Invest in Med: la Méditerranée comme opportunité

03/12/2009


Lancé en 2008, le programme Invest in Med vise à favoriser les échanges économiques et les investissements en Méditerranée pour façonner une seule et même région économique.


Julie Schneider, Le Commerce du Levant

Lancé en avril 2008, le programme Invest in Med a pour objectifs d’encourager les investissements européens dans la région méditerranéenne et de tisser des relations solides entre les entreprises des rives Nord et Sud. Ce projet dure 36 mois et implique les 27 pays de l’Union européenne et ses neuf pays partenaires du Sud dans le cadre de la Politique européenne de voisinage : Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Autorité palestinienne, Syrie et Tunisie. La dynamique de libéralisation insufflée depuis le processus de Barcelone lancé en 1995 a dynamisé les affaires entre les deux rives. Les exportations entre la Méditerranée et l’Union européenne ont augmenté, en moyenne, de 10 % par an entre 2000 et 2006 (en particulier en provenance d’Algérie et d’Égypte, +17 %, mais aussi de Tunisie, Syrie et Jordanie, +6 %). Les importations sud-méditerranéennes depuis les 27 membres de l’UE ont également augmenté, mais plus lentement (4 % entre 2000 et 2006). En 2006, selon la Commission européenne, le commerce de la Méditerranée avec l’UE (hors Turquie) a atteint 120 milliards d’euros, soit plus de 5 % du commerce extérieur de l’Union européenne. Invest in Med s’inscrit dans cette démarche et a l’ambition d’accroître le volume et la qualité des investissements et du commerce euro-méditerranéen.

Piloté par MedAlliance, un consortium réunissant les organismes de promotion de l’investissement (ANIMA Investment Network qui gère le projet depuis Marseille), les fédérations d’entreprises méditerranéennes (BUSINESSMED), les Chambres de commerce des deux rives (EUROCHAMBRES, ASCAME) et leurs partenaires spéciaux (l’ONUDI, GTZ et l’EPA Euro-Méditerranée), ce projet triennal de douze millions d’euros est cofinancé à hauteur de 75 % par la Commission européenne. La ville de Marseille, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Établissement public d’aménagement (EPA) Euro-Méditerranée participent également au financement.

Une approche sectorielle
Depuis son lancement en juillet 2008, Invest in Med a identifié, en concertation avec des acteurs publics du développement et des acteurs privés, des filières et des niches dont le développement a été jugé prioritaire dans la région. Fonctionnant comme une agence de développement économique centrée sur l’investissement et les partenariats d’affaires, ce programme finance de préférence des actions soutenant ces filières ou ces niches. Une quinzaine de secteurs ont été déterminés (textile, agroalimentaire, technologie de l’information et de la communication, tourisme, distribution, mécanique-électronique, industries lourdes/énergétivores, santé/pharmacie, services aux entreprises et sous-traitance, efficacité énergétique et énergies renouvelables, banque-finance-assurance, formation professionnelle, eau et services collectifs, infrastructures-transport-logistique, habitat social-rénovation urbaine).

Cette première liste a été affinée pour parvenir à la publication d’un manuel d’aide à destination des investisseurs, en octobre 2009 par ANIMA. Cette étude identifie 25 niches de marchés justifiant la création de nouvelles activités dans les neuf pays méditerranéens bénéficiaires du programme.

Les 25 fiches mêlent filières traditionnelles et nouveaux métiers (facility & fleet management, formation professionnelle, logistique intégrée…). Ces niches visent à apporter plus de valeur ajoutée à des secteurs qui souffrent d’une compétition internationale féroce (montée en technicité textile, diversification touristique, transformation agroalimentaire, etc.), ou bien à développer des activités entièrement nouvelles grâce aux nouvelles technologies et aux opportunités offertes par la mondialisation (prestations 3D, développement web offshore, tourisme de santé, etc.).

L’accompagnement d’une croissance urbaine rapide et d’un début de décollage industriel crée aussi de nouveaux marchés verts: efficacité énergétique, rénovation de l’habitat social, éolienne, études environnementales, éclairage urbain, gestion des déchets, etc.

Stratégiquement, cette approche sectorielle permet donc l’émergence ou le soutien des filières pour lesquelles la région MED a un potentiel intéressant. Elle incite également les organisations et les opérateurs économiques à soumettre des initiatives à Invest in Med et à allier leurs forces pour le développement d’une filière, à l’instar de l’initiative MAG-Trace (voir ci-dessous). Le développement de synergies industrielles entre les deux rives et le renforcement des partenariats entre des petites et moyennes entreprises des rives Nord et Sud sont ainsi facilités.

Depuis octobre 2008 et le démarrage des premiers projets, 36 initiatives sectorielles ont été lancées impliquant 16 pays. Elles sont toutes financées en moyenne à hauteur de 150 000 euros. Chaque initiative comprend trois à huit opérations, allant de l’action ponctuelle (BtoB, formations, conférences et ateliers, échange de personnel) à une action de long terme (un à deux ans) visant à développer des filières et/ou des outils d’aide à la décision (études, cartographie, observatoire des investissements). Les initiatives portent en priorité sur l’un des secteurs-clés définis ci-dessus mais aussi sur des dossiers stratégiques transversaux (entrepreneuriat, innovation, attractivité, diasporas, etc.).

Les ambitions de ce programme sont multiples. Par exemple, il cherche à valoriser le potentiel de la filière agroalimentaire en Méditerranée, à développer l’industrie cinématographique afin de renforcer l’attractivité du territoire méditerranéen, d’être la plate-forme numéro un du cinéma (MovieMed), ou encore à contribuer à la sécurisation des échanges de marchandises en Méditerranée (MedTracking, EuroMed Postal).

Selon ANIMA, «le succès rencontré par les 60 opérations menées dans le cadre de ces initiatives par des acteurs du développement économique, terminées ou en cours de réalisation, est significatif même s’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact définitif».

Ce succès s’explique à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il n’y a «aucun acteur dormant, expliquent Laurence Fontaine, responsable de la communication d’Invest in Med, et Manal Tabet, chef de projet. Tous les acteurs de ce programme sont fortement mobilisés depuis un an». Ensuite, les actions menées séduisent. Sur la durée du programme, 250 opérations devraient voir le jour, mais la difficulté est de les pérenniser. Les critères de sélection sont déterminants. Pour qu’un projet soit choisi, il doit impliquer au moins deux pays de la rive Sud et surtout contribuer au renforcement des échanges économiques régionaux (investissement, internationalisation des entreprises, etc.).

Invest in Med ne cherche pas seulement à promouvoir les échanges Nord-Sud, mais aussi les échanges Sud-Sud. «Les acteurs du Sud se posent parfois en concurrents alors qu’ils devraient être complémentaires, explique-t-on chez ANIMA. Si chaque pays travaille seul, ils n’auront pas le marché pour développer leur produit.»
 

MAG-Trace, le Maghreb mise sur l’agriculture
Il n’est pas évident pour les pays du Sud de la Méditerranée d’exporter en Europe, surtout quand il s’agit de produits alimentaires, comme des fruits et légumes. Les labels en vigueur et les règles de sécurité alimentaire rendent le marché européen difficile d’accès. Pourtant, la complémentarité est possible: les sociétés européennes sont à la recherche de produits de qualité, alors que les entreprises maghrébines demandent de plus en plus d’assistance technique pour améliorer la qualité de leurs produits afin de pénétrer ce marché juteux. L’Union des agriculteurs du Maghreb a donc mis en place l’initiative MAG-Trace, qui a obtenu en 2008 le soutien du programme Invest in Med.

MAG-Trace a pour objectif de diffuser dans les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) les méthodologies et les bonnes pratiques développées en Égypte, à travers le projet ONUDI (Organisation des Nations unies pour le développement industriel) E-Trace, en matière de sécurité alimentaire.

Sont visés les petits et moyens agriculteurs locaux. Après avoir établi un diagnostique de l’état actuel de l’introduction du système de “traçabilité” des produits agricoles dans ces pays et analysé les besoins pour comprendre où étaient les lacunes pour entrer sur le marché européen, une formation, pour 12 formateurs, a été organisée en juin 2009 en partenariat avec l’ONUDI en Égypte.

Fin novembre, à Tunis, dans le cadre du SIAMAP (Salon international de l’agriculture, du machinisme agricole et de la pêche), un atelier d’échanges d’expériences Nord-Sud a été organisé par les entreprises méditerranéennes travaillant dans l’agriculture et l’agroalimentaire.

Comme tout programme d’aide, Invest in Med mise sur la formation afin de permettre aux sociétés de voler de leurs propres ailes. La coopération allemande semble intéressée par l’idée de prolonger certaines des activités de MAG-Trace, une fois le financement européen terminé.

«Cette initiative constitue un succès, car il renforce la coopération Sud-Sud par un transfert de savoir-faire plus approprié étant donné les similitudes et convergences en matière de développement et d’opportunités», explique Fatma ben Rejeb Hezami, la directrice de l’UMAGRI.

 

MEDA Finance, guider les entreprises dans le marasme des aides
Des aides pour le développement des petites et moyennes entreprises dans les pays du Sud de la Méditerranée, il y en a. Mais lorsqu’il s’agit de trouver la bonne aide pour le bon projet, les choses se corsent. MEDA Finance, une activité de soutien financée par Invest in Med à hauteur de quelque 150 000 euros, est un guide qui répertorie les fonds d’aides aux entreprises. «Beaucoup de fonds sont disponibles, mais les entreprises n’ont pas le temps de comprendre comment cela marche ou de monter un dossier de candidature. Souvent elles ne savent même pas où chercher», explique l’équipe de gestion d’Invest in Med. MEDA Finance répertorie tous les financements bilatéraux, mais aussi unilatéraux (Commission européenne, Banque mondiale, le Fonds de développement arabe, la Banque de développement africaine et islamique…), disponibles pour permettre aux entreprises d’y voir plus clair.

Fin octobre, MEDA Finance a tenu la première conférence sur les instruments financiers (fonds, banques, donateurs…) existants. Cette plate-forme a été créée pour présenter les quelque 22 milliards de dollars d’assistance technique et de crédits offerts aux petites et moyennes entreprises de la Méditerranée.

Outre ce guide et cette conférence, l’Égypte devrait constituer une équipe de guichetiers. Les petites et moyennes entreprises qui souhaitent entamer un partenariat ou solliciter une aide pourront y avoir recours.


Voir le site: Invest in med
 






Vos réactions
Raffour, Algérie | 24-01-2010, 11.47h

Je pense que le programme INVEST IN MED lancé en 2008 qui a le but de favoriser les échanges économiques et les investissements entre les deux rives de la Méditerranée doit respecter et protéger les producteurs de la rive sud (traditionnelle) puisqu’ils sont loin et moins compétitifs par apport à leurs voisins européens. L’ouverture d’un marché national d’un pays du tiers-monde menace directement les petits producteurs locaux. Et avec l’absence de la politique du COMMERCE EQUITABLE, les beaux jours pour l’investisseur local sont très loin, voir éclipsés par les géants qui arrivent.

Maya Affeich, Liban | 20-01-2010, 18.12h

Le développement et l'harmonisation des législations dans les pays de la zone méditerranéenne est indispensable pour le développement du secteur économique et commerciale. En effet, les transactions commerciales ne pourront s'accentuer et se développer que dans un environnement de sécurité juridique est judiciaire. Dès lors, il convient que l'UE intervienne plus activement auprès des institutions juridiques afin de les inciter à établir une véritable reforme législative. A cet égard, l'intégration de jeunes chercheurs dans des groupes de travail pour l'établissement de cette reforme serait tout à fait utile.

MOHAMED JABALLAH, Tunisie | 11-01-2010, 11.26h

S'entraider entre humains est une nécessité qui ne demande qu'à être pratiquée, s'entraider entre voisins est une obligation morale que toutes les religions ont ordonnée. Les populations des deux rives de la méditerranée ont presque une histoire commune. A part les petits détails, les activités (historiques) qui ont abouti à la civilisation européenne d'aujourd'hui étaient le fruit d'un contact permanent entre ces populations. Ceux-ci mêmes, sont la résultante d'une migration permanente entre le nord et le sud de la méditerranée à chaque fois pour des raisons relatives à des actions historiques bien déterminées. Alors, INVESTINMED est un outil parmi d'autres, qui doit permettre de renouer ces liens historiques. Mais pourvu qu'il ne devienne pas un autre moyen d'exploitation des pauvres des deux rives de la méditerranée , berceau des grandes civilisations qui ont marqué l'histoire humaine!

MOHAMED JABALLAH, Tunisie | 11-01-2010, 09.34h

S'entraider entre humains est une nécessité qui ne demande qu'à être pratiquée, s'entraider entre voisins est une obligation morale que toutes les religions ont ordonnée. Les populations des deux rives de la méditerranée ont presque une histoire commune . A part les petits détails, les activités (historiques) qui ont abouti à la civilisation européenne d'aujourd'hui étaient le fruit d'un contact permanent entre ces populations. Ceux-ci mêmes, sont la résultante d'une migration continue entre le nord et le sud de la méditerranée à chaque fois pour des raisons relatives à des actions historiques bien déterminées. Alors INVESTINMED est un outil, parmi d'autres outils, qui doit permettre de renouer ces liens historiques. Mais pourvu qu'il ne devienne pas un nouveau outil d'exploitation des pauvres des deux rives de la méditerranée, berceau des grandes civilisations qui ont marquées l'histoire humaine!