Le concept d’économie d’énergie commence à prendre forme au Liban

Grâce au projet MED-ENEC, l'Almee réussit dès la première année à réduire les dépenses énergétiques du Centre hospitalier du Nord.
Antoine Ajoury, L’Orient-Le Jour
Du haut de ses six étages, le Centre hospitalier du Nord (CHN) offre une vue imprenable sur les plaines d'oliveraies qui entourent la région de Zghorta à 95 km de Beyrouth. Un endroit idyllique pour bâtir un hôpital. Mais tel n'est pas l'unique spécificité de cet édifice comprenant plus de 110 lits, et inauguré en 1997.
Le CHN est composé d'un seul bâtiment dont la superficie par étage est de 1 000 m2 qui inclut les chambres, les salles d'opération, de scanner, etc... Preuve de sa réussite, l'hôpital est en continuel développement, de nouvelles ailes étant actuellement en cours de construction. Autant dire qu'avec une telle superficie, les dépenses énergétiques sont conséquentes.
« Nous avions fait en 2002 un audit concernant les dépenses d'énergie qui représentent un poids important des charges de l'hôpital. À cette époque, plusieurs recommandations ont été faites dont l'installation d'un système solaire. Mais nous n'avions pas le budget nécessaire pour investir dans un tel projet », affirme d'emblée Anthony Bassim directeur du CHN. En 2004, l'Association libanaise pour la maîtrise de l'énergie et pour l'environnement (Almee) a contacté l'hôpital pour proposer une « opportunité » venant de l'Union européenne (UE) à travers le projet MED-ENEC (Energy Efficiency in the Construction Sector in the Mediterranean).
Le projet pilote réalisé est un consortium comprenant l'UE, l'Almee et l'hôpital. Chacune des parties a financé une partie du programme. Selon M. Bassim, le CHN n'a contribué qu'à hauteur de 15 % du budget total, les 85 % restants étant pris en charge par les autres partenaires.
« Nous avons fait notre étude sur un bâtiment existant en faisant un audit. Par la suite nous avons proposé quatre améliorations : d'abord l'isolation thermique de la terrasse. Puis le remplacement de toutes les lampes fluorescentes conventionnelles par des ballasts électroniques ayant une très faible consommation d'électricité. Ensuite l'installation d'un « Building Management System » BMS/DSM, un logiciel autrichien connu mondialement et qu'on adapte aux besoins pour gérer les demandes énergétiques, définir les priorités et éliminer toute consommation inutile. Le dernier point consiste à faire un entretien périodique et préventif des climatiseurs », explique Said Chehab, président de l'Almee.
Le Liban importe 97 % de son énergie. Alors que les prix de l'électricité n'ont pas changé depuis 1994, les prix de l'énergie autre que l'électricité varient quotidiennement en fonction du marché international. Comme dans toutes les régions libanaises, le rationnement électrique est de rigueur à Zghorta, ce qui oblige les abonnés à utiliser un générateur de secours les trois quarts du temps. Dans le cas des hôpitaux, de grandes unités sont nécessaires et ceux qui comptent beaucoup sur les groupes électrogènes paient de lourdes factures en énergie. Le CHN a deux groupes de 500 KVA, sachant que le second travaille partiellement. Or, même si le générateur n'est pas utilisé à plein, il représente une dépense énergétique inutile.
« D'où l'intérêt du logiciel dont le but est de réduire la consommation énergétique du bâtiment, ce qui nous permet de n'utiliser qu'un seul générateur », explique M. Chehab. Le programme établit ainsi une hiérarchisation des priorités pour l'utilisation de l'électricité entre les salles d'opération, le bloc des soins intensifs, la production d'eau chaude, l'éclairage des couloirs, etc... Selon le responsable de l'Almee, « le programme a permis d'écrêter la consommation d'électricité, de délester ce qui n'est pas prioritaire ».
Pour l'ingénieur Daniel Geha, membre du comité scientifique de l'Almee et responsable technique du projet, « la spécificité du projet tient à la technologie utilisée. C'est une technologie avancée et non conventionnelle. Il s'agit de prévoir la consommation d'énergie et de réagir à l'avance dans le but de réduire la pointe ou la crête de la courbe de charge de l'hôpital. Nous réduisons ainsi la demande sur les générateurs d'électricité, et pouvons ainsi éteindre l'un d'eux et économiser du mazout ». La pertinence du projet étant de ne pas avoir une « réserve tournante » qui n'est pas nécessaire.
Les ingénieurs ont donc dans un premier temps étudié la courbe de charge durant plusieurs mois pour avoir une « signature énergétique » permettant de prévoir la demande 15 minutes à l'avance. « Pour ce faire, nous avons mis des compteurs énergétiques sur toutes les alimentations principales de l'hôpital. On peut ainsi réduire le nombre de générateurs qui sont en ligne, réduire la consommation énergétique, et donc réduire la production de gaz à effet de serre. D'où un impact positif à la fois sur le plan économique et sur le plan environnemental », explique M. Geha.
Grace à ce projet élaboré par MED-ENEC, l'hôpital a pu diminuer de près de 22 % sa consommation énergétique et économiser quelque 45 000 euros en un an, selon les premières données fournies en 2008. « Ce montant est très intéressant parce que l'investissement était faible : près de 54 000 euros seulement. L'intérêt du projet vient donc du fait que le temps de retour sur investissement est très réduit. C'est pour cette raison qu'on considère ce projet comme une "success story" », explique fièrement Said Chehab.
Le choix du CHN pour ce projet n'est en outre pas un hasard. « Le secteur hospitalier est un secteur qui souffre au Liban. En réduisant la facture énergétique, avec des méthodes simples, les hôpitaux peuvent améliorer les soins hospitaliers. Au lieu de dépenser leur argent dans une énergie polluante et dont le prix est aléatoire, les 130 hôpitaux au Liban peuvent se permettre d'investir dans des soins meilleurs », déclare ainsi le président d'Almee.
Un autre enjeu, selon l'ingénieur Daniel Geha, « était de convaincre la direction du CHN que cette technologie est fiable et ne constituera aucun risque pour le travail quotidien de l'institution, surtout que l'électricité joue un rôle primordial dans l'hôpital ». Or, selon Said Chehab et Anthony Bassim, la direction du CHN fut immédiatement enthousiaste pour le projet puisqu'elle a eu conscience du poids énorme des charges énergétiques de l'hôpital, évaluées en 2006 à 270 000 euros. « Les résultats ont été immédiats », insiste M. Bassim qui affirme que la réduction des dépenses s'est fait sentir dès de la première année.
Un projet transposable
Le projet est, en outre, transposable à tous les secteurs du bâtiment, écoles, foyers, hôtels, et même au secteur résidentiel, ajoute Said Chehab, qui insiste par ailleurs sur le côté écologique du projet, puisque le Liban est vulnérable au changement climatique. La réduction des émissions de CO2 (plus de 400 tonnes) fait donc partie des résultats directs de ce projet.
Malgré le succès du projet, M. Geha n'a toutefois pas reçu d'appels pour d'autres projets de ce genre. Ce qui est normal, selon lui, « puisque le concept d'économie d'énergie ne fait toujours pas partie des habitudes libanaises ».
Néanmoins, « le projet a suscité une prise de conscience de la part de la direction et des employés de l'hôpital, sur la place essentielle de l'efficience énergétique et de son impact sur l'économie et l'environnement », insiste M. Bassim, affirmant que tous les nouveaux travaux qui sont accomplis dans l'hôpital actuellement le sont dans cet esprit. « Les résultats du projet MED-ENEC sont à rechercher au-delà de l'aspect uniquement pécuniaire, le projet a introduit une culture nouvelle qui prend en considération l'économie d'énergie », conclut Anthony Bassim. Ce n'est pas pour rien que ce projet a gagné le prix « Energy Global Award » pour 2008.
| Le projet MED-ENEC Le projet MED-ENEC s'inscrit dans le cadre des initiatives récentes prises sous l'Initiative énergétique de l'Union européenne « Après Kyoto », pour laquelle la GTZ, entreprise de coopération internationale pour le développement durable, a fourni l'Unité de gestion de projet pour le « Partnership Dialogue Facility ».
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Consulter la fiche projet: MED-ENEC Efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment (Liban)

Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie









L'exemple du centre hospitalier du Nord m'a vraiment mis du baume au cœur. Parce que vivre au Liban, avec l'une des électricités les plus chères du monde et en même temps les plus rares, en ayant du soleil les 3/4 de l'année, des fleuves et des vallées aptes à devenir des réservoirs d'eau, du vent sur les sommets plats et déserts des montagnes, fait vraiment de la peine. Mais j'avais déjà entendu parler que la LAU (Lebanese American University), l'une des plus grandes universités du Liban, avait également le projet de réduire considérablement ses dépenses énergétiques et qu'elle avait commencé à le faire dans l'un de ses plus gros bâtiments. En attendant que de tels projets deviennent une législation puis la norme...