Femmes violentées: un appel salvateur

13/05/2009


En 2008, près de 3000 femmes brutalisées physiquement et oralement ont eu recours au numéro vert mis en place par l’Union de la femme jordanienne et l’Union européenne, bénéficiant ainsi d’un soutien juridique, psychologique et social.


Sulafa Al-Khatib - Amman, Eurojar

Les premières années de mariage de Soha, la vingtaine, avec un homme de sept ans son aîné, étaient un calvaire. Elle s’était mariée pour fuir les exactions de la femme de son père. Il lui avait promis une vie meilleure et s’était engagé à lui assurer les meilleures conditions pour une vie conjugale paisible. Mais la lune de miel s’est vite transformée en un cauchemar. Le mari rentrait chaque soir ivre. Toxicomane de surcroît, il avait perdu tout contrôle sur son comportement. Commence alors une série de dépressions en raison des sévices physiques et verbaux qu’il lui infligeait. Les rixes conjugales commençaient pour un rien et étaient liées la plupart du temps à l’incapacité du mari à assurer les besoins de base de la maison. Elle a supporté les coups et les insultes. Toutefois, lorsqu’il a été question de coucher avec ses amis contre de l’argent, elle a quitté le domicile conjugal avec son enfant qu’elle avait mis au monde un an après son mariage, pour rejoindre la maison paternelle.

La femme a des droits
Manar Nizami, avocate, qui suit le dossier du couple après l’appel de Soha au numéro vert mis en place par l’Union de la femme jordanienne pour les affaires de violence conjugale, est satisfaite de la situation actuelle de Soha, ayant retrouvé son équilibre et sa confiance en soi après la séparation. Nizami explique que « Soha était dans un état lamentable. Les traces de sévices physiques répétés étaient visibles, avec des œdèmes partout sur le corps ». Elle ajoute : « Elle était apeurée. Cependant, grâce à l’intervention d’une psychologue, nous avons pu l’aider à se débarrasser d’un flot de souvenirs douloureux ».

Mais le processus ne s’arrête pas là. « Nous l’avons éclairé pour ce qui est de ses droits et nous lui avons inculqué les notions nécessaires pour contenir les conflits et prendre des décisions en prenant en compte les alternatives possibles. Elle n’a pas hésité à en faire usage devant le mari qui a été amené par la ruse à faire face à sa femme, surtout qu’elle avait obtenu des rapports médicaux accusateurs ». Nizami constate que les services juridiques mis à la disposition de Soha lui ont permis d’obtenir le divorce, ce qui s’est répercuté positivement sur son état de santé. Par ailleurs, l’Union l’a aidé pour l’obtention d’un travail et d’une pension mensuelle du ministère du Développement social.

Orientation juridique et sociale
« Le numéro vert de l’Union de la femme jordanienne, financé par l’Union européenne, est un moyen pour sauver les femmes persécutées et brutalisées en leur donnant accès à l’orientation juridique, sociale et psychologique, proposée par des travailleurs sociaux et par des spécialistes juridiques », selon la directrice du programme Haifa Haidar. Le besoin de ce numéro vert s’est fait sentir en 1996, après le constat fait par l’Union de la méconnaissance de la femme jordanienne de ses droits juridiques et sociaux, une des raisons de la faiblesse des femmes et leur soumission à la violence.

Haidar affirme que « 600 cas ont été traités par l’Union durant la première année de mise en place du numéro vert, contre 2988 à la fin de l’année passée ». Selon Haidar, la plupart des sévices répertoriés sont des cas de violence conjugale physique, sexuelle et morale. Elle indique que la « violence n’est pas uniquement l’apanage des zones pauvres, mais se retrouve aussi dans les milieux éduqués et les classes bourgeoises ».

Après réception de la plainte par téléphone, la femme maltraitée est reçue dans les locaux de l’Union par une psychologue ou une avocate qui suit l’affaire au niveau juridique. Haidar indique que « l’union de la famille figure parmi nos priorités. Elle nécessite donc un travail avec les différentes parties et la recherche de moyens pour aboutir à une réconciliation. D’une part, l’homme responsable des sévices est soumis à des sessions de changement de comportement ; de l’autre, les femmes violentées sont formées pour acquérir les compétences nécessaires pour contenir les différends ».

Toujours selon Haidar, l’Union a mis en place des sessions de formation et de réhabilitation des femmes brutalisées leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires pour intégrer le marché du travail, surtout que la résolution du problème économique leur permet d’être indépendantes en cas de divorce.

N.B: Texte traduit de l’original arabe par l’équipe d’Eurojar