La visibilité de la PEV handicapée

26/10/2009


La politique européenne de voisinage est traitée d'une manière variée selon les pays de l'UE mais, pour la presse, elle manque dans tous les cas d'une approche de terrain.


Antoine Ajoury, L’Orient-Le Jour

On dit souvent que la Politique européenne de voisinage (PEV) a fait couler beaucoup d'encre. Si cela est peut-être vrai au sein des institutions européennes ou dans les administrations publiques des pays membres de l'UE, la presse européenne, elle, est beaucoup plus réticente à parler des relations qui lient l'Europe avec ses voisins, surtout avec les pays du sud de la Méditerranée.

«Les relations euro-méditerranéennes ne font pas l'objet d'un traitement uniforme dans la presse européenne. Elles sont évidemment beaucoup plus développées dans les pays européens du sud (France, Espagne, Italie, Portugal et Grèce) que dans les pays du nord et de l'est de l'Europe, dont l'attention se dirige vers d'autres problématiques et régions», affirme ainsi Florent Parmentier, chercheur au centre d'études européennes de Sciences-Po, à Paris. Lors d'un séminaire consacré aux journalistes euro-méditerranéens en 2006, Patrick Bèle, journaliste économique au quotidien français Le Figaro, estimait lui aussi que «le sujet est très peu discuté dans la presse européenne car il est beaucoup trop institutionnel».

Pour Sabine Verhest, journaliste au quotidien belge La Libre Belgique, l'état des lieux est plus nuancé. «La presse européenne est très diverse et la couverture espagnole de l'actualité euro-méditerranéenne est évidemment très différente de la couverture finlandaise. La presse belge pour sa part en parle peu, essentiellement en cas d'anniversaire (ex. les cinq ans du processus de Barcelone), en cas d'actualité à un échelon élevé (le sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée) ou d'actualité forte (les noyades de migrants en Méditerranée)», explique-t-elle.

L'opinion de Mario Margiocco, directeur adjoint du journal italien Il Sole-24 ore, confirme les remarques de sa collègue belge. Selon lui, «la PEV est régulièrement citée dans la presse de l'Italie, un pays méditerranéen, surtout si le sujet est économique, puisqu'il intéresse les entreprises italiennes».

Manque d'attrait
Le manque de visibilité de la PEV dans la presse de certains pays de l'UE est dû à plusieurs raisons. «Dans la presse belge, elle est peu visible pour une raison simple: la manière dont la Commission européenne la présente n'a rien d'attrayant, le processus est extraordinairement lent et les résultats n'ont jusqu'ici rien d'extraordinaire», explique Sabine Verhest. Selon Patrick Bèle, «la PEV peut être traitée dans la rubrique économique ou internationale. Or, le multilatéral est toujours difficile à placer». Le journaliste français estime que ce manque de visibilité «n'a pas pour cause un problème de source, mais un problème d'angle. On considère souvent que les accords conclus dans le cadre de la PEV ne sont pas des accords économiques, mais des accords d'aide au développement».

Pour sa part, M. Parmentier juge que «la PEV n'est sans doute pas très visible en dehors de quelques spécialistes parce que c'est un sujet de politique étrangère. En outre, le sigle même n'est pas très parlant. Les pays regroupés n'ont pour point commun que de se retrouver en dehors des frontières politiques de l'UE. En dehors de cela, si la Biélorussie et le Maroc présentent certaines similarités, il existe également de grandes différences. Les pays d'Europe centrale font leur possible pour séparer les «voisins européens» (Europe orientale) des «voisins de l'Europe» (les pays méditerranéens)».

Pour M. Parmentier comme pour le journaliste du Figaro, le caractère ambivalent des sujets traités dans le cadre de la politique européenne de voisinage a également un impact. «Même si la PEV a une dimension économique indéniable, c'est essentiellement dans les pages de politique étrangère que l'on retrouve les nouvelles la concernant», explique-t-il, ajoutant que «les articles concernent généralement les relations avec la Russie pour les pays de l'ancienne URSS et déplorent l'aide insuffisante de pays comme la Moldavie ou l'Ukraine. Pour la PEV envers les pays du Sud, ce sont davantage les questions de sécurité et d'immigration qui sont concernées».
 

43 millions d’euros
Dans le cadre de son Programme d'action annuel, la Commission européenne a consacré un budget de 43 millions d'euros pour le Liban. Cette aide fait partie de l'Instrument européen de politique de voisinage. Le Programme d'action annuel apporte un soutien au Liban dans différents domaines, notamment les droits de l'homme et la démocratie, l'éducation et le déminage. Il assure également un soutien continu pour la mise en application de l'agenda libanais de réforme, et approuvé par la communauté internationale au cours de la conférence des donateurs qui s'est tenue à Paris en janvier 2007.





Vos réactions
ouchane, Maroc | 04-03-2010, 13.26h

la visibilité de la pev est handicapée!!!!d'ou est venu ce handicape?est-il vrai que l'europe croit en ses voisins?est-il vrai que les européens nous veulent du bien?je ne crois pas!!prenons par exemple mon pays,il est lié à l'europe depuis des décénies;mais en vain!!!nous sommes toujours là ou nous étions à cause de l'embargot scientifique!!!tout les européens sont d'accord là dessus meme s'ils ne le disent pas,c'est ultra secret!!aucun pays de la rive sud ne pourra développer ses recherches scientifiques sans la participation des chercheurs européens,mais est-ce que ces chercheurs peuvent nous aider à devenir un pays constructeur,? non et non!!eux ils veulent qu'on reste un marché pour leurs produits!!!

ouchane, Maroc | 02-03-2010, 22.48h

il est tout à fait normal que les différents pays de l'ue réagissent différamment au processus de la pev!!les pays nordiques ont des interets et des problèmes différents de ceux des sudistes (portugal,espagne,france,italie et grèce)!ou meme les pays dites du benelux!!! ce qui est sur, c'est la nature politique de la pev!! nous sommes convaincus que les origines de cette initiative n'est ni économique ni humaines (droits de l'homme)!!!!! mais plutot politique!!!! pour comprendre ce que veulent les européenes, ils faut un seul instrument: la politique!

fettal samiha, Algérie | 01-03-2010, 16.43h

moi je dit  bravo à vous.

youssef el hamdouni, Maroc | 16-02-2010, 22.53h

Le manque de visibilité de la PEV n'est pas dû au manque de politique communicationnelle de l'union européenne ou au manque de couverture médiatique de la part de la presse européenne ou même des pays de la rive sud de la Méditerranée, le problème est beaucoup plus complexe que ça. Le citoyen européen est présumé être le contribuable qui participe indirectement au financement des projet inscrits dans l'ordre du jour de la PEV, or il est le dernier à comprendre cette politique et à l'assimiler, c’est vrai que son caractère institutionnel et trop procédural sont des facteurs déterminants dans la consécration de cette illisibilité, néanmoins le message que l'UE veut faire passer peut être revêtu d'une certaine ambigüité, s'agit il d'un voisinage pour contrer l'élargissement vers l’Est? ou/et d’un partenariat pour faire face aux problèmes exportés par le sud, la vrai question et de savoir ce que veut l’Europe!!

youssef el hamdouni, Maroc | 15-02-2010, 00.22h

A mon sens, je crois qu'il faut commencer par se poser la question suivante: s’agit-il d'un changement de noms ou de fond?! Depuis la politique européenne rénovée des années 90 jusqu’à l'UPM en passant par le processus de barcelone et la PEV , les noms ont beaucoup changé, néanmoins le fond qui réside dans la conception de la méditerranée comme un espace vassalisé reste toujours dans la conscience stratégique nordique qui trouve de la peine à '' maketer '' sa politique vis à vis du sud d'où le manque de visibilité de cette PEV.