La camionnette boîte à plaintes
Dans le cadre d’un programme de soutien aux Droits de l’Homme, est née l’idée d’une camionnette qui sillonne les gouvernorats pour récolter les plaintes des citoyens. Reportage.
Najet Belhatem - Le Caire, Eurojar
La camionnette stationne sur la place du quartier modeste appelé Al Hay al Sadess (quartier numéro six) de la ville nouvelle du Six octobre dans la banlieue sud ouest du Caire. Il fait encore chaud par ce mois de novembre. Un petit attroupement de citoyens se forme timidement, certains sont munis de petits bouts de papiers. Quelques minutes plus tard, d'autres s'appliquent déjà à remplir des formulaires. «J'écris une doléance pour leur demander de trouver une solution aux cours particuliers. Je suis étudiant en secondaire et mes parents ne peuvent pas assumer les frais. C'est vrai que l’enseignement est gratuit mais on ne peut réussir sans ces cours. Alors ou bien ils améliorent l'enseignement ou bien ils nous trouvent une solution...», lance un jeune homme venu avec son ami sur la place.
La camionnette en question est pavoisée des sigles du Conseil national des droits de l'homme et de l'Union européenne. Aménagée de petits bureaux à l’intérieur, elle fait le tour des quartiers défavorisés à travers les gouvernorats d’Egypte pour récolter les plaintes des citoyens. L'initiative s'inscrit dans le cadre du programme de l’Union européenne intitulé «Soutien dans le domaine de la démocratisation, des Droits de l'Homme et de la société civile». Ce programme est financé à hauteur de 5 millions d’euros par la Commission européenne et l’un des bénéficiaires est le bureau du médiateur du Conseil National des Droits de l’Homme.
La particularité de ce projet est d'aller vers les gens, une idée d'autant plus intéressante que souvent ces derniers sont perdus dans les méandres de la bureaucratie, ne connaissent pas leurs droits et ne savent pas où se rendre en cas de violation de ces derniers.
L'attroupement grossit peu à peu. «Hier, la mosquée a lancé un appel pour dire pourquoi il y avait cette camionnette sur la place; c'est pour cela que je suis venu aujourd'hui. Je viens me plaindre pour réclamer un logement. Je loue un appartement à 400 LE par mois mais mon salaire de 600 LE ne me permet pas de vivre décemment avec ma femme et mes trois enfants».
Question de confiance
Le fait de passer par la mosquée rend les choses plus faciles et la confiance s’établit vite. C’est le premier objectif du personnel du Conseil qui sillonne avec la camionnette et qui aide les citoyens à rédiger leurs plaintes ou les oriente vers les organismes concernés.
«Au début les gens sont réticents, ils ont peur de s'approcher de la camionnette et de nous. Il faut les rassurer et établir un lien de confiance. Dès que cela est fait, c'est l'affluence. Une fois à Kafr El Cheikh, nous sommes restés deux jours à attendre que quelqu’un s’approche,”lance Lamia Maher, du Conseil National des Droits de l’Homme qui a fait le tour de plusieurs gouvernorats, dont Béheira, Fayoum et Qalioubya. Elle est interrompue par une vielle dame en galabéya noire qui timidement et à voix basse est venue chercher de l’aide pour pouvoir soigner son mari qui souffre de problèmes de vue. Sans ressources aucune, son mari, travailleur journalier, ne peut payer les frais de l’intervention chirurgicale. «Nous allons vous aider à obtenir une pension du ministère des affaires sociales».
Beaucoup, ce jour là, étaient venus comme elle chercher de l’aide pour pouvoir payer des soins médicaux. D’autres, pour une intervention auprès de la banque Al Taamir afin de rembourser les crédits de l’achat de leur appartement sans les intérêts cumulés au fil des ans. «Moi je recherche du travail, j’ai cinq personnes à charge», dit un homme dans la trentaine. Beaucoup comme lui sont également venus pour du travail. Les autres ont afflué pour des problèmes de manque d’eau ou d’égouts. «Les égouts débordent, nous avons déposé plusieurs plaintes mais personne n’est venu; moi j’habite au rez-de-chaussée, c’est intenable et j’ai ouvert une sortie vers l’extérieur par le balcon, mais là les services municipaux se sont déplacés pour faire un procès verbal. Que doit-on faire?», s’interroge un sexagénaire.
Les formulaires s’amoncellent sur les petits bureaux à l’intérieur de la camionnette. «Les plaintes récoltées sont classées par le Conseil puis elles sont orientées vers les organismes concernés: ministères, gouvernorats etc.», explique Maher. La relation avec le Conseil ainsi établie, les plaignants sont priés de le contacter par téléphone pour suivre leurs plaintes. «Au début de notre travail en tant que Conseil, souvent, nous n’obtenions aucune réaction des organismes et institutions concernés par les plaintes. Mais depuis la publication du premier rapport du Conseil qui a pointé du doigt cette indifférence en nommant expressément les administrations défaillantes, les choses évoluent un peu», conclut-elle. Ce jour là, sur cette place, la camionnette avait tout l’air d’un messager de l’espoir auquel le petit attroupement voulait croire. Si quelques plaintes seulement sont résolues, la petite camionnette aura alors atteint pleinement son objectif.
Consulter la fiche projet: Soutien dans le domaine de la démocratie, des droits de l’homme et de la société civile (Égypte)

Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie








