Chrétiens et Musulmans, le mélange entre villageois et réfugiés, etc. Le but n’est pas uniquement de préserver la structure architecturale des centres et bâtisses historiques, mais aussi de renforcer les liens sociaux entre les Palestiniens vivant séparés dans ces villages et villes palestiniennes.

Le projet a été lancé à l’occasion de la 3ème Biennale Riwaq qui s’est tenue du 12 au 16 octobre 2009. Experts, ingénieurs, architectes et académiciens ainsi que des personnalités officielles arabes et palestiniennes ont effectué un tour dans 5 villages sélectionnés parmi les 50 villages concernés par le projet. L’initiative, considérée comme étant la plus importante de Riwaq, a été saluée par le chef de gouvernement Salam Fayyad lequel a estimé qu’il s’agit d’un projet national qui mérite un support financier et moral.






Vos réactions
TOUZENE TEWFIK, Algérie | 21-02-2010, 13.09h

Le patrimoine architectural d'un pays est sa mémoire collective, le repère de sa civilisation, le témoignage qu'on doit léguer aux générations futurs, le préserver est primordiale, c'est même notre devoir, pour mieux avancer il faut connaitre ses origines, les habitudes, le vécu, la façon d'être et de vivre de nos ancêtres, en d'autres termes il faut connaitre son histoire qui forge l'esprit pour mieux se développer, pour ce faire je trouve que c'est une très bonne initiative qui a été prise pour la restauration des sites historiques en Palestine, mais il ne faudrait pas que ça s'arrête au niveau abstrait des études, il faut veiller à leurs réalisations concrètement, et je pense que la préservation de ce très riche patrimoine architectural ne doit pas être seulement fait pour but touristique, mais également pour but éducatif et humanitaire.