La musique, une passerelle pour rapprocher les deux rives
Sous le patronage de l’Association de la renaissance artistique, et grâce à un financement de l’Union européenne, un concert de musique intitulé «Dialogue, de Cadmus à l’Europe» a été organisé le 19 novembre 2009 à l’Opéra de Damas. Une occasion pour mettre en relief la symbiose musicale entre l’Orient et l’Occident, porteuse d’un message de paix.
Nour Eddine Al Athar - Damas, Eurojar
C’est un pari réussi pour le compositeur et musicien Hassan Taha et le chef de l'Orchestre symphonique national Missak Baghboudarian: les deux hommes, originaires de Syrie, ont réussi à créer une œuvre musicale baptisée «Dialogue de Qadmus à l'Europe», une symbiose porteuse d’un message de paix et d’ouverture à l’Autre.
C’est grâce à un soutien de la Commission européenne que cette œuvre a pu voir le jour. Dirigé par Missak Baghboudarian et composé de 6 musiciens européens et 18 autres syriens, le concert a été donné à l’Opéra de Damas, séduisant pendant plus d’une heure un large public d’amateurs et de professionnels.
Créé et mis en œuvre sur une période d’un an, le projet s’est doté d’un budget de près de 140 mille euros, dont 50 mille octroyés par la Commission européenne. Au cœur de l’œuvre, une légende tirée de la mythologie grecque racontant qu’Agénor avait une fille, Europe, qui fut enlevée par Zeus, fou amoureux d'elle. Agénor envoya alors ses fils, dont Cadmus, à la recherche de leur sœur, leur promettant l'exil s'ils revenaient sans elle. Perdant espoir de la retrouver, Cadmus se rendit à Delphes afin de rencontrer l'oracle pour qu'il lui dise où il fallait qu'il s'exile. Il décida de s’installer en Grèce ancienne, d’y construire sa cité, Thèbes, en honneur à sa femme Harmonie et d’enseigner la langue ugaritienne.
«Rechercher un bien perdu, transmettre les connaissances et contribuer au développement la pensée humaine: voilà en substance le message de cette œuvre musicale», explique Hassan Taha. Et d’ajouter: «je ne sais pas ce qui m’a poussé à revenir vers la légende de Cadmus, une légende qui a été source d’inspiration pour beaucoup. Peut-être, dirais-je, que j’étais certain qu’il s’agit d’une histoire à même de révéler que jadis le monde n’était pas régi par une séparation Orient/Occident, mais par une aspiration à une existence humaine unifiée allant vers l’avant. C’est cela ma perception actuelle de la musique.»
Symbiose musicale entre l’Orient et l’Occident
Le style musical: du cinéma pour l'oreille. Une musique de sons organisés évocatrice d'images, qui stimule l'imagination de l'auditeur. De façon à ce que chaque son éveille un souvenir ou symbolise une action particulière. Au bout du compte, l'auditeur invente son propre film.
L’œuvre est composée de deux parties: la première, instrumentale, qui consiste en une narration musicale de la légende. La deuxième est chantée par une chorale d’enfants. «Il s’agit d’une création syrienne», affirme Missak Baghboudarian, parce qu’elle relate une partie de l’histoire de la Syrie, à laquelle il faudrait revenir pour comprendre les caractéristiques de notre pays et parvenir à le situer par rapport à l’Europe, et vice versa, avec une notation musicale adaptée aux instruments musicaux arabes qui ont créé des scènes orchestrales ou en solo.» Dans un entretien, Missak Baghboudarian souligne que «les relations syro-européennes se situent aux niveaux culturel, musical, et humain. Mais malheureusement, pendant des siècles, nous avons considéré que tout ce qui était en provenance d’Occident n’était pas le bienvenu, y compris la musique.» Ce travail musical «tente de prouver le contraire et de montrer qu’il existe bien une relation entre la musique classique occidentale et la musique orientale. Parce qu’en musique, la séparation Occident/Orient n’a aucun sens. La musique est universelle, et la spécificité d’un pays réside dans son héritage culturel.»
D’après le chef de l'Orchestre symphonique national, «Dialogue de Qadmous à l'Europe» était une expérience pour amener l'instrument musical oriental au-delà de son utilisation populaire et le soumettre à la répartition et au solfège, propre à la musique classique orientale. Il s’agit, à travers la combinaison de rythmes orientaux et occidentaux, d’exprimer une modernisation musicale syrienne.» Missak Baghboudarian estime que «ce concert se distingue par un travail courageux de mélanger des instruments de musique occidentaux et orientaux, dans une tentative de s’ouvrir à la mythologie et de dévoiler notre identité à travers l’Autre.»
Les paroles des chansons de la Chorale des enfants sont basées sur une recherche effectuée autour de la relation qu’entretient l’enfant syrien avec l’Autre et sa volonté de dialoguer avec lui. Les textes, rédigés par le poète Tha’er Zazouaa, décrivent la légende de Cadmus et la quête entreprise à la recherche de sa sœur.
L’Association de la renaissance artistique et la compagnie «Taquouin» ont supervisé la mise en place de ce projet. Elles entendent organiser une tournée dans nombre de pays européens, comme l’Espagne, l’Autriche, la France et l’Allemagne. Wassim Kat, de la compagnie «Taquouin» estime que «ce travail, unique en son genre, mérite d’être porté devant un large public puisqu’il est porteur d’un message de paix et d’amour entre l’Orient et l’Occident.»

Nous nous voyons toujours différents jusqu'à ce que nous vivions une expérience d'altérité dans un cadre d'un contact interlinguistique ou interculturel. C'est justement là où nous nous rendions compte à quel point nous sommes liées par la similitude de notre condition humaine avant de l'être par le rapprochement géographique et ethnique. Données consolidées par des phénomènes d'échange donnant naissance à des modes d'expression culturelles quasiment identiques telles les formes musicales hybrides convergeant les genres autour du bassin méditerranéen au point de devenir indissociables. A titre d'illustration la musique andalouse qui est issue du croisement du chant chrétien ibérique avec la musique afro-berbère du Maghreb et la musique traditionnelle arabe transmise de Bagdad essentiellement par Ziryab, sans oublier la contribution des juifs sépharades. Ce genre existe encore dans plusieurs villes illustres chacune l'intégrant dans son contexte historique et culturel en y mettant un trait indigène et le peignant de couleurs locales.
Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie









La musique a fécondé l'histoire en particulier dans l'épanouissement de la période arabo-Andalouse, en Espagne, où l'islam était à son apogée dans la cohabitation avec les autres civilisations. Suite à la reconquête chrétienne, le Maghreb a hérité une musique judéo-arabe perpétuée à ce jour, importée par les juifs et arabes qui ont fui la "reconquista". Une telle passerelle qui a soudé l'histoire pourrait constituer un repère et un facteur favorisant pour fonder un espace culturel méditerranéen pluriel, varié et ouvert sur le monde.