Les minorités arabes: menace ou pont ?



Comme d’autres communautés, les minorités arabes constituent une richesse culturelle et sociologique dans une Europe toujours plus vaste. Cependant, le rôle de cette communauté devient complexe dès lors que l’on pose la question de la perception de l'un par l'autre, et vice versa. 

 

Comme dans toute autre minorité ethnique ou culturelle, la majorité des Arabes occupent une place bien définie dans le circuit économique et social des pays d’accueil. Un grand nombre travaille dans le secteur des services et joue un rôle prépondérant dans « l’économie de l’immigration » (commerce, import-export des produits des pays d’origine, restauration). Il faut visiter les rues commerçantes de Barbès à Paris, la rue du Brabant à Bruxelles ou les artères semblables dans les autres capitales européennes pour se rendre compte de l’intensité des activités économiques et sociales, de la diversité des couleurs et des saveurs.

Aux périodes de vacances et de retours vers les pays d’origine, il faut observer les mouvements de frénésie des achats, le trafic intense, qu’il soit routier, maritime ou aérien. C’est un véritable transfert des marchandises et d’idées de l’Europe vers les pays du sud et de l’est de la Méditerranée. Même si elle est souvent située en marge de la société européenne et localisée parfois dans des ghettos culturels, cette richesse économique et sociale est en train de produire une autre forme de richesse encore plus subtile : il s’agit de l’intelligence et de la formation des cadres. Ces derniers sont aujourd’hui nombreux dans les universités, les hôpitaux et l’économie.

Les jeunes des "deuxième et troisième" générations commencent à revendiquer ouvertement leurs places en politique et dans les médias. Au Parlement européen, il n’est pas rare de croiser un assistant ou un député dont les origines se situent en Algérie ou au Liban. À Bruxelles, on compte une dizaine de députés d’origine arabe sur 75 membres du Parlement régional et plus de 35 membres dans le cadre des 19 conseils municipaux de la ville. Il s’agit d’une tendance en progression et qui peut être relativement généralisée aux autres pays de l’Union européenne où vivent d’importantes communautés étrangères.

Islam et citoyenneté européenne
Mais tout n’est pas rose, loin s’en faut. Surtout depuis les événements du 11 septembre, les relations intercommunautaires sont devenues plus tendues. Beaucoup d’Européens ont été saisis par la violence terroriste et n’hésitent pas à voir dans l’immigration arabo-musulmane une cinquième colonne qui pourrait être mobilisée au service d’une « internationale islamiste ». La méfiance se reflète partout et plus particulièrement sur les lieux de travail. Plusieurs enquêtes en France et en Belgique ont démontré que les patrons préfèrent ne pas engager des cadres d’origine arabe ou musulmane. Dans l’une des agences d’intérim à Bruxelles, une employée a reconnu, lors d’une enquête réalisée par les organisations antiracistes, que certains patrons demandent expressément aux chasseurs de têtes de ne pas leur envoyer des ingénieurs ayant des noms à connotation arabe ou des femmes portant le hijab. Les exemples de discrimination raciale sont multiples dans le milieu professionnel ou pour l’octroi de logements.

Le cas Theo Van Gogh

Un reportage réalisé sur l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh permet de mesurer l’énorme fossé qui sépare aujourd’hui les Arabes des autres communautés aux Pays-Bas. Une situation qui pourrait malheureusement se généraliser, à différents degrés, dans d’autres pays. Dans son film Soumission, Theo Van Gogh met en scène un texte écrit par une députée hollandaise d’origine somalienne, Iyan Hirshi Ali, sur la violence exercée, selon son point de vue, contre les femmes dans l’islam. Dans le film, des sourates du Coran sont écrites sur le corps d’une femme presque nue, une autre prie en portant des voiles érotiques. La suite est connue. Le neveu du peintre Van Gogh a été assassiné par un jeune Hollandais d’origine marocaine, aujourd’hui condamné à perpétuité.

À Amsterdam, les discussions menées dans différents milieux peuvent être résumées ainsi : connu pour son obédience de gauche et ses idées en faveur de l’immigration, le sociologue Paul Schiffer estimait que « la ligne rouge a été franchie, et les immigrés qui n’acceptent pas l’ordre de valeurs de la société hollandaise n’ont qu’à rentrer chez eux et appliquer leurs propres valeurs ». Apprenant à réciter le Coran dans l’une des mosquées de la ville, de vieux retraités marocains se demandaient ce que leur voulaient les Hollandais. « Veulent-ils que nous disions à nos filles de tout découvrir et de ne pas avoir de pudeur ? Non, nous ne ferons pas cela ».

Le président du centre de coopération méditerranéenne constatait avec une certaine déception que « les Arabes en Europe sont les premières victimes du terrorisme après ceux qui sont réellement endeuillés dans leur chair », en ajoutant que « nos opinions sont criminalisées, car nous soutenons la question palestinienne et que nous sommes contre la guerre en Irak à laquelle ont pris part les forces hollandaises ». Ces trois réactions résument la difficulté de l’équation qui est posée aujourd’hui tant aux autorités européennes qu’aux élites des minorités arabes résidant dans les pays de l’UE.

Noureddine Fridhi
Chef du bureau MBC – Al-Arabia – Al-Hayat, Bruxelles
(Cahiers Euromed, 2005)






Vos réactions
karim, Maroc | 17-03-2010, 20.37h

Oui, on peut admettre que les arabes ou les "non arabes" originaires des pays de la méditerranée sont une minorité en europe, qu'on peut juger très accueillante mais aussi très hétérogène, au niveau des races et des cultures. Ensuite ce n'est point possible de généraliser des jugements sur quelqu'un quoi qu'il soit sans le mettre dans un contexte bien défini, que ça soit historique ou ethnique..etc. Pour conclure je veux signaler que je suis contre une intégration totale car cela n'existe pas, il faut que chacun d'entre nous respecte l'autre.

Mohammad KACIM, Liban | 31-12-2009, 17.29h

L’union européenne montre sa grande fraternité aux pays arabes de la méditerranée dont le Liban. Elle accompagne les populations, encourage les gouvernements et les autorités locales à s’investir humainement et matériellement dans des projets de grande importance sur le plan culturel, social et environnemental. Elle met ainsi son grand savoir- faire et les divers expériences et capacités des ses pays membres au service de cette région méditerranéenne, afin d’attiser l’envie des citoyens dans ces pays de progresser vers la démocratie, vers la paix et vers le respect dans la diversité.

yassine, Maroc | 13-09-2009, 18.16h

Il est vrai que la minorité arabe en Europe est de plus ou moins menacer de disparaître (une disparition au niveau de tradition) mais il est primordial qu'ils ignorent leurs origines parfois pour qu'ils puissent s'adapter dans le pays d'accueil dans les meilleurs conditions.

Djilali Djefel, Algérie | 17-07-2009, 14.24h

Je trouve vos réactions excessives. Comme le dit si bien Attlee, la démocratie n’est pas simplement la loi de la majorité, c’est la loi de la majorité respectant comme il convient le droit des minorités. Il me semble que le mot-clé dans les relations entre différentes communautés doit être le respect de l’autre. Accepter la différence permet de comprendre l’autre. La tolérance est le socle de la démocratie. Il est vrai, voire nécessaire, que la minorité se doit de s’intégrer dans le substrat commun de la majorité mais cela ne doit jamais l’empêcher de défendre sa richesse séculaire.

Hani F., Sénégal | 14-07-2009, 18.27h

Je crois que les arabes en font un peu trop sur leur désir de se singulariser et de montrer à l'Europe leurs différences et à la limite leur rejet de la culture occidentale. Toute grande civilisation a su intégrer des éléments étrangers pour s'enrichir et grandir. Respectons les valeurs des autres, concentrons nous sur ce qui peut nous unir, enrichissons-nous en adoptant celles qui même si elles nous sont nouvelles, permettent à nos sociétés d'être meilleures et justes et rappelons-nous que tout excès nuit. Dieu nous a confié la mission de combattre le mal et pour cela le progrès constant de la conscience humaine est nécessaire.