Le cœur historique de Kairouan retrouve son lustre d’antan

08/07/2009


Le programme régional de la Commission européenne Euromed Heritage réhabilite une place centrale du vieux Kairouan, en Tunisie, permettant non seulement de préserver l’aspect archéologique, mais aussi de faire revivre la ville. À l’occasion de sa désignation comme capitale de la culture islamique.


Samira Sadfi - Kairouan, Eurojar

En préparation à l’évènement « Kairouan, capitale de la culture islamique » en 2009, des sites historiques importants ont été réhabilités dans la ville, dont la place « Sahat al Jaraba » ou « Houmet al Jaraba », nom donné par les habitants.

La réhabilitation de cette place historique, une artère principale dans le vieux Kairouan, protégé par des remparts, a été réalisée grâce à un financement de la Banque mondiale, de fonds islamiques et du programme « Euromed Héritage ». Le projet a pour but de relancer l’activité commerciale et artisanale de la place, que les habitants considèrent fièrement comme faisant partie de leur patrimoine. Le coût du programme s’élève à 450 mille dinars tunisiens (près de 250 mille euros).

Les Européens ont tenu à préserver le caractère historique de la place, tout en mettant en avant sa valeur culturelle dans le cadre de l’intégration avec l’architecture environnante. Les réhabilitations ont ainsi renforcé son statut d’artère principale du parcours touristique et culturel qui lie la mosquée Oqba Ibn Nafâa, le site le plus ancien de la ville, aux vieux souks, notamment le souk des Tisserands situé à la périphérie. Ces artisans ont repris la confection de draps en laine et des tenues vestimentaires traditionnelles pour hommes et femmes.

Les travaux de réhabilitation effectués en 1995 à Kairouan n’avaient pas englobé la place al Jaraba par manque de crédits, dépensés à l’époque pour la rénovation d’autres secteurs de la ville. Les travaux ont concerné alors, grâce à un prêt de la Banque mondiale, la réhabilitation des alentours de la mosquée Oqba Ibn Nafâa, qui est devenue un site touristique important. Un ingénieur ayant participé à la rénovation de la place explique que la négligence et la dégradation naturelle ont rendu sa réhabilitation nécessaire, surtout avec la désignation de Kairouan capitale culturelle islamique.

En général, la rénovation des sites autour de la place, un des lieux les plus anciens de la ville, a permis la relance des activités artisanales et du commerce dans le vieux Kairouan, après leur déplacement vers des endroits plus vastes en dehors des remparts de la ville. Mohammed Arak, un pâtissier établi dans la place « Bab al Kiddah », attenante à la place al-Jaraba, souligne que les réhabilitations ont changé l’aspect de ce quartier grouillant de vie. Saleh Wartani, qui a vu la façade de sa maison retrouver une deuxième jeunesse, est satisfait de l’embellissement de la place, qui a pu préserver l’architecture islamique originelle.

Des artisans installés dans un quartier adjacent à la place ont retrouvé espoir dans leur quartier, délaissé par de nombreux habitants en raison du risque d’effondrement des bâtisses. Les commerçants se sont réinstallés dans leurs anciens locaux après avoir quitté la place au cours des dernières décennies ; de nouveaux commerces ont également ouvert leurs portes.

Architecture traditionnelle
Les projets de rénovation ont respecté l’architecture traditionnelle. L’Union européenne a contribué à l’exécution de ce projet à travers le financement de l’aide technique apportée par un organisme qui regroupe les architectes espagnols, et qui a apporté les modèles architecturaux de réhabilitation. A participé de même à l’exécution du projet un groupe de 15 pays méditerranéens, dont la France, l’Égypte, le Maroc, Chypre et l’Espagne.

Les projets de rénovation comprennent la pose de dalles blanches sur la place de 900 mètres carrés, la réhabilitation des réseaux d’électricité et de téléphone, la mise en place de plaques de signalisation sur lesquelles figurent les noms des rues et des sites, ainsi que des plaques touristiques.

Le responsable du projet, Dr. Mrad Ramah, explique que la réhabilitation de la place constitue un élément essentiel pour la préservation du patrimoine culturel et architectural de la ville. Il permet aussi de créer un développement continu basé sur le tourisme culturel.

Des dizaines de milliers de touristes affluent annuellement vers la ville pour visiter les sites historiques islamiques. La place al-Jaraba occupe une place centrale sur le trajet touristique qui lie les différents sites de la ville, depuis la mosquée Oqba jusqu’à Bab al Shouhada (Porte des Martyrs), appelée aussi Bab al Jalladine (Porte des Bourreaux) par les habitants de la ville, qui donne sur la nouvelle ville.

Khaled Karawi, ingénieur responsable de la préservation des sites historiques à « l’Institut national du patrimoine » et participant à la direction des travaux de réhabilitation avec Dr. Ramah, s’attend à ce que la place retrouve son lustre et reprenne son rôle social et économique en attirant les visiteurs, et tout particulièrement les touristes férus de sites archéologiques. Le visiteur peut remarquer le changement radical de l’aspect de la place, avec la pose de pavés spéciaux (issus de pierres volcaniques), une des caractéristiques des rues historiques de Kairouan. Les façades des maisons et des commerces ont été réhabilitées et un nouveau réseau d’éclairage a été mis en place, sous la forme de globes inspirés des vieilles lanternes.

Capitale spirituelle
Kairouan, située à 150 kilomètres au sud de Tunis, est la plus ancienne ville musulmane dans la région du Maghreb. En effet, elle a été fondée en l’an 50 de l’hégire (670 après J.C) par Okba Ibn Nafâa. Elle occupait une place importante durant les premiers siècles de l’Islam. Elle était considérée en effet comme la capitale spirituelle et politique du Maghreb et une ville importante depuis la conquête jusqu’à la fin de l’ère des Omeyades à Damas. C’est à partir de cette ville que les conquérants se sont dirigés vers l’Andalousie sous le commandement de Tarek Ibn Ziad, qui a traversé avec ses armées le détroit entre l’Afrique et l’Europe pour établir un État musulman qui a duré près de huit siècles. C’est aussi à partir de cette ville que s’est faite la conquête de Sicile sous le commandement d’Assad Ibn el Fourat, le magistrat de Kairouan qui est tombé en martyr sur le littoral de l’île. Mais la domination arabe a duré quand même près de trois siècles.

Cette ville a été choisie capitale de la culture islamique pour cette année, permettant ainsi de découvrir de manière adéquate son riche patrimoine.






Vos réactions
raja, France | 16-10-2009, 20.17h

Kairouan, capitale culturelle pour l’année 2009. Riche en patrimoine culturel arabo-musulman, la ville de Kairouan n’a pas encore retrouvée son prestige de jadis ; elle est un peu négligée ses dernières décennies. Je pense qu’il est temps de réanimer cette ville quasiment oubliée tant sur le plan traditionnel, spirituel et culturel. L’importance et la valeur historique de la ville de Kairouan nécessite un entretien continu pour préserver son inestimable héritage.