Du cinéma pour mieux dialoguer
Lancé par l’Union Européenne en 2000, le programme « Euromed Audiovisuel » entend rapprocher les deux rives de la Méditerranée par le biais du cinéma. Là où la politique réelle trébuche, la fiction peut-elle prendre la relève ?
Valerio Caruso, Responsable Cineuropa
La première phase du programme, dotée d’une enveloppe de 18 millions d’euros, est devenue pleinement opérationnelle en 2000 avec le démarrage d’une première série de six projets. Certes, il ce n’est pas facile de faire des miracles et de marier les deux rives de la Méditerranée avec un tel budget. Si le programme a réussi à rassembler les opérateurs culturels du Sud et du Nord, ceux-là même qui façonnent l’opinion publique, force est de constater que les clichés, la montée d’un radicalisme islamiste et les menaces de conflits armés ne cessent de remettre en cause l’idée d’un rapprochement réel entre les peuples de la Méditerranée. C’est que les espaces nécessaires à la découverte mutuelle manquent.
Mais il reste qu’Euromed Audiovisuel a permis aux cinéastes, producteurs et exploitants d’exprimer et d’échanger leur point de vue. Trois projets illustrent la capacité de ce programme à générer un dialogue entre populations du Nord et du Sud de la Méditerranée:
EUROMEDIATOON-VIVA CARTHAGO est une coproduction de 26 films d’animation et de documentaires portant sur les personnages de légende qui ont fait l’histoire de la Méditerranée. Un vieux sage de Carthage, Séfrou, est confronté à l’écroulement de sa cité face aux assauts des Romains, et veut transmettre aux générations futures l’histoire de sa civilisation et des hommes qui l’ont marquée. Le navire Carthago et son équipage vont parcourir la Méditerranée et explorer ses cultures et ses peuples. Grâce à cette série, les créateurs du Sud ont eu l’opportunité de raconter des épisodes de cette histoire selon leurs approches propres, et donc selon un point de vue différent des versions officielles, souvent réductrices.
EUROPA CINEMAS a assuré un soutien à l’exploitation, la distribution et la promotion de films européens et méditerranéens. Europa Cinémas a ainsi accompagné la sortie de 162 films qui ont été vus par près de 8 millions de personnes en Méditerranée.
MEDEA a assisté le développement de 86 projets de fiction ou de documentaires grâce à un soutien financier d’Euromed Audiovisuel entre 2000 et 2004. L’efficacité de MEDEA peut être mesurée en terme de nombre de films finalisés : soixante-deux films sont produits ou en cours de production. Un grand nombre d’entre eux ont obtenu des prix ou ont été sélectionnés dans des festivals prestigieux. À titre d’exemple, Waiting for the Clouds de la réalisatrice turque Yesim Ustaoglu a participé au Festival de Berlin 2005 ; Les yeux secs du Marocain Narjess Najar a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2003 ; et The Syrian Bride de l’israélien Éran Riklis a reçu, entre autres, le prix du meilleur film à Montréal 2004.
(Cahiers Euromed, 2005)
Des cinéastes aux avis contrastés
Les réalisateurs méditerranéens ayant participé au projet Euromed Audiovisuel nous livrent leur réflexion sur les coproductions cinématographiques : sont-elles des outils de dialogue efficaces? Avis partagés.
Jean-Claude Codsi - Liban
On sait combien la constitution d’un réseau de contacts est importante dans le monde du cinéma, et MEDEA a été d’un grand secours dans ce domaine, favorisant un dialogue entre plusieurs sociétés, plusieurs cultures. On se tourne vers les coproductions avec l’Europe, disposée à participer au financement de nos films. Il n’empêche qu’en fin de parcours, ce sont les institutions européennes qui décident si un film libanais se fera ou pas. Ces films doivent donc correspondre à leur demande, conditionnée essentiellement par deux choix : choix social (aborder les problèmes de nos sociétés) ou esthétique (recherche d’un langage cinématographique qui nous serait propre). Mais l’exclusivité de ces choix a pour conséquence la production exclusive de films dont la lecture est difficile. D’où une rupture entre les films libanais et leur grand public naturel.
Yousry Nasrallah - Égypte
Les coproductions artistiques qui bénéficient du soutien de l’Europe peuvent être considérées comme un moyen de renforcer le dialogue arabo-européen. Les producteurs, privés par les bailleurs de fonds saoudiens de leur liberté d’expression, trouvent dans les coproductions un moyen de s’exprimer en utilisant des moyens locaux. Ainsi, à l’intérieur de leurs propres sociétés, ils parviennent à lancer ce dialogue intérieur dont la scène locale a tant besoin. Le dialogue intra-arabe constitue le premier pas qui permettra dans un premier temps d’établir un dialogue avec l’autre, puis dans un second temps de lancer un dialogue culturel international.
Omar Amiralay - Syrie
À l’heure où les institutions nationales arabes sont incapables de remplir leur mission, il faut reconnaître le rôle de premier plan que joue l’Europe en apportant son soutien à l’innovation dans le monde arabe. Cependant, un dialogue fructueux et équilibré n’est pas envisageable tant que l’une des parties aura besoin de l’autre, d’autant plus qu’il est très difficile d’ignorer les orientations politiques des bailleurs de fonds tels que les fonds européens de soutien. Quant aux normes du marché, elles peuvent diverger complètement d’un État européen à un autre, voire même d’un pays scandinave d’Europe du Nord à un pays d’Europe du Sud.
Abdelhaï Laraki - Maroc
Habituellement partenaire minoritaire dans la coproduction cinématographique, le Maroc peut aujourd’hui assurer la production exécutive après avoir codéveloppé le projet artistique et apporté une partie du financement. Nous, Marocains, restons titulaires des droits sur notre territoire et d’une quote-part à l’international. Si la coproduction a fait ses preuves, je crois que l’accent doit être mis désormais sur une coopération renforcée au service de la vie du film créé, afin que le dialogue établi en phase de production ne se rompe pas une fois le film achevé. Nos efforts doivent porter sur la distribution coordonnée et soutenue de nos films (par exemple, aide au doublage des films, aide pour le tirage des copies et la publicité) pour une circulation efficace dans l’espace euro-méditerranéen.
Moncef Dhouib - Tunisie
Pour qu’elle devienne outil de dialogue, la coproduction doit dépasser la simple participation financière à un projet et faire sienne la tâche de porter le produit de l’esprit aux publics. La coproduction entre les pays des deux rives se fait souvent dans un seul sens. On voit rarement un pays du Sud participer à la production d’un film du Nord. Dans ce cas, le dialogue prend forme de monologue. Coproduire est un bon début de dialogue. Mais s’il n’est pas suivi de distribution, il demeure un dialogue de sourds. Pour dialoguer, il faut savoir écouter l’autre.
Elia Suleiman - Palestine
Il est vrai que l’aspect matériel est important. Il m’est toutefois difficile de croire qu’il peut générer un véritable dialogue. Au contraire, je pense que seule la qualité d’un travail ou d’une œuvre en est capable. Le financement est un piège, d’autant plus que les bailleurs de fonds sont en général d’anciens pays colonialistes qui, aujourd’hui, apportent leur soutien à des projets dans leurs anciennes colonies. Si le producteur peut choisir de financer tel ou tel projet, le réalisateur, quant à lui, peut, consciemment ou inconsciemment, choisir de refléter une réalité ou une fiction qui plaise à son producteur. Un dialogue culturel est un véritable duo : pourquoi alors ne pas présenter les travaux de réalisateurs européens dans nos pays? J’ai bien peur qu’il faille malheureusement attendre longtemps avant de savoir chanter en duo.
(Cahiers Euromed, 2005)
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Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie









Il est vrai que le cinema ouvre le dialogue et contibue à promouvoir les relations entre les nations mais ce projet Euromed qui tente de faire connaitre la culture des pays voisins de l'Europe n'est qu'une nouvelle façon de modeler la culture de l'autre et d'imposer une vision européenne car le financement obligerait la coproduction à se plier à la volonté du plus fort.