Le centre de soins et de conseils Halbouni de Damas

Un projet original et ambitieux. Un centre dont l'objectif est de veiller sur la santé de la femme et son bien-être. Y compris sur ses problèmes à caractère sexuel, là où on ne trouve pas toujours un conseiller valable.
Khaled Sid Mohand - Damas, L’Orient-Le Jour
À l'heure où Barack Obama défend avec âpreté son projet de loi visant à la mise en place d'une couverture maladie, la Syrie, entame, elle, la quatrième année de son plan quinquennal de modernisation de son système de santé. Si la terminologie renvoie aux années de socialisme soviétique et à ses lourdeurs bureaucratiques, le plan de réforme du secteur santé, cofinancé par la Commission européenne à hauteur de 39 millions d'euros, ambitionne, au contraire, de rationaliser sa gestion.
Si la Commission européenne ne ménage pas ses efforts en matière d'investissement lourd, elle ne néglige pas pour autant les petites structures tel le centre de santé et de conseils Halbouni, qu'elle finance à hauteur de 700 000 euros. Le centre, piloté par une ONG italienne Aidos (acronyme de Association italienne femmes pour le développement), a pour ambition d'être répliqué dans les 14 gouvernorats du pays et est spécialisé dans la médecine dite génésique ou obstétrique.
Implanté dans un quartier défavorisé de Damas et hébergé dans les locaux rénovés de l'Association syrienne du planning familial, le centre de soins et de conseils offre au visiteur une impression de fraîcheur et de propreté mais sans la froideur, souvent caractéristique, des centres médicaux.
Équipé de matériel médical neuf, il dispose d'un personnel qualifié, composé d'une gynécologue, d'une sage-femme, d'une infirmière spécialisée, de deux infirmières travaillant en extérieur, d'une physiothérapeute, de deux psychologues, d'une assistante sociale, d'une avocate, d'un psychologue spécialisé dans les conseils à la gent masculine, d'une secrétaire et d'un comptable.
Mais toute l'originalité du projet tient dans ce que la directrice du projet, Anna-Lisa d'Antonio, qualifie d'holistique ou encore intégrée.
Alors que l'Association syrienne du planning familial travaille depuis sa création, en 1974, à l'émancipation de la femme, au recul de l'analphabétisme et à ce que les Anglos-Saxons ont théorisé sous la forme de « Women Empowering », Anna-Lisa d'Antonio estime, pour sa part, « qu'il ne faut pas marginaliser l'homme, mais chercher à induire sa participation en le convaincant que le bien-être physique, psychique et même social de sa femme participe du bien-être de ses enfants, de son propre bien-être et de celui de la cellule familiale en général ».
L’imam impliqué
L'originalité du projet tient aussi dans la mobilisation et la participation des acteurs sociaux du quartier, tels que l'imam, le mokhtar ou toute autre association jouissant d'une autorité sur les habitants du quartier, partant du principe qu'il convient, au pire, de ne pas se les mettre à dos, et au mieux, de les utiliser comme partenaires à même de relayer les informations ou les messages de prévention.
Une démarche que d'aucuns qualifieraient de culturaliste, mais qui ne perd pas de vue son objectif principal qui est de veiller sur la santé de la femme depuis ses premières règles jusqu'à la ménopause et de faire reculer toutes les formes de violence dont elle est encore trop souvent l'objet.
Holistique signifie donc ne pas circonscrire la santé de la femme au fonctionnement physiologique de son corps, mais à prendre en considération sa psyché, sa situation familiale et son environnement social, une approche qui a beaucoup séduit la docteure Woudouh, gynécologue obstétricienne pour qui la méthode tranche radicalement avec la médecine classique telle qu'elle lui a été enseignée. Par le passé, avoue-t-elle, « je ne prêtais pas attention à tout ce qui pouvait être extérieur aux organes génitaux de la femme. Aujourd'hui, j'observe tout le corps de la femme et je ne manque jamais de l'interroger si je vois, par exemple, apparaître sur son corps un bleu ou toute sorte de marque qui pourrait attester de mauvais traitement ». Et le cas échéant de l'orienter vers la psychologue, l'avocate ou l'assistante sociale.
La concertation entre les différents membres du personnel est donc un principe fondamental du fonctionnement du centre.
Autre personnage-clef du centre Halbouni, Amel Dolati, infirmière spécialisée, conseillère conjugale et familiale qui dispense informations et conseils auprès des jeunes couples avant et après le mariage. « Beaucoup de jeunes viennent me voir à la veille de leur mariage pour me poser des questions sur le sexe de l'autre. L'éducation sexuelle étant inexistante à l'école, et l'expérience sexuelle avant le mariage rare, les jeunes ignorent presque tout du fonctionnement du sexe de l'autre. »
Amel Dolati organise également à l'extérieur du centre des réunions d'information et de sensibilisation à des questions d'ordre médical telles que le dépistage du cancer du sein et la formation à l'autodépistage. Les femmes ayant suivi ces réunions sont ensuite invitées à partager ces mêmes informations avec leurs sœurs, leurs amies, leurs voisines et toutes les femmes de leur entourage immédiat.
Le plaisir sexuel halal
Amel Dolati, infirmière musulmane portant le hijab, n'hésite pas, en outre, à aborder des sujets tabous comme la sexualité. « 40% des femmes que j'ai rencontrées au cours de ma carrière ignorent le plaisir sexuel, c'est pourquoi j'insiste pour leur faire prendre conscience qu'il est naturel, religieusement halal (licite) et psychologiquement nécessaire. » Un discours soutenu non pas par des références aux « gender studies » qui ont commencé à fleurir dès le début des années 70, mais par... des sourates du Coran. « Il existe en effet un gouffre entre la conception coranique de la sexualité, pour qui le plaisir est non seulement licite mais préconisé, et les pratiques sexuelles ancrées dans la tradition qui sont beaucoup plus frustes et rétrogrades, explique-t-elle. Le plaisir sexuel, ajoute-t-elle, agit parfois comme un antidépresseur, et sa carence peut à l'inverse entraîner toutes sortes de dérèglements psychologiques, voire de dépressions. »
La sexualité n'est pas la prérogative exclusive d'Amel Dolati. Zohra, responsable du dépistage du virus du SIDA, ne se contente pas de piquer ses patients pour leur prélever un échantillon de sang. Elle les interroge sur leurs pratiques sexuelles, les informe sur les pratiques à risques et distribue des antiviraux 48 heures après une relation sexuelle non protégée. « En Syrie, le taux de prévalence du virus est un des plus faibles au monde et il s'agit pour nous de le garder tel quel. C'est pourquoi la majeure partie de notre action consiste dans la dédramatisation du dépistage, qui est chez nous gratuit, rapide et anonyme, afin de circonscrire le virus et de traiter au plus tôt les séropositifs », ajoute la responsable. Et là encore, les autorités religieuses sont mises à contribution, notamment dans leur prêche du vendredi au cours duquel les imams lancent des appels à la prudence et à la fidélité conjugale.
Le centre Halbouni, en somme, bouscule les rigidités sociales et traditionnelles avec tact et intelligence, et, au dire des thérapeutes qui ont suivi les séances de formation dispensées par les experts de l'ONG Aidos, ces derniers se caractériseraient par une grande qualité d'écoute.
« Pas question d'importer des méthodes de travail toutes faites d'Italie pour les plaquer telles quelles ailleurs. Nous nous devons d'étudier les mœurs des pays dans lesquels nous nous implantons, non pour verser dans un relativisme culturel, mais par souci d'efficacité », relève Anna-Lisa d'Antonio.
Reste une interrogation existentielle : celle de la pérennité de la structure au-delà de son financement par la Commission européenne. La docteure Khawla Akeel, directrice du centre, espère au mieux que le ministère de la Santé syrien prendra le relais du financement et au pire parvenir à une forme d'autofinancement, non pas en augmentant le prix des prestations, qui varie entre 1 et 3 dollars, mais en faisant en sorte que le centre dispense, à son tour, des formations dans les nombreux centres de soins disséminés à travers la Syrie.

Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie








