Dar al Diyafa au secours des femmes violentées

30/04/2009


Dar al Diyafa, établi à Amman et financé par l’Union européenne, a constitué un refuge à Maha, qui n’a pas trouvé un autre moyen pour échapper à la violence conjugale. Un cas parmi des centaines d’autres.


Sulafa Al Khatib - Amman, Al-Hayat

Maha ne pouvait plus supporter les cris de sa mère, qui recevait des coups de son fils aîné. Les sœurs, essayant d’intervenir, recevaient le même traitement.

Les violences répétées et les disputes quasi-quotidiennes ont poussé Maha, âgée alors de 15 ans, à fuir ce calvaire. Elle a ainsi épousé le premier prétendant afin de mettre fin à ces années de misère. Mais c’était une erreur.

« Je n’étais pas encore prête pour la vie conjugale. Que peut-on attendre de moi, moi qui ai passé toute mon adolescence entre quatre murs, dans une société patriarcale étouffante, qui isole la femme de l’environnement social ? », confie-t-elle.

Maha, trente deux ans maintenant, se remémore les exactions de son époux durant la nuit de noces, les coups et les insultes. La violence a continué durant toutes les années de mariage, alors qu’elle essayait de garder la famille unie et de conserver son foyer, ne serait-ce que pour ses trois enfants. Elle a tenté de justifier le comportement de son époux, policier, en voulant croire que ses absences répétées étaient pour des raisons professionnelles. Mais ses absences prolongées et ses excuses invraisemblables ont à la longue éveillé ses soupçons, pressentant l’existence d’une autre femme. Des doutes confirmés lorsqu’un soir, son mari rentre bras dessus-dessous avec une nouvelle épouse.

Fuites en série
Le divorce de Maha a été suivi d’une série de drames. Elle se retrouve seule avec trois enfants, le plus âgé ayant quinze ans, sans pension. Le père a continué à s’en prendre physiquement et moralement à ses enfants durant ses visites à l’appartement, situé au-dessus de celui de sa mère. Elle a ainsi pris la fuite vers le domicile familial.

Là, un autre calvaire l’attendait après la mort de sa mère. La violence sauvage touchait toujours ses sœurs qui ont décidé de prendre la fuite avec Maha. Elles se sont dirigées vers des parents temporairement. Puis elles se sont déplacées entre différentes mosquées jusqu’à arriver à un couvent accueillant des femmes en fuite.

Maha nous explique : « Nous ne pouvions plus rester après l’arrivée de notre quatrième sœur. En coordination avec les responsables du couvent, nous avons été envoyées vers la Jordanie, où nous avons trouvé refuge dans l’abri Dar al-Diyafa pour les femmes violentées, une nouvelle bouffée d’oxygène ».

Une nouvelle vie
Avec l’aide de spécialistes, Maha tente de se défaire des douleurs du passé, malgré les frontières qui la séparent de ses enfants. Elle assure que la décision de tout quitter était difficile à prendre, mais elle restait de loin préférable à une mort certaine ou à une vie familiale inexistante.

L’abri a accueilli Maha et l’a aidé à se réintégrer à la société grâce à des sessions de formation ayant pour but la réhabilitation des résidentes pour intégrer le marché du travail et l’instauration d’une atmosphère familiale en son sein. Ce dernier a été fondé par l’Union de la femme jordanienne et a été financé par l’Union européenne afin d’accueillir les femmes violentées.

La directrice du programme dans l’Union Haifa Haidar explique : « Depuis la mise en place de Dar al-Diyafa en 1999, plus de 1200 femmes toutes nationalités confondues ont été reçues avec les enfants de moins de 12 ans, soit un cumul de 137 enfants ». Elle ajoute : « Cette maison a été mise en place pour fournir un abri sûr aux femmes violentées, qui se retrouvent la plupart du temps à la rue, quand l’agresseur devient avide de violence, ou lorsqu’il cherche même à la tuer ».

Haidar souligne : « la plupart des femmes qui résident dans al-Dar subissent des violences conjugales. Par ailleurs, une partie non négligeable d’étrangères vivent dans cette institution et y passent plus de 18 mois, pour des raisons liées à la difficulté de la légalisation de leur séjour, du moment où elle est tributaire de la volonté du mari. C’est pourquoi l’amendement de la loi d’obtention de la nationalité est à la tête de nos priorités. Elle serait ainsi liée au contrat de mariage et non à la volonté du mari ».

L’Union travaille aussi à réconcilier le couple. L’abri devient ainsi la seule lueur d’espoir pour recouvrer sa dignité. Haidar ajoute : « Durant leur séjour qui varie entre un jour et deux ans, les hôtes reçoivent un soutien psychologique, une orientation sociale, une aide judiciaire, un suivi des formalités liées à la résolution de leurs problèmes et des programmes de réhabilitation visant à les intégrer dans la société ».

Maha et ses sœurs, qui résident dans al-Dar depuis plus d’un an, attendent l’aboutissement des procédures de l’Union européenne pour être accueillies dans un pays étranger. Surtout qu’un destin inconnu les attend au cas où elles sont obligées de rentrer chez elles. L’émigration reste leur seule lueur d’espoir.

N.B: Texte traduit de l’original arabe par l’équipe d’Eurojar






Vos réactions
Pamela, Liban | 30-11-2009, 01.18h

Mettre limite à la violence contre la femme commence par une volonté de la part de la femme en assurant un diplôme afin qu'elle assure un travail dans l'avenir et donc assurer sa liberté économique. Il est en outre nécessaire que la femme soit consciente que l'homme puise sa force de la faiblesse intellectuelle de la femme et de son ignorance de ses droits juridiques et sociaux. Ne faut-il pas blâmer également la société qui offre à l'homme un nombre de privilèges dont la femme en est privée? Tout cela fait de l'homme un être "raciste" qui se permet tout.