Les transports marocains boostés par l’Europe

14/09/2009


Construction de routes, réforme du système portuaire, ouverture réciproque des marchés... L'Union européenne est fortement engagée dans la réforme du secteur des transports au Maroc.


Younès Baâmrani - Rabat, L’Orient-Le Jour

Qu'il soit routier, naval ou aérien, le secteur des transports est au cœur du partenariat entre le Maroc et l'Union européenne. En témoigne l'engagement et l'appui de l'Europe à la réforme du secteur des transports au Maroc. Et les chiffres sont là pour le confirmer. La contribution de l'UE à ce secteur s'est élevée à 96 millions d'euros entre 2003 et 2008 sous la forme d'une aide budgétaire directe non remboursable.

« Un système de transports performant et efficace est une condition primordiale pour atteindre l'objectif de développement économique et social que le Maroc poursuit », apprend-on de la délégation de la Commission européenne à Rabat. Par performant et efficace, entendre transport à moindre coût, dans le respect de la sécurité routière et de l'environnement.

1 kilomètre sur 4 financé par l’UE
Le programme euro-marocain sur le transport concerne le transport routier de marchandises, le transport maritime et la refonte du système portuaire, ainsi que le transport aérien. Pour ce qui est des routes, l'Europe est un partenaire et surtout un financier de taille dans la mise à niveau et la construction des routes marocaines et la libéralisation du transport routier. Engagement pour le moins important puisqu'un kilomètre sur quatre de route est construit grâce au financement de l'Europe.

Plus encore : l'Europe encourage l'Exécutif marocain à adopter de nouvelles règles de la circulation routière afin de mieux sécuriser ses routes. Un élément important puisque les routes marocaines sont parmi les plus meurtrières du continent. Grâce au partenariat européen, le royaume s'est engagé dans une politique poussée de construction d'autoroutes. À commencer par le projet d'élargissement à 2x3 voies de l'autoroute Casablanca-Rabat dont les travaux vont se terminer en 2011. « L'autoroute Casablanca-Rabat constitue le maillon central du réseau d'armature autoroutier du royaume du Maroc. Elle relie la capitale économique et la capitale administrative du pays distantes de moins de 100 km et concentre sur son tracé la majorité des flux entre le Nord, le Sud et le centre du royaume », indique-t-on du côté des Autoroutes du Maroc (ADM).

Quant à l'autoroute reliant la capitale spirituelle Fès à la plus grande métropole de l'Est Oujda dont les travaux ont débuté en 2007, elle devrait prolonger l'autoroute Rabat-Meknès-Fès existante, pour « former, à terme, un grand axe structurant Est-Ouest. Elle constitue aussi un tronçon important de l'autoroute maghrébine qui prend son origine à Nouakchott, capitale de la Mauritanie et dessert les principales métropoles de l'UMA pour arriver à Tobrouk en Libye ». Selon ADM, le montant du projet s'élève à 10 700 millions de dirhams et la participation de la Banque européenne d'investissement (BEI) est de 1 980 millions de dirhams.

L'autre grande autoroute en chantier est celle reliant Marrakech à la perle du Sud, Agadir. D'une longueur de 233 kilomètres, elle sera fin prête l'année prochaine. L'Europe finance aussi la construction d'autres routes, telle que « la rocade méditerranéenne », une infrastructure routière reliant Tanger à Saida sur le littoral méditerranéen.

La contribution de l'Europe à un transport routier plus efficace au Maroc fait partie d'une politique encore plus globale visant tout le Maghreb. « Nous rêvons d'un Maghreb relié par des autoroutes qui permettent un échange économique plus fourni entre les pays du Maghreb et entre le Maghreb et l'Europe », confie un responsable d'un parti de gauche marocain.

Open Sky et l'Europe de l'aviation
Dans son programme d'appui à la réforme du secteur des transports, le secteur maritime occupe également une place de choix. Déjà dans le cadre du programme MEDA II s'étalant entre 2000 et 2006, il est stipulé que « la réforme du secteur de la marine marchande se traduit par un important travail de mise à niveau de l'ensemble de la réglementation. »

Quant à la réforme du système portuaire, elle concerne le renforcement de l'administration, la séparation entre fonctions de gestionnaire des infrastructures et de prestataire de services de nature commerciale, ou encore l'ouverture à la concurrence des services portuaires pour améliorer la qualité, l'efficacité et le rapport prix/efficacité des services dans les ports. D'ailleurs, du côté même du ministère marocain de l'équipement et du transport, la réforme portuaire s'imposait pour des raisons diverses. Manque d'homogénéité entre les ports, manque de perspectives de développement du secteur, manque de visibilité stratégique pour le secteur, caducité du cadre juridique et réglementaire, vide juridique dans l'organisation des activités portuaires sans parler du monopole de fait alors exercé par l'Office d'exploitation des ports (ODEP).

Grâce notamment à l'implication de l'UE, beaucoup de choses ont changé dans le secteur. L'ODEP a été divisé en deux entités : l'Agence nationale des ports (ANP) et la Société d'exploitation des ports (Sodep) qui devient Marsa Maroc en décembre 2006 et qui a pour tâche l'exploitation de terminaux et quais portuaires dans le cadre de concessions. Un premier pas vers la privatisation du secteur. En plus, le ministère de tutelle marocain promet sous peu la mise en place d'un guichet unique informatisé reliant l'ensemble des intervenants dans l'enceinte portuaire.

Le transport aérien n'a pas été en reste. En décembre 2006, le Maroc a été le premier pays hors du continent européen à signer un accord euro-méditerranéen sur les services aériens. Avec pour conséquence immédiate, l'ouverture réciproque des marchés (Open Sky). « La libéralisation du secteur du transport aérien au Maroc et l'accord de l'Open Sky avec l'UE constituent des références internationales.

Le trafic aérien international a augmenté d'une manière très importante entre 2003 et 2007 (+18 % en moyenne) et les fréquences hebdomadaires ont connu une progression de +142 %. La grande part de cette progression (+91 %) revient au low cost, qui a permis de développer des offres packagées, de booster la capacité et de stimuler la concurrence des compagnies classiques.

En 2008, et en dépit d'une conjoncture défavorable pour le développement du secteur du transport aérien au niveau mondial, le Maroc a enregistré une augmentation du trafic international de 8,5 % », a déclaré récemment Karim Ghellab, ministre du Transport marocain dans les colonnes de la revue Les Afriques. Grâce à l'Open Sky, 29 nouvelles compagnies étrangères circulent dans le ciel marocain, les tarifs ont connu des baisses conséquentes et le nombre de vols à destination et en partance du Maroc a largement augmenté.

Consulter la fiche projet: Appui à la réforme du secteur des transports
(Maroc)






Vos réactions
RAHAOUI, Maroc | 14-12-2009, 16.03h

Dans le cadre d'un partenariat entre l'U.E et le Maroc, le réseau routier, ferroviaire et aérien se sont bien améliorés au cours des dernières années permettant aux citoyens et aux investisseurs une meilleure mobilité. Cet investissement sera plus porteur en incluant l'amélioration des méthodes d'apprentissage du code de la route qui, et selon les chiffres du HCP et parmi les routes les plus meurtrières de la planète. La conscience des conducteurs, professionnels ou particuliers devra être sensibilisée par tous les moyens afin d'arrêter la guerre des routes.

baais, Maroc | 11-10-2009, 14.22h

J'admire bien les initiatives de l'UE au niveau du transport au Maroc et dans la plupart des pays du grand Maghreb dans le but d'amélioration surtout que le Maroc est l'un des pays ou le taux d’accidents routiers est trop élevé.

G.KHADIJA, Maroc | 08-10-2009, 16.31h

La volonté commune de développement est une action très encourageante de la part du gouvernement marocain, car la qualité des projets projetés démontrent l'ampleur des visions et l'importance du Maroc en tant que pays très coopératif et ambitieux. Sincèrement, jusqu'à ce point, je suis une bonne citoyenne marocaine, grande admiratrice des projets en cours de réalisation et optimiste. À mon avis le peuple marocain devra faire de même que son gouvernement, et c'est là que le pessimisme commence à peser lourd, car en voyant dans les rues des gens qui s'amusent à casser des barrières, à s'insulter sans raisons valables, à se taper comme si on est dans une guerre civile,.... tellement de choses qui montrent qu'on est loin d'être des gents civilisés!

Mohamed, Maroc | 08-10-2009, 15.31h

Le Maroc a un retard important en matière d'infrastructure routière. Les autoroutes en est l'exemple le plus convainquant. Le Maroc est un pays en développement qui a largement besoin de l'aide de ses partenaires européens pour financer ses projets de développement. Ce qui reviendrait à bénéficier à tout le monde. L'UE a tout l'intérêt à soutenir ce type de projets pour endiguer l'immigration vers les pays de l'Europe. Les pays du sud de la méditerranée constitueront une ceinture contre ce fléau qui est un vrai cauchemar pour les habitants de l'UE. Je suis pour la thèse selon laquelle l'aide devrait se séquencer en une chaîne dont le premier épisode se situe en Europe, le centre, et le dernier dans les pays de l'Afrique subsahariens, la périphérie, en passant par les pays du Maghreb qui doivent jouer le rôle d'une courroie de transmission entre ces deux continents.

MORESQUO, Maroc | 25-09-2009, 12.29h

Il est clair que l'Europe a toujours été et sera prés du Maroc dans différents domaines de coopération, et grâce à ses plusieurs aides et son soutien , le Maroc a fait de grands progrès vers le développement. Mais la question qui se pose est : Pour combien de temps allons- nous continuer à compter sur l'aide étrangère ? En fait, nous ne voulons pas des aides de l'Europe autant que nous voulons le contrôle de la vie politique et l'imposition de la démocratie parce qu'elle est la seule voie vers le développement et non pas les aides et les charités.