La coopération EuroMed passe à la vitesse supérieure

01/10/2009


Trente ans déjà, et la coopération entre l’Algérie et l’Union européenne ne semble pas avoir pris une ride. Au contraire, les partenariats au niveau de l’énergie, de la société civile, de l’éducation et des secteurs privé et public sont consolidés.


Amine Esseghir - Alger, Le Commerce du Levant

À la Délégation de l’Union européenne d’Alger chemin du Val d’Hydra, à quelques mètres de l’imposant siège du ministère de l’Énergie, on est très occupé. Nombre de programmes entrent dans leur seconde phase au moment où l’Algérie et l’Union européenne célèbrent leurs trente ans de coopération. Les deux associés sont passés d'un simple accord commercial à un véritable partenariat touchant les domaines politique, économique, social et culturel. Pour l’Union européenne, il ne s’agit plus de parler d'aide au développement, mais carrément d’appui au processus de réformes et de modernisation de l'économie engagé par l'Algérie.

La réalisation de gazoducs reliant l'Algérie à l'Europe, notamment Medgaz qui entrera en activité en 2010, est présentée comme un succès phare de ce partenariat. Avec un coût global estimé à 900 millions d’euros, Medgaz est le premier projet conjoint mené à bien par des entreprises algériennes et européennes.

Avec les années, la coopération est devenue plus ciblée et les programmes de coopération élaborés en étroite collaboration avec les autorités du pays. L’apport de l’UE est orienté vers le transfert de savoir-faire ou le renforcement des institutions. De 1996 à 2008, une enveloppe de près d'un demi-milliard d'euros a été attribuée à l’Algérie. Sur les secondes phases des programmes de développement, ce sont plus de 150 millions d’euros qui sont alloués par Bruxelles.

Une pléthore de projets
Parmi eux, on trouve l’appui à la réforme de l'éducation dans les régions isolées, la facilitation du commerce (FACICO) visant à renforcer les capacités du ministère du Commerce et orientée vers la protection des consommateurs, la modernisation du système pénitentiaire et la réinsertion sociale des détenus, l’appui au secteur des transports, ou encore le programme de proximité rurale destiné aux régions rurales défavorisées.

Plus économique, l’appui à la mise en œuvre de l'accord d'association vise à soutenir l'administration et les institutions publiques algériennes pour la réalisation des objectifs de l'accord d’association. Le programme AMECO, management de l'économie, est destiné à favoriser les décisions des politiques macroéconomiques sectorielles et régionales par le renforcement notamment des statistiques.

ONG II à destination des associations algériennes aide à l'élaboration et la mise en œuvre de projets de développement, tout en visant le renforcement des échanges culturels euro-algériens.

Enfin, PME II s’inscrit dans la continuation de PME I. Elles visent à améliorer de manière durable la compétitivité des entreprises algériennes sur le marché national et sur les marchés internationaux.

Aujourd’hui, les programmes de l’UE, notamment ceux destinés aux PME, sont relayés par les cinq antennes régionales réparties dans les principales villes d’un pays de près de 2,4 millions de kilomètres carrés. Ces antennes ont la lourde tâche de pallier l’absence d’institutions qui relayent la présence et la notoriété des programmes de l’UE auprès des publics concernés.

Appui aux PME
Par sa nature, le programme d’appui au développement des PME/PMI en Algérie, initié par l’Union européenne entre 2002 et 2007, a été certainement l’action la plus concrète de la Délégation européenne en Algérie. Ce programme a concerné des entreprises privées qui sont les plus visibles dans le paysage économique algérien.

Les entreprises privées algériennes sortaient à peine de l’artisanat quand le pays a sombré dans près de dix années de violences sanglantes. À la fin de ces années noires, en 1999, l’économie algérienne était exsangue, enregistrant d’importants retards. Le changement total des politiques publiques intervenu ensuite a été marqué sans nul doute par la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne en 2002, entré en vigueur en 2005.

C’est dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord que la décision a été prise de renforcer le secteur privé algérien. Il était urgent d’améliorer la compétitivité des entreprises algériennes et permettre une contribution plus importante des PME/PMI locales à la croissance. Cet effort était d’autant plus impérieux que le pays, qui assurait le plein emploi quelques dix ans auparavant, souffrait en 2003 d’un taux de chômage de 23,7 % de sa population active en raison de la faiblesse du niveau des investissements pendant des années mais aussi de la restructuration de l’administration et des entreprises publiques entamée à l’incitation du FMI, dans un pays où l’État était largement le premier employeur.

Avec un budget de 57 millions d’euros alloué par l’UE, les actions décidées dans le cadre du programme d’appui aux PME devaient favoriser l’émergence de conditions favorables au développement de l’ensemble des PME/PMI, un secteur fortement générateur d’emplois.

Assistance technique et formation
Selon le diagnostic établi, les entrepreneurs se plaignaient de ne pas pouvoir accéder à l’information, à des appuis techniques et aux financements. Le programme de l’Union européenne a cherché à y remédier à travers l'assistance technique et la formation. Quant à l’appui au financement, l’action menée sur cinq ans a permis d'établir les structures pour la création d’un fonds de garantie et faciliter ainsi l'accès au financement. Dans le même temps, des opérations de communication qui ont utilisé tous les moyens disponibles dans le pays ont assuré au projet une grande visibilité auprès du public et des PME.

Pas moins de 450 PME algériennes ont bénéficié du programme de mise à niveau. Un nombre important, au regard des objectifs initiaux. Les critères d’éligibilité limitaient en effet les candidats aux seules entreprises industrielles privées, ayant au moins 20 salariés et au moins trois ans d’activité. L’exigence de bilans certifiés et d’une situation financière équilibrée diminuait aussi le nombre des postulants, sachant que le pays comptait quelque 300 000 PME en 2005. Mais au-delà des critères administratifs ou fiscaux, le programme visait surtout des entreprises ayant une réelle volonté et de se positionner sur le marché.

Si aucun bilan chiffré officiel du résultat du premier programme d’appui aux PME/PMI qui a pris fin en 2007 n’a encore été rendu public, il est jugé globalement satisfaisant. Le taux d’embauche de cadres supérieurs a progressé considérablement dans les entreprises concernées. Par ailleurs, il n’est pas besoin de statistiques pour savoir que nombre de PME concernées par le programme d’appui de l’UE sont aujourd’hui certifiées ou en cours de certification. Leur chiffre d’affaires est aussi en progression, elles investissent dans le marketing, les nouvelles technologies et la communication et font surtout partie des entreprises qui recrutent.

 

 



Venus Sapeco, le modèle d’une mise à niveau

Dans le bureau de Amel et de Karima, les étagères croulent sous un nombre ahurissant de flacons. Ce sont les produits des laboratoires Venus, mais aussi ceux de la concurrence. Nous sommes dans le service marketing, qui a connu un développement impressionnant depuis que l’entreprise a bénéficié du programme d’appui aux PME initié par l’Union européenne.

Les laboratoires Venus sont aujourd’hui leader sur le marché des cosmétiques en Algérie avec 80 produits et l’entreprise est certifiée ISO:9001 et 14001. « Nos produits sont aux normes européennes », précise Mohammad Ouchelli, directeur général adjoint de la société. Il indique que cette mise aux normes est liée pour beaucoup au programme européen d’appui aux PME dont a bénéficié l’entreprise. « Il s’est agi essentiellement d’audit en matière de management et de marketing », précise-t-il. Cela s’est traduit par un travail plus précis sur le design des emballages et des étiquettes, et une offensive médiatique qui fait de Venus un des plus gros annonceurs dans sa branche en Algérie.





Vos réactions
Driss GOUZOULI, Maroc | 20-01-2010, 20.10h

J’aimerais partager avec vous l’expérience d’un français qui a pu transformer la vie d’un village marocain à Karyat BaMhemmed près de Fès. En signe de reconnaissance de l’accueil chaleureux des villageois, notre ami le français a décidé de leur apprendre son métier d’artisan ; il a constaté l’abondance de l’osier et la paille non exploités dans leur environnement. Par groupes de dix personnes il a transmis son savoir faire ; il leurs a appris à faire des paniers, des malles, des chaises, des corbeilles, des balancelles, des lits d’enfants et autres articles tout en osier, qu’auparavant ils ne savaient quoi en faire. Par son initiative personnelle il a pu créer une activité génératrice de revenus pour cette population rurale défavorisée, et valoriser les potentialités et les richesses locales sans impact négatif sur l’environnement. Ainsi son initiative a réduit l’isolement économique et social de cette communauté et a dynamisé la vie économique d’une zone pauvre qui mène une existence de marginalité.

Ben Messaoud Mohamed, Tunisie | 09-11-2009, 12.41h

La coopération EuroMed ou l’Union pour la méditerranée sont deux appellations pour une même idée qui vise l’union d’intérêts sans jamais être un espace ouvert où les gens du sud et du nord peuvent circuler librement et faire n’importe quoi. Cette unification nécessite la mise en place de toute une stratégie et séries de mesures qui se résument en les points suivants :
- sur le plan développement économique : multiplication des projets en commun (l’exemple de Medgaz est significatif, zone de libre échange…).
- sur le plan technique : l’amélioration du savoir-faire ou le transfert de technologies (c’est ce qu’on appelle la mise à niveau des entreprises et des PME…. ).
- sur le plan géostratégique : maintenir la zone EuroMed dans un climat de paix et de bien-vivre.
- sur le plan humain : améliorer les conditions de vie des populations locales.

Amir, Algérie | 03-11-2009, 17.20h

L'UE doit opter pour une vision futuriste en Algérie. On s'entête à regarder l'Algérie comme un pays où le seul domaine d'investissement valable est le domaine des hydrocarbures. L'UE est l'Algérie sont, de ce fait, entrain de passer à côté de l'essentiel. Aussi, l'UE se retrouve toujours en face des mêmes interlocuteurs, mêmes investisseurs, donc les mêmes idées, et ce depuis belles lurettes. Une nouvelle approche du potentiel algérien, avec équité, doit être envisagée si on veut aboutir à un flux important de connaissance, de biens et de service. C'est vrai, la coopération entre l’Algérie et l’UE ne semble pas avoir pris une ride, car elle est encore « naissante »!!!!

G. Ahcene, Algérie | 21-10-2009, 12.36h

L'UE a ciblé un domaine bien sensible. Contrairement aux idées reçues, le décollage des pays développés ne se repose pas sur la force de ses grandes entreprises mais sur la présence des PME en force dans le tissu économique. En Algérie, les PME seront le vrai levier pour l'économie, à condition que la politique générale sera orientée davantage sur les facilitations accordées en faveur de la création des PME, la consolidation de l'environnement juridique et financier et surtout le développement d'une base économique favorisant l'émergence de leurs métiers notamment la sous-traitance. Ces étapes ne doivent en aucun cas occulter la mise à niveau des PME par rapport aux standards et normes communes en vue de la pénétration des marchés bien mûrs de l'Europe.