Maisons d’accueil pour les victimes du trafic des êtres humains

15/03/2010


Dorénavant, les victimes du trafic de personnes peuvent trouver refuge dans un des deux centres d’accueil érigés en Syrie à Alep et à Damas, quelle que soit leur nationalité. Elles sont non seulement logées et nourries, mais reçoivent aussi une formation professionnelle leur permettant d’intégrer le marché du travail.


Nour El Din Al-Aathar - Damas, Eurojar

Le trafic des personnes n’est pas un phénomène répandu en Syrie. Cela n’a pas empêché les autorités de prendre les devants et de barrer la route aux criminels en adoptant des lois strictes, empêchant une éventuelle expansion dans le futur. Elles ont inauguré de même avec des instances internationales deux abris pour accueillir les victimes étrangères d’un tel trafic.

La maison d’accueil, inaugurée à Alep (au nord de la Syrie), en coopération avec l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM), le ministère des Affaires sociales et du Travail et l’Association pour les jeunes filles, est la deuxième du genre dans le pays après celle de Damas. Elle rentre dans le cadre d’un vaste programme financé par l’Union européenne (UE) afin de soutenir les réfugiés irakiens en Syrie, à hauteur de 1,5 million d’euros.

La maison d’accueil propose une aide médicale, psychologique et sociale directe à de nombreuses femmes victimes de trafic. Elle vise aussi à les réhabiliter par la suite à travers la formation professionnelle.

La ministre des Affaires sociales et du Travail Diala Hajj Aref explique: «Le projet prend en charge les victimes du trafic des personnes à Alep et dans les autres mohafazats, les aide, les protège et tente de régulariser leur situation». Elle affirme que le choix de Damas et d’Alep s’est imposé car ce sont de grandes agglomérations et qu’elles peuvent par conséquent accueillir les victimes venues d’autres pays qui cherchent à y trouver refuge, ou qui y transitent et demandent aide et secours.

Le mohafez d’Alep Ali Mansoura a assuré que le centre «contribuera à sensibiliser la population sur ce sujet, en coopération avec les différentes composantes de la société civile», en soulignant qu’il est équipé de deux dortoirs, contenant chacun dix lits, d’une clinique, d’un bureau d’avocat, d’un bureau administratif, d’une salle d’accueil et d’un restaurant».

Le gouvernement syrien avait initié en 2005 des efforts avec l’OIM pour mettre un terme au trafic des personnes, plus particulièrement des femmes irakiennes, surtout que le nombre de réfugiés irakiens avait atteint plus de 1,5 million de personnes.

100 millions d’euros
Le programme de l’OIM, lancé en 2008, fait partie d’un engagement plus important de la part de l’UE pour aider la Syrie à gérer le flux de réfugiés irakiens, en proposant une aide de l’ordre de 100 millions d’euros dans des secteurs comme l’éducation et la santé.

L’ambassadeur de l’UE à Damas Vassilis Bontosoglou a salué le rôle important joué par le gouvernement syrien et sa coopération avec l’UE afin de résoudre les problèmes des réfugiés irakiens dans l’ensemble des domaines. Quant à la présidente de la délégation de l’OIM Maria Rumman, elle a qualifié le phénomène de trafic des personnes de point noir dans l’histoire de l’humanité et une violation claire des valeurs humaines et religieuses.

En parallèle avec l’ouverture de la nouvelle maison d’accueil, le président syrien Bachar El-Assad a publié un décret législatif visant à combattre le trafic des personnes et à donner une importance particulière aux femmes et enfants victimes de ces crimes. Le décret prévoit la création de structures d’accueil liées au ministère des Affaires sociales et du Travail, en plus de la création d’une unité spécialisée dans la lutte contre le trafic des personnes au sein du ministère de l’Intérieur.

Le décret prévoit aussi des sanctions contre «ceux qui commettent des crimes de trafic de personnes, ou contre tout complice, instigateur, membre d’une association criminelle qui a pour objectif ce genre de crimes».

L’OIM avait inauguré en décembre 2008 la première maison d’accueil de ce genre à Damas. Elle a accueilli jusque-là près de 30 victimes non syriennes et leur a proposé les soins de santé, une aide psychologique et de la nourriture, sans compter la formation professionnelle.

La notion de trafic des êtres humains comporte de nombreux aspects comme le travail à domicile, le travail forcé, l’esclavage, le trafic d’organes, les abus sexuels, le trafic d’enfants, ainsi que d’autres types de crimes organisés. L’OIM évalue les gains qui résultent des abus sexuels des enfants et femmes à près de 28 milliards de dollars par an, et les revenus du travail forcé à 32 milliards de dollars. L’Organisation indique que trois millions de personnes dans le monde sont victimes de trafic, dont 1,2 million d’enfant, alors que 45 à 50 mille victimes sont acheminées annuellement vers les États-Unis.