L’Europe dans le magma israélo-palestinien



Une réflexion sur le rôle de l’Europe dans la résolution du conflit israélo-palestinien est toujours de bon aloi. Car ce conflit est toujours aussi toxique, et l’Europe aussi anxieuse. D’autant que cette réflexion est de Javier Solana, qui n’est plus à présenter.

 

C’était notre ambition lors de la toute première conférence de Barcelone que j’ai eu l’honneur de présider, sous la présidence espagnole de l’Union européenne en 1995 : que les Européens décident ensemble de faire face à leurs responsabilités au Proche-Orient.

Depuis, l’implication européenne dans le processus de paix proche-oriental s’est accrue et a pris des formes distinctes. L’Europe est membre du quartette. Elle en a aussi été l’un des fondateurs. Elle a joué un rôle central dans la rédaction de la « feuille de route » qui montre aux parties la voie à suivre pour qu’Israël vive en paix et en sécurité aux côtés d’un État palestinien viable et démocratique.

À la suite de la décision d’Israël de se retirer de la Bande de Gaza, l’Union européenne n’a pas ménagé ses efforts pour faire en sorte que ce retrait unilatéral soit conduit selon certains paramètres politiques et sécuritaires. Nous avons insisté pour que le retrait engage les Israéliens et les Palestiniens à reprendre la mise en œuvre de la « feuille de route ». Nous avons également rappelé que tout devait être fait pour que la population de Gaza vive dans un environnement sûr et profite des bienfaits économiques générés par la situation nouvelle.

Contrairement à une opinion largement répandue, notamment au Proche-Orient, l’Union européenne et ses États membres sont de loin les plus gros donateurs d’aides et de budgets. La population de Gaza sait qu’elle peut espérer aussi une assistance technique rapide. Notre ambition est de contribuer à la viabilité économique des territoires palestiniens, notamment à Gaza, en facilitant l’accès aux marchés mondiaux grâce à la construction d’un port et, plus tard, à la reconstruction de l’aéroport.

C’est une réalité : l’Union européenne a su faire face à ses responsabilités régionales, même si le processus de paix ne se développe pas au rythme que nous avions initialement souhaité. Ce qui demeure, c’est que le partenariat euro-méditerranéen, conçu à l’origine comme un instrument pour maximiser les dividendes de la paix, est désormais solidement établi.

Le choix difficile du changement
La plupart des acteurs, notamment ceux de la société civile, rêvent de faire du bassin méditerranéen un espace de dialogue, d’échanges, de coopération garantissant la paix, la stabilité et la prospérité. Ils en appellent aussi à la déclaration de Barcelone qui, dès l’origine, reconnaissait que le succès avait besoin, parmi d’autres conditions, d’un renforcement de la démocratie et du respect des droits de l’homme. Aux yeux de beaucoup, la meilleure façon de mesurer ce succès est la capacité du partenariat à réduire les divergences entre les deux rives de la Méditerranée en termes de prospérité, de droits de l’homme et de liberté.

Même si de réels efforts ont été faits des deux côtés, point n’est besoin de consulter les statistiques pour comprendre que nos ambitions communes n’ont pas été satisfaites. Les causes de cet échec sont nombreuses, mais une chose apparaît clairement : le vaste potentiel du partenariat euro-méditerranéen n’a pas été totalement exploité. La conclusion à tirer est simple : le processus de Barcelone, désormais enrichi par notre « Politique de voisinage », doit au plus vite devenir un instrument performant entre les mains de ceux qui se sont engagés dans des réformes politiques et économiques.

Que les choses soient claires : aucune réforme ne sera imposée de l’extérieur. Non seulement ce serait incompatible avec la philosophie du partenariat, mais ce serait également inefficace. Nous considérons que le rôle de l’Union européenne est de soutenir les efforts des États qui ont fait le choix du changement. On m’accordera que l’Union européenne sait de quoi elle parle dès qu’il s’agit de changement difficile.

 

Javier SOLANA
Haut commissaire de l’UE à la Politique étrangère
(Cahiers Euromed, 2005)






Vos réactions
Allagui Idriss Ati | 20-06-2009, 18.05h

L’UE joue le médiateur dans la résolution du conflit Israélo-palestinien, mais son influence reste moins forte que celle  des USA. Il faut dire que les projets de rapprochement entre l’EU et les pays de la Méditerranée restent bloqués ou retardés à cause de ce conflit. La zone de la Méditerranée est la zone d’influence de l’UE et son poids politique et diplomatique doit être ressenti.