En Syrie, les énergies renouvelables au service du social

03/05/2010


Un projet résidentiel pilote a permis en Syrie de tester les technologies propres dans le domaine de la construction, dans le cadre du programme MED-ENEC.


Julien Théron - Eurojar

Dans la banlieue damascène de Qudsaia a vu le jour un projet alliant développement social et développement durable: le Nouveau Complexe Résidentiel pour la Jeunesse. Le but est aussi ambitieux que vertueux: allier expansion de l’urbanisme, application de technologies propres et économiques et promotion des bonnes pratiques.

Dès 1998, ces trois impératifs avaient été mis en lumière dans un rapport de la Société Générale pour les Études et la Consultance en Ingénierie (GCEC). Cette étude, nommée Vers de meilleures réponses climatiques en architecture et planification urbaine, avait démontré comment l’emploi de techniques traditionnelles de construction d’habitats dites «passives», cumulées à l’utilisation de nouvelles technologies, pouvait permettre d’atteindre une plus grande efficacité énergétique. Et le projet pilote du programme régional européen MED-ENEC est venu à point nommé, vu les besoins croissants d’urbanisation du pays.

Selon l’agence onusienne UN Habitat, la Syrie, dotée d’une population de 17 millions d’habitants, n’en compte que 52% dans ses villes. Mais deux facteurs fondamentaux imposent cependant de considérer les questions d’urbanisme comme une priorité: 10% de la population urbaine vit dans des bidonvilles ou assimilés, et la population urbaine croît annuellement de 3%. Amélioration sociale et maîtrise énergétique devant donc nécessairement aller de pair pour permettre un développement harmonieux du pays, le projet MED-ENEC est venu à point nommé afin de tester de nouvelles méthodes, appliquées de façon originale aux logements sociaux.

De l’avis même d’Omayma Habash, directrice du département d’ingénierie mécanique, c’est en effet «l’annonce de MED-ENEC qui a encouragé le GCEC à participer à l’appel d’offre. L’idée de base du projet était fondée sur une recherche qui mettrait en lumière les avantages des maisons anciennes de Damas comparées aux nouveaux blocs résidentiels en termes d’efficacité énergétique.»

Des efforts à tous les niveaux
Dans ce projet mutualisant les capacités de plusieurs structures (Institut Général du Logement, Centre National de Recherche sur l’Energie), le GCEC avait à sa charge «toutes les études architecturales, mécaniques et électriques du projet.» Et la tâche n’était pas mince au vu du volet technique incluant couvrage spécifique, double-vitrage, isolation, agencement d’un ombrage arboré, chauffe-eaux solaires, assistance solaire de chauffage au sol ou encore éclairage basse consommation.

Si une économie d’énergie de 63% a été enregistrée par rapport à une construction conventionnelle, le surcoût conséquent des équipements (35%) ne rend pas le projet pilote tel quel applicable à grande échelle. Plusieurs raisons expliquent cette insuffisance de rentabilité, comme l’indisponibilité de produits isolants bon marché dans le pays, le manque de savoir-faire dans les technologies d’économie d’énergie ou encore un facteur qui se retrouve dans plusieurs pays de la zone méditerranéenne: le manque de compétitivité des sources alternatives d’énergie dû au subventionnement du secteur.

Pourtant deux points constructifs découlent du projet de Qudsaia. Les raisons de sa trop faible rentabilité peuvent aisément évoluer dans le temps sous l’action des pouvoirs publics, par le développement du marché, des compétences, ainsi qu’une évolution du système de subventions vers des énergies ‘vertes’. Ensuite, ce projet était un projet pilote, et endossait par conséquent un rôle expérimental, rôle accompli par la réduction de 63% de la consommation en énergie. Pour Omayma Habash, le projet est globalement positif, car «il montre une perspective intéressante pour l’adoption de mesures actives et passives d’efficacité énergétique au sein d’un projet gouvernemental de logement de plus grande ampleur à travers tout le pays.»

À plus long terme, le projet Qudsaia s’inscrit dans une dynamique vertueuse de la Syrie en matière énergétique. Le rapport établi il y a douze ans par le GCEC a ainsi trouvé une application pratique constructive, grâce à une coopération euro-méditerranéenne «réussie aux plans technique et financier.»

C’est également dans cette dynamique que s’est tenue dans le pays, en juillet 2009, le séminaire intitulé «La ville moyen-orientale: régénération pour l’économie d’énergie», financé par le programme UE-Syrie MAM (Modernisation de l’Administration Municipale), dressant les nouvelles priorités de planification urbaine. Et c’est dans cette même veine que s’est tenu tout récemment le colloque co-organisé par la Mairie d’Alep et l’Institut Français du Proche Orient sur «les métropoles de Syrie dans les processus mondialisés d’urbanisation».

Consulter la fiche projet: MED-ENEC Efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment (Syrie)