Partenariat Euromed versus complémentarité arabe



Longtemps divisés, les Arabes peinent à tirer bon profit du partenariat avec l’Union européenne. Mais avec le lancement de la Politique de voisinage, une question se pose : comment réussir le pari des réformes nécessaires au monde arabe ?

  

L’Europe actuelle n’est plus celle qui, il y a dix ans, avait élaboré le protocole de Barcelone. Et les pays arabes de nos jours ne sont plus ceux qui ont accueilli cette initiative. À l’époque, certains avaient applaudi à ce protocole alors que d’autres, méfiants, exprimaient des réserves. L’Union européenne s’est ensuite élargie vers l’Est, s’éloignant ainsi du Sud. Le centre de gravité stratégique s’est par conséquent éloigné des eaux tempérées de la Méditerranée.

Refuser le partenariat euro-méditerranéen semblait irrationnel, car ses objectifs déclarés étaient crédibles. Cependant le véritable problème résidait dans le fait que ce partenariat était le premier cadre régional à imposer aux populations arabes de s’asseoir à la même table avec Israël, et d’arriver avec ce pays à un degré avancé de normalisation, sans pour autant obtenir des concessions quant à la mise en application des résolutions internationales relatives au conflit israélo-palestinien. Les conséquences auraient pu être moindres si les populations arabes s’étaient ralliées sous une même opinion. De même, ces pays auraient pu donner une autre dimension au concept de « développement intégré » proposé par les Européens, si leurs propres experts avaient réussi à mettre en place des plans de développement dont la taille équivaut à celle des crédits que l’Europe était prête à rassembler.

En ordre dispersé
Il est possible d’affirmer que le clivage entre les pays arabes a constitué le principal obstacle à la réalisation du protocole de Barcelone. Leurs positions se résumaient en trois courants principaux : le premier rassemblait ceux qui avançaient sans coordonner avec les autres, comme le Maroc et la Tunisie. Le deuxième comportait les pays qui se sont sentis obligés de se rallier au partenariat par crainte d’être marginalisés, tels l’Algérie, la Syrie et le Liban. Enfin, le troisième groupe s’était retrouvé exclu de l’initiative et s’est par conséquent retourné contre elle. Cette prise de position fut celle de la Libye.

Autre facteur de division : l’ancienneté des partenaires arabes. Meilleur exemple, la Tunisie qui a signé les accords d’association en 1995, alors que la Syrie ne l’a fait qu’en 2005. Dix ans de différence, ce qui correspond à la durée de vie du partenariat.

D’après les statistiques européennes, l’Union européenne a souhaité mobiliser entre 1995 et 1999 dans le cadre du plan Meda I plus de 3 milliards d’euros. Mais les pays du bassin méditerranéen (Israël et les pays arabes) n’en ont retiré que 876 millions d’euros. Le plan Meda II recouvrant la période 1999-2003 a, lui, totalisé environ 2,8 milliards d’euros, mais les pays concernés n’auront utilisé que 1,6 milliard d’euros. Les raisons ? D’une part, l’absence de garanties et de transparence financière ainsi qu’une aliénation du secteur judiciaire, d’où l’impossibilité de contrôler les flux financiers publics et privés. D’autre part, le partenariat n’agit réellement que dans les milieux ouverts à l’étranger. D’autant plus que l’inexistence de communication avec les Petites et Moyennes Entreprises (PME) empêchait les pays de bénéficier pleinement du partenariat.

Comment bénéficier de la PEV ?
Cela dépend de la capacité des pays arabes à être sur la même longueur d’onde que les Européens, notamment en ce qui concerne la séparation entre affaires économiques et travail politique. S’il est une leçon à tirer de Barcelone, c’est bien la nécessité d’appliquer pleinement des réformes politiques et constitutionnelles. Car mis à part un apaisement des tensions internes, c’est l’ensemble de la région méditerranéenne qui en bénéficiera. Il suffit d’observer nos voisins européens qui, grâce à leur pouvoir réformateur, ont réussi depuis les années cinquante à parvenir à un état fusionnel dont nous en sommes les témoins.

 

Rachid Khashaneh
Analyste
(Cahiers Euromed, 2005)






Vos réactions
yassine, Maroc | 23-09-2009, 11.08h

Plusieurs obstacles écartent les pays arabes (voisin de l’UE) de la voie du développement, des obstacles plus au moins importants, des tensions politiques qui abouties à la fermeture des frontières et à dépenser des milliards d’euro sur les armes au lieu de les utiliser pour développer les infrastructures et créer des conditions sociales et économiques qui permet d’améliorer le niveau de vie de ces pays et de diminuer le niveau de pauvreté. Mais il y a aussi le manque d’une gouvernance efficace au risque de ne plus pouvoir rêver d’un développement ni à long ni à court terme.