Euromed: Le FDES lutte contre les poches de pauvreté au Liban

01/06/2009


Le Fonds de développement économique et social contribue à réduire les poches de pauvreté au Liban en favorisant la création d’emplois et les projets communautaires. Il est l’un des instruments de l’accord d’association conclu avec l’Union européenne.

 

Delphine Darmency - Beyrouth, Le Commerce du Levant

Créé en 2000 dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen, le Fonds de développement économique et social (FDES) fonctionne aujourd’hui à plein régime. Avec un budget cumulé de 37 millions d’euros (dont six millions de l’État libanais), il a mis en place des programmes de lutte contre la pauvreté à partir de deux angles : la création d’emplois par des crédits aux petites entreprises et le développement communautaire.

L’approche est complémentaire. D’un côté, les emplois augmentent les revenus de la population, ce qui crée un cercle vertueux de croissance ; depuis 2004, le FDES a contribué à financer 3 607 projets qui ont permis la création de 2 578 nouveaux emplois (en moyenne 80 créations par mois). De l’autre, doter les communautés les plus pauvres de nouvelles structures permet à leurs habitants de vivre dans de meilleures conditions et d’éviter l’exode vers les villes ; quelque 145 000 personnes sont concernées par ces améliorations dans différentes régions du Liban.

Crédits aux petites entreprises
Les crédits aux petites entreprises sont destinés aux personnes ne pouvant pas utiliser le circuit bancaire normal (problèmes d’analphabétisme, de garantie, de secteur informel…).

Ils sont octroyés à travers trois banques partenaires du FDES (SGBL, Banque BLC et Banque CL) et sont orientés vers les entreprises de moins de neuf employés. L’offre porte sur un prêt de cinq ans, allant jusqu’à 40 millions de livres (20 000 euros) avec un taux d’intérêt dégressif de 10,5 % pour le développement de projets et de 12,5 % pour les créations d’entreprises. Les crédits assortis d’une période de grâce d’un an sont adossés à des hypothèques d’actifs ou à des garanties personnelles.

Le FDES offre aussi un accompagnement sous forme de formations à la gestion et la comptabilité pour renforcer les chances de réussite de chaque initiative et il effectue des audits fréquents pour instaurer davantage de transparence. « Ce programme est un réel succès », dit Joëlle Sabella, chargée de communication du FDES. La totalité du budget initial de 12 millions d’euros a été affectée, avec un taux de remboursement de 100 %.

Développement communautaire
Plus lourd à mettre en œuvre, le programme du développement communautaire englobe vingt communes, sélectionnées parmi 80 poches de pauvreté identifiées à l’issue d’une étude financée par le FDES. Chacune d’elles avait été invitée à présenter un dossier présentant ses besoins en termes d’éducation, de santé, d’efficience agricole, d’environnement, de formation, etc. Des comités ad hoc ont été chargés ensuite de préparer différents projets de développement et de déterminer les priorités. Ce programme bénéficie d’une enveloppe de six millions d’euros, soit 300 000 euros en moyenne par commune.
 

 

La pâtisserie de Georges Ibrahim
 

Dans le village de Miniâra (Nord), Georges Ibrahim a monté son entreprise grâce à un crédit financé par le FDES. Ce jeune meilleur ouvrier du Liban, 23 ans, a décidé de se lancer dans la pâtisserie. Sa spécialité : la cuisine diététique, sans sucre, sans œuf et sans farine. Il apprend d’un représentant du Business Development Services, mandaté par le FDES pour faire connaître ses programmes de crédit, qu’il peut obtenir un prêt à des taux préférentiels. Il hypothèque donc la maison de ses parents pendant quatre ans et obtient 25 millions de livres pour un investissement total de 35 millions (23 333 dollars).

« Personne ne m’avait proposé des conditions aussi intéressantes. » Le jeune pâtissier a décidé de travailler 18 heures par jour avec l’aide de sa famille pour ne pas engager les cinq employés nécessaires à sa production et augmenter ainsi ses marges. « Nous avons réalisé 4 000 à 6 000 dollars de bénéfices nets par mois au début. » Même si l’augmentation du coût des matières premières a affecté sa profitabilité, le jeune entrepreneur voudrait investir deux fois plus. Il envisage déjà de demander un second prêt pour ouvrir une pâtisserie sur une route plus passante.

  

De nouvelles structures à Mishmish

 
Mishmish, dans le Akkar, est l’un des villages les plus pauvres du pays, avec un taux de chômage de 25 à 30 %. Ses 16 000 habitants dépendent essentiellement d’activités agricoles peu productives et de constructions qui s’arrêtent d’octobre à février à cause du climat.

Cette saisonnalité favorise l’exode rural, voire l’émigration. Car les jeunes sont nombreux à entrer tous les ans sur le marché du travail : chaque famille compte 7,5 personnes en moyenne et 65 % de la population a moins de 21 ans.

Mishmish souffre aussi d’un taux de mortalité trois fois plus élevé qu’à Beyrouth, l’hôpital le plus proche étant à 35 km. La municipalité a donc demandé l’aide du Fonds de développement économique et social pour quatre projets prioritaires : un pont facilitant le déplacement des agriculteurs et des écoliers au sein du village, un centre médical, un centre pédagogique et culturel (cours de langue et d’informatique) et un centre de production agricole.

Le centre médical a ouvert ses portes le 1er janvier 2008. Un changement tangible pour les villageois qui allouaient jusque-là 30 % de leur revenu à des dépenses médicales. Le Dr. Taleb, responsable du centre, explique que « les malades devaient se rendre dans des cliniques privées, payer le transport et sacrifier une journée de travail pour se faire soigner ». Quelque 35 spécialistes se relaient deux jours par semaine dans le centre où quatre médecins généralistes et cinq employés sont présents 24h/24.

Une moyenne de cinquante patients par jour viennent consulter (pour maximum 15 000 livres) dont 70 % proviennent des villages avoisinants. Le centre qui est géré par la municipalité devrait afficher un budget excédentaire dès sa deuxième année de fonctionnement. Quant au centre de production agricole, son inauguration est prévue le 1er septembre.

Sa vocation est d’aider les agriculteurs à transformer et conserver leur production, afin de créer de la valeur ajoutée : « Nous voulons par exemple exporter des aubergines au vinaigre en Australie pour servir les expatriés libanais. Ici, on produit le kilo à un dollar, là-bas on le vendrait à 20 et on pourrait en obtenir trois dollars de bénéfices par kilo », explique le secrétaire de la municipalité chargé des relations publiques, Nazih Kamareddine. Le centre qui a coûté 170 000 euros devrait employer 50 femmes, principales victimes du chômage.


Consulter la fiche projet: Fonds de développement économique et social (FDES) (Liban)






Vos réactions
josiane ibrahim, Liban | 16-09-2009, 09.42h

To get out of crying over the ruins, we have to look for more realistic offers and projects, because meals, clothes... disappear under the tyranny of poverty and need in many and many regions in Lebanon! So, as the EU took the initiative to change this situation, the money given to the poor people should be invested in large projects such as the project of Georges Ibrahim so that we can gain new potentials in many important fields. When money is spent in the right places, the economic and social situations can be better. Finally, I feel so attached to my country -the country of cedars- and we have to make it always a prosperous one, and as the famous proverb says: To learn fishing is better than giving fish!

Laurent Farah | 03-06-2009, 12.24h

Je trouve que les taux d’intérêts de 10,5% et de 12,5% (cités dans l’article) sont assez élevés par rapport aux taux qu’on trouve au Liban. Par exemple, le prêt financé par l’Etat tel que “KAFALAT”, donne 0% d’intérêts pour des prêts variant de 5 million L.L à 600 million L.L.
De plus, ces prêts doivent être adossés à des hypothèques! A mon avis, les personnes à qui s’adresse ce genre de crédit (les crédits aux petites entreprises sont destinés aux personnes ne pouvant pas utiliser le circuit bancaire normal : problèmes d’analphabétisme, de garantie, de secteur informel…) n’ont généralement pas de biens à hypothéquer…
En dépit de la réussite de George Brahim, je ressens à travers ces crédits un aspect financier plus qu’un aspect social d’aide aux dépourvus. Tandis que les autres projets, à l’instar de ceux réalisés à Mishmish, sont une VERITABLE AIDE aux personnes en besoin. Des initiatives qui méritent l’hommage.