Le défi d’Heritage IV: impliquer les jeunes dans la sauvegarde du patrimoine

08/06/2009


« Fondations pour un avenir solide », un projet financé par l'Union européenne dans le cadre de son programme régional Euromed Heritage, vise à faire agir les jeunes au Liban et en Jordanie pour la promotion du patrimoine culturel.


Émilie Sueur, L’Orient-Le Jour

Des jeunes, garçons et filles, déambulant entre le trône d'Astarté et des pierres ornées de hiéroglyphes, un matin de mai, le sourire aux lèvres et l'œil clairement intéressé... Le 26 mai dernier, dans les salles du musée national de Beyrouth, le projet « Fondations pour un avenir solide », dont on fêtait le lancement officiel, avait déjà un petit air de succès.

Ces jeunes Libanais en visite au musée sont les acteurs centraux du projet « Fondations pour un avenir solide ». Ce projet, qui s'étend également à la Jordanie, est financé par l'Union européenne dans le cadre du quatrième volet du programme régional Euromed Heritage. L'objectif global de cette quatrième édition étant d'amener la population à s'approprier son patrimoine culturel et d'améliorer la formation et l'accès à la connaissance dans le domaine du patrimoine culturel.

Dans ce cadre, le projet « Fondations pour un avenir solide » vise à ce que les jeunes Libanais et Jordaniens agissent pour la promotion de leur patrimoine culturel. Ce projet est mis en œuvre par l'association Mercy Corps en partenariat avec l'Apsad et le musée de Beyrouth, pour le volet libanais, et avec l'association ZENID et le musée national de Jordanie, pour le volet jordanien.

En ce qui concerne le volet libanais, Mercy Corps, aidé par des partenaires locaux, a sélectionné une soixantaine de jeunes, âgés de 13 à 18 ans, dans toutes les régions du pays. En Jordanie, 72 jeunes ont été sélectionnés. « Lors du processus de sélection, nous avons voulu qu'il y ait une grande diversité de backgrounds, car notre but est aussi de promouvoir les échanges culturels entre ces jeunes », explique Dahlia Khoury, responsable du projet pour Mercy Corps au Liban. Établir un dialogue online entre les jeunes du Liban et de Jordanie est également prévu, indique l'antenne jordanienne de Mercy Corps. « Avec ce programme, les jeunes des différentes régions vont développer une meilleure compréhension de leur identité régionale, à travers les similarités et les différences entres les patrimoines libanais et jordanien », indique Abeer Awad, de Mercy Corps Jordanie.

Pour ce faire, les jeunes impliqués dans le programme vont suivre une formation sur le patrimoine culturel et sur l'utilisation de différents médias (caméras, appareils photo, Internet, etc.), car c'est au travers de supports multimédias que la promotion du patrimoine va être réalisée. « Le côté multimédia est un moyen de stimuler l'intérêt des jeunes », explique Dahlia.

Les jeunes Libanais sélectionnés vont préparer vingt projets. Les jeunes Jordaniens en feront autant. « Ces projets porteront sur le patrimoine culinaire ou musical d'une région. Ou encore sur une danse. Nous avons voulu éviter les grands monuments déjà connus », souligne Dahlia. Dans un premier temps, les jeunes présenteront leur projet dans leur région. La présentation se fera en public et ils devront expliquer l'histoire, la valeur et la richesse du patrimoine local. Ensuite, la totalité des projets sera présentée lors de grands festivals organisés au musée de Beyrouth et au musée de Jordanie, qui est actuellement en construction.

Préserver l'identité d'un peuple
Pour Mercy Corps, il était important d'impliquer les jeunes dans la promotion du patrimoine « car le patrimoine culturel représente une partie de leur identité », souligne Dahlia. « Or, quand nous avons fait les premières évaluations à travers le Liban, nous avons réalisé que les jeunes ne savaient quasiment rien de leur patrimoine ou de sa valeur », ajoute-t-elle.

« Ce projet va permettre aux jeunes de mieux comprendre leur patrimoine et le rôle des musées nationaux, en utilisant des méthodes nouvelles. Cela va aider à la création d'une nouvelle génération qui pourra avoir une participation active dans la société », souligne Dr Faris Nimri, directeur du musée de Jordanie. Dans le cadre du projet, le musée fournira des conseils et des informations pour aider les jeunes Jordaniens à définir les projets sur lesquels ils vont travailler. Le musée vérifiera également l'exactitude historique du contenu culturel et éducationnel du projet. Grâce à ce projet, M. Nimr espère également que le musée de Jordanie devienne un centre à partir duquel seront disséminés l'éducation et le savoir.

« La sauvegarde du patrimoine culturel est une condition vitale pour la préservation de l'identité d'un peuple et l'affirmation de sa personnalité. C'est aussi une source intarissable d'inspiration pour sa capacité créatrice nationale. En cela, l'héritage culturel est un bien à part et il est de la responsabilité de chacun d'entre nous de le protéger des logiques commerciales qui le menacent », a expliqué, lors du lancement du projet, à Beyrouth, Patrick Laurent, chef de la Délégation de la Commission européenne au Liban. « Dans cet effort permanent, nous pensons que les jeunes ont un rôle prépondérant à jouer. Nous devons les inciter à regarder autour d'eux, et les aider à se montrer attentifs et curieux de leur patrimoine. C'est un moyen privilégié pour "accepter l'autre" », a-t-il ajouté en s'adressant aux jeunes présents au musée le 26 mai dernier.

Enthousiasme des jeunes
Des jeunes qui affichaient un franc enthousiasme. « Quand le programme a commencé, on ne savait quasiment rien du patrimoine culturel de Baalbeck. Et maintenant, nous avons envie de le découvrir », explique Diana, une jeune fille de 17 ans, résidant dans la capitale de la vallée de la Békaa. Dans son projet, elle présentera la dabké, une danse traditionnelle. « Notre patrimoine est très important, car il est très riche et très diversifié. Plusieurs civilisations ont marqué l'histoire du Liban », ajoute Waël, un jeune homme de 17 ans habitant à Tripoli, au nord du Liban. « Je connais un peu le patrimoine de Tripoli, mais il faut que je le connaisse mieux », ajoute-t-il. Pour présenter le patrimoine de sa région, Waël et les autres membres de son groupe vont utiliser la vidéo, la musique et préparer un texte. « Prendre part à ce projet, c'est rendre service à mon pays », assure-t-il.

Le projet « Fondations pour un avenir solide » doit se dérouler sur deux ans. Alors que la première année se concentre sur les jeunes, la seconde visera à former les professeurs. Un curriculum doit ainsi être développé afin de sensibiliser les élèves, à l'échelle nationale, à l'importance du patrimoine.

 

Euromed Heritage, un instrument pour le dialogue culturel

Le programme Euromed Heritage, lancé en 1998 et financé par la Commission européenne, a pour but d'aider les pays méditerranéens partenaires de l'Union européenne dans leurs efforts de mise en valeur et de conservation de leur patrimoine. Il vise également à promouvoir le dialogue culturel. Dans le cadre de ce programme, le patrimoine matériel, mais également immatériel, est pris en compte à travers ses aspects identitaires, comme à travers son poids économique en tant que secteur d'activité et de richesses en croissance.

Dans le cadre d'Euromed Heritage I, seize projets ont été financés par le programme MEDA. Dans le cadre d'Euromed Heritage II, les projets retenus se démarquaient par une approche plus thématique étant donné qu'ils cherchaient à créer des corpus de savoir et de compétences exhaustifs. En 2004, quatre projets ont été sélectionnés qui ont ensuite été identifiés comme Euromed Heritage III. Le quatrième volet du programme, Euromed Heritage IV, est doté d'un budget de 17 millions d'euros et s'étale de 2008 à 2012.

Pratiquement, le programme Euromed Heritage fournit une assistance technique, enrichit les connaissances sur le patrimoine culturel méditerranéen et aide à sa promotion grâce aux réseaux mis en place, aux échanges de pratiques à la diffusion de l'information, à des programmes de sensibilisation et à la création de compendium de savoir-faire, de méthodologies et de techniques. Il propose également des formations en rapport avec le patrimoine et des activités culturelles.

Outre « Des fondations pour un avenir solide », onze projets ont été retenus dans le cadre de Euromed Heritage IV :
• « Athena », qui vise à l'amélioration et à l'adaptation des théâtres antiques aux réalités nouvelles (pays impliqués : Algérie, Espagne, Italie, Jordanie, Tunisie).
• « Elaich », pour une approche des liens éducatifs avec le patrimoine culturel (pays impliqués : Belgique, Grèce, Israël, Italie, Malte).
• « Hammamed », pour une sensibilisation au patrimoine culturel des hammams dans le bassin méditerranéen et au-delà (pays impliqués : Autriche, Maroc, Royaume-Uni, Syrie).
• « Manumed II », Des manuscrits et des hommes (pays impliqués : Algérie, Belgique, Égypte, France, Jérusalem-Est).
• « Mare Nostrum », qui explore la piste du patrimoine le long des routes maritimes phéniciennes et des villes portuaires historiques de la Méditerranée (pays impliqués : Grèce, Italie, Liban, Malte).
• « MedLiHer », pour la sauvegarde du patrimoine méditerranéen vivant (pays impliqués : Égypte, France, Jordanie, Liban, Syrie).
• « MedMem », pour le partage des mémoires audiovisuelles de la Méditerranée (pays impliqués : Algérie, France, Italie, Jordanie, Maroc).
• « Montada », un forum de promotion de l'architecture traditionnelle au Maghreb (pays impliqués : Algérie, Espagne, France, Maroc, Tunisie).
• « Mutual Heritage », de l'intégration historique vers une participation active et contemporaine (pays impliqués : Autorité palestinienne, France, Italie, Maroc, Tunisie).
• « REMEE », pour redécouvrir, ensemble, les mémoires de l'eau (pays impliqués : Algérie, France, Grèce, Maroc, Tunisie, Turquie).
• « Siwa-Tangier », pour la protection et la promotion du patrimoine matériel et immatériel (pays impliqués : Égypte, Italie, Maroc).


Voir le site: Euromed Heritage






Vos réactions
Elsie Deek Abou Jaoudé, Liban | 11-11-2009, 11.56h

Le Patrimoine Culturel, qu'il soit libanais ou autre, doit être préservé et mis en valeur non seulement pour son intérêt historique et artistique mais aussi et surtout pour son lien étroit avec l'identité nationale. Cette identité qui semble faire défaut dans notre pays où l'appartenance est malheureusement de plus en plus rattachée à la confession, et au courant politique. L'action d'Euromed Heritage représente une grande importance dans la sensibilisation des jeunes, qui à mon avis, devrait être faite à une plus grande échelle, en collaboration avec le Ministère de l'Education Nationale, en intégrant l'Histoire de l'Art et du Patrimoine dans le programme pédagogique des écoles au Liban. Ce qui est le cas dans les pays européens comme la France. Cet enseignement pourrait être la chance pour créer chez les nouvelles générations une identité nationale commune, basée sur l'image réelle de leur pays et qui fera naitre chez eux le désir et le devoir de sa protection.

Jamil Almawieh | 28-06-2009, 00.34h

D'abord, en lisant ce magnifique article, on peut sentir que ce projet européen, visant à renforcer les éléments d’identité des peuples de la méditerranée, s’oppose au projet américain de mondialisation, qui a été pour des années un sujet de débat incessant.
La réussite ou non de ce projet européen dépend de la position de l’Europe lui-même a l’égard de la méditerranée et du Moyen-Orient qui a tant souffert.
Beaucoup de libanais ignorent l’histoire de leurs pays, et même, beaucoup parmi eux, n’ont pas eu la chance de visiter la totalité de leur pays. Bâtir de ponts avec l’Europe ne sera favorisé que par la prise de position de l’Europe elle-même vis-à-vis de la méditerranée orientale : que les européens eux-mêmes aient une idée vraie de l’histoire de cette région et de son actualité