Erasmus Mundus, ou quand l’Auberge espagnole repousse ses frontières

Qu’importe si les moyens financiers manquent pour partir étudier à l’étranger : depuis 2006, l’Union européenne a étendu les bornes des bourses universitaires Erasmus réservées jusque-là aux étudiants européens, pour couvrir les pays tiers, dont le Sud Méditerranéen. Baptisé «Partenariats Erasmus Mundus», le programme ambitionne également de rapprocher les jeunes des deux rives.
Nidale Abou Mrad - Eurojar
Université américaine de Beyrouth, midi d’un beau jour de soleil de novembre 2009. Au Bureau d’accueil des étudiants étrangers, Rami Jawhar s’affaire à régler les derniers détails logistiques d’une fête organisée le soir même en l’honneur des universitaires internationaux de ce prestigieux établissement situé au cœur de la capitale libanaise, connu sous le nom de l’AUB.
C’est que ce jeune Libanais en licence d’ingénierie n’en revient pas de l’expérience “fabuleuse” qu’il a vécue comme étudiant Erasmus Mundus à l’Université Masaryk de Brno, en République tchèque. Convaincu que les échanges universitaires entre l’Europe et ses voisins du Sud sont d’une importance majeure, il est bien décidé à y apporter sa contribution au sein de son université. De fait, depuis son retour, Rami consacre plus de temps au Club des étudiants étrangers de l’AUB. Et peu importe s’il doit passer un examen dans une heure: la solidarité estudiantine est désormais une priorité.
Face à lui se tient Giorgio Marinelli. Grand sac à dos lesté, ce jeune Italien est de passage pour une «affaire administrative» avec Miss Rania Murr, coordinatrice du Service des étudiants étrangers. Pour lui, l’expérience Erasmus Mundus bat son plein: depuis septembre, il est à Beyrouth dans le cadre d’un échange entre la vieille Université de Bologne et l’AUB. Au programme, un Mastère en Relations internationales. Giorgio, 25 ans, a choisi comme sujet de mémoire «le système de gouvernance dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban.»
Inverser la tendance
Une demi-heure dans ce bureau illuminé par de grandes vitres donnant sur la Méditerranée suffit pour se rendre compte, virtuellement, que les échanges et bourses universitaires se sont bel et bien frayé un chemin entre les deux rives de la Mer Bleue. Que l’Auberge espagnole n’est plus l’apanage des étudiants européens. De même que les Etats-Unis ne sont plus l’unique destination prisée.
Soucieuse d’être un véritable acteur culturel et non un simple bailleur de fonds, la Commission européenne décide en 2006 d’ouvrir son programme de mobilité estudiantine Erasmus – jusque-là réservé aux échanges intereuropéens – à un public plus large, visant la dimension monde. Depuis, des partenariats sont signés entre certains établissements des pays membres de l’Union européenne et d’autres du Sud de la Méditerranée, dans le cadre de la Politique européenne de voisinage. L’objectif affiché de l’UE est de «faire de l'Europe un centre d'excellence universitaire.» L’idée, en invitant les universités des deux rives à se rapprocher, est de favoriser la création de consortiums universitaires à même de concurrencer les établissements américains aux moyens financiers considérables. «Il s’agit d’inverser la tendance», à en croire la députée européenne Marielle de Sarnez.
Il faut dire qu’en dehors de ce programme, la mobilité estudiantine vers Europe s’effectuait par des initiatives individuelles ou dans le cadre de bourses nationales. Ce qu’Erasmus Mundus apporte de nouveau, «c’est une différence d’échelle et de moyens: des aides financières très incitatrices, ainsi qu’un cadre structuré qui facilite énormément les échanges», se réjouit Hamed Ben Dhia, Président de l’Université de Sfax de Tunisie.
Apprendre qu’Erasmus Mundus existe
Mais ce programme souffre encore d’un manque de visibilité au sein des établissements concernés. Joints par téléphone, étudiants du Maroc, du Liban et de Syrie s’accordent à le dire. Car si en Europe, «où Erasmus a déjà 22 ans d’existence, les échanges universitaires sont passés dans les mœurs, force est de constater que la situation est loin d’être semblable de l’autre côté de la rive», souligne Michel Dumas, coordinateur du volet Erasmus Mundus au Maghreb, baptisé Averroès. «En sollicitant l’aide des professeurs pour des lettres de recommandation, tous affirmaient ignorer l’existence d’un tel programme», regrette ironiquement Rami. Et d’ajouter : «Du côté de mes camarades, personne non plus n’en avait jamais entendu parler. L’information m’est parvenue étant donné que je suis membre du Club des étudiants étrangers de l’AUB.»
Une fois ce premier cap franchi, persévérance et patience deviennent les mots d’ordre. «Entre la lourde machine administrative et le retard dans l’obtention des réponses, la procédure n’est pas aussi facile», soulignent les bénéficiaires. Quant aux critères de sélection, «outre un excellent niveau universitaire, l’étudiant est appelé à montrer une réelle motivation à vivre en milieu international», rapporte Rania Murr. Le verdict finit par tomber. En cas de réponse positive, le billet d’avion est livré à domicile et direction l’aéroport. Au menu: une allocation mensuelle aux alentours de 1000 euros et une formation de haut niveau.
Sur place, l’expérience s’avère gagnante
L’originalité d’Erasmus Mundus? Il permet d’étudier une année à l’étranger tout en la validant comme si elle s’effectuait dans son université d’origine. Pour cela, un système européen de transfert de crédits est mis en place. Loin de perdre leur temps, les étudiants poursuivent leur formation, tout en découvrant un autre pays. Grâce à un anglais parfait et à quelques mots d’arabe dont il parsème la discussion, Giorgio acquiesce: «Être à Beyrouth est l’opportunité de vivre une aventure riche en termes d’épanouissement personnel, autant que pour mes études. Les professeurs me fournissent une aide inestimable pour accomplir mon travail de recherche, un soutien que jamais je n’aurais pu acquérir ailleurs.»
Très enthousiaste à l’idée d’avoir réussi à planifier une série de visites au sein des camps palestiniens, il ne l’est pas moins quand il se donne à raconter «le bonheur de fainéanter tous les soirs dans les cafés et bars du quartier cosmopolite de Hamra, situé à proximité de l’AUB. L’ambiance est chaleureuse, même fascinante. C’est un petit village où artistes, journalistes et intellectuels se côtoient et font la fête, malgré les problèmes sécuritaires et politiques du pays.» Premier à avoir bénéficié des Partenariats Erasmus Mundus en Syrie, Hassan Haija affirme: «Erasmus est probablement le souvenir le plus marquant qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. Des bons moments, j’en ai eus pendant cette période d’échange plus que j’en ai eus en 21 ans de vie. Juste imaginez 300 étudiants de cultures différentes vivant sous le même toit. Ils sont devenus ma famille.»
Ne dit-on pas que c’est à travers l’autre qu’on apprend à mieux se connaître soi-même? Rami confirme: «Ici, au Liban, tout le monde se connait. Les relations humaines, cela va de soi. Là-bas, j’ai découvert que le monde est grand et complexe. J’ai été amené à me poser des questions sur moi-même, ma propre culture. J’ai appris à être plus ouvert d’esprit». Et de se vanter au passage qu’il a été élu Mr. Erasmus à l’Université de Masaryk. Façon de dire: pari de l’adaptation réussi. Pour sa part, Hassan raconte: «De retour à Damas, j’ai repris rapidement l’université et le travail. La seule chose qui a changé, c’est moi et ma façon de voir la vie.»

L’après-mobilité: c'est là où le bât blesse
«Il est certain qu’au retour, les bénéficiaires sont plus confiants en leur avenir. Ils se sentent privilégiés par rapport au reste de leurs camarades», atteste Rania Murr. En revanche, «au-delà de cette exaltation due à une expérience à l’international, force est de constater qu’aucun travail de suivi n’est réellement mené une fois ils atterrissent dans leur pays d’origine», ajoute-t-elle. Résultat: une grande frustration de ne pas avoir l’opportunité de raconter, d’évaluer et de planifier l’après-mobilité. «Nous travaillons à la création d’une association Erasmus Mundus au Maghreb. Mais il reste beaucoup à faire. C’est normal, le programme vient de souffler sa première bougie», explique Michel Dumas.
En attendant, Rami continue d’être hyper actif au sein du Club des étudiants étrangers de l’AUB. Mais il regarde loin. Il veut repartir en «Master Erasmus d’une durée de deux ans, tous les six mois dans un pays différent!» Peut-être la clé qui le mènera, encore une fois, vers un monde plein de rencontres inédites. Giorgio, lui, est submergé par son travail de recherche au sein des camps palestiniens du Liban. Il dit vouloir retourner à Beyrouth après la soutenance de son mémoire prévue en mars prochain à l’Université de Bologne. Sans Erasmus cette fois, pour «se consacrer à l’apprentissage de l’Arabe et surtout, pour explorer à tête reposée les quatre coins de la ville de Beyrouth.»
Baptisé «Erasmus Mundus - Fenêtre de coopération extérieure» lors de sa première phase 2004-2008 et «Partenariats Erasmus Mundus» pour son deuxième volet 2009-2013, le programme permet d’organiser des séjours de durée variable:
- des échanges d’étudiants à tous les niveaux : de la licence au post-doctorat
- des échanges d’universitaires et de personnel administratif.
Les Partenariats Erasmus Mundus sont découpés en 21 lots géographiques correspondant à diverses régions du monde. 4 sont consacrés aux 8 pays arabes du Sud de la Méditerranée.
Pour en bénéficier, consulter les sites Internet suivants:
- Maroc, Algérie, Tunisie: www.network-averroes.com
- Égypte: www.erasmusmundus2.eu
- Palestine: www.erasmusmundus2.eu
- Syrie, Jordanie et Liban: http://www.erasmuswindow3.org/
Organismes éligibles:
Chaque Partenariat Erasmus Mundus associe au minimum 5 établissements d’au moins 3 pays européens et plusieurs établissements d’enseignement supérieur situés dans les pays tiers ciblés par les appels à propositions.
Pour de plus amples informations, consulter le site de la Commission européenne. Office de coopération EuropeAid. Vous y trouverez un guide détaillé du programme Erasmus Mundus :
ec.europa.eu/education/external-relation-programmes/doc/call09/guide_fr.pdf

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Tous les lundis, vous pouvez lire dans ce quotidien un reportage, un article ou une analyse autour du thème des relations euro-méditerranéennes, ou de la Politique européenne de voisinage. La série, qui a démarré le 27 avril 2009, comptera en tout 52 articles (sur 1 an).
Toutes les semaines (1 fois par semaine), les correspondants d'Al-Hayat dans 8 pays (Liban, Syrie, Jordanie, Territoires palestiniens, Egypte, Tunisie, Maroc, Algérie), vous donnent rendez-vous sur les pages du quotidien, pour exposer certaines des actions de l'UE dans ces pays : développement, soutien aux secteurs productifs, aides aux couches défavorisées, soutien à l'administration… ou encore à la démocratie.
Tous les mois, ce mensuel économique de langue française, publié au Liban, vous fournira une analyse et un reportage économique ou socio-économique sur un aspect des relations Euromed. La série a démarré avec le numéro daté mai 2009, sorti il y a quelques semaines, et s'étalera sur 1 an.
Le mercredi 24 juin 2009 a été lancé notre projet médiatique "Europa Jaratouna" qui a pour objectif de maximiser la visibilité de la Politique européenne de voisinage dans le bassin méditerranéen et des relations euro-méditerranéennes en général. Il sera mis en œuvre dans huit pays : Liban, Syrie, Jordanie, Territoires Palestiniens, Egypte, Maroc, Algérie, Tunisie.
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Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie
C'est un projet important et ambitieux. L'UE lui a accorde le plus important des crédits accordes aux pays méditerranéens! Malheureusement, la gestion du projet cote algérien, a été lamentable surtout a son lancement! Par laxisme, les autorités concernées ont réagi tardivement et par la suite, la gestion n'a été que médiocre. Ce qui a amené la partie européenne a réviser le financement.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie
un conseil à tout les internautes d'eurojar, depuis ma découverte de ce site, il ne cesse de me déranger!! la majorité des articles révèle un niveau très bas dans le domaine des relations internationales, surtout entre le nord et le sud, le monde occidental et le reste, le monde industrialisé et le reste, mais pour le moment restant dans notre bassin, c-à-d, les deux rives, les internautes applaudissent ce que font les européens en faveur des sudistes!
A propos de: L’UE aux côtés des familles rurales en Palestine









L'apport positif du programme Erasmus dans sa nouvelle version remodelée c'est qu'il permet une double mobilité des étudiants et qu'il ne s'agit pas en fait d'un simple brain drain ou fuite des cerveaux unidirectionnelle vers l'Europe. Ce qui établit les bases d'un véritable échange académique mais surtout culturel et c'est par de telles voies qu'on pourrait contribuer au dégel ou à la vulgarisation de certains préjuges sociaux et religieux. Pour le reste un bon marketing et une meilleure collaboration entre les universités des deux pôles est nécessaire pour atteindre le but désiré.