Développement humain et gestion des ressources naturelles à Chefchaouen

Sapinières, mammifères, reptiles, flore rare… 58 mille hectares dans la région marocaine de Chefchaouen font l’objet d’une attention particulière de la part de l’Union européenne et des autorités marocaines.
Nadia Ben Sellam - Rabat, Eurojar
Le cœur du parc national de Talassemtane, dans la région du Chefchaouen, conserve un des derniers spécimens d’Abies Maroccana, ou sapins du Maroc, une espèce en voie de disparition, non seulement sur le continent africain, mais aussi dans le monde. Dans cette région, le singe Macaca sylvanus, plus communément connu sous le nom de singe magot, peut encore se déplacer en toute sécurité dans les forêts du parc, pour ensuite rejoindre la multitude de grottes dans les montagnes, alors qu'il s'agit du seul macaque vivant sur le continent africain. Ce parc, d’une biodiversité remarquable, contient aussi d’autres espèces rares qui sont désormais connues et décrites dans les manuels scientifiques du pays. Il est donc tout à fait logique que ce site se transforme en réserve naturelle précieuse pour le Maroc, et qu’il soit intégré par l’UNESCO dans la « Réserve de biosphère intercontinentale de Méditerranée » (RBIM). L'unicité de cette région et la proximité avec l'Europe (seuls 14 Km séparent le Maroc de l'Espagne...), sont les facteurs qui ont induit l’Union européenne à financer des projets de développement rural dans la région depuis les années 1990, dans le but de promouvoir le développement socio-économique de la région et de lutter contre la pauvreté, tout en préservant les ressources naturelles dans une vision de développement durable. Ces projets s'inscrivent dans la stratégie de développement rural à l'horizon 2020 du Gouvernement, qui vise à encourager le développement des régions rurales du pays et à promouvoir le tourisme rural.
Depuis 1996, le Maroc adopte une stratégie pour le classement et le développement des espaces naturels, vu leur importance environnementale et naturelle, et leur rôle vital dans le développement économique et social durable des régions rurales. En application au plan directeur du Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification de 2004, le Maroc possède désormais dix parcs nationaux d’une superficie avoisinant les 750 mille hectares, dont le parc de Talassemtane, situé dans une région montagneuse pauvre et marginalisée, d’une superficie de 58 mille hectares. Le parc a été classé parmi les 154 sites d'intérêt biologique et écologique (SIBE). Il contient 1034 hectares de zones protégées. Cependant, la couverture forestière souffre d’une dégradation importante, en raison de la surexploitation des ressources naturelles, des constructions sauvages, et surtout de la culture du cannabis qui est pratiquée d'une manière illégale aux dépenses de la forêt.

Dans ce cadre, le projet « MEDA Chefchaouen » pour le développement participatif dans les régions forestières et péri-forestières (1999-2008), financé par l’Union européenne à hauteur de 24 millions d’euros, a permis de créer ou de réhabiliter les infrastructures essentielles du parc et de réaliser les outils de divulgation et information nécessaires pour promouvoir les activités du parc.
Ainsi, depuis quelques années seulement, les habitants de Chefchaouen possèdent un nouvel atout touristique dont ils sont fiers. Cela constitue un véritable défi. Monsieur Issa Moukaddem, Directeur du parc, en témoigne clairement : " le développement du tourisme rural comme levier socio-économique, le développement humain des habitants de la région et la gestion durable des ressources naturelles, ce sont autant de thèmes que le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification essaye de concilier au mieux, dans cette région déshéritée ".
Circuits touristiques
Le projet MEDA Chefchaouen vise plusieurs objectifs, y compris la préservation des ressources naturelles et culturelles du parc et le soutien au développement rural des habitants à travers des activités rentables. Dans le cadre des activités d'appui à la constitution du parc, le projet a financé la création de zones d’accueil pour les visiteurs, la mise en place d’un écomusée à l’entrée du parc, la publication d’un guide pour visiteurs, la mise en place de la signalétique du parc, ainsi que la création d’un site internet de promotion des activités du parc (www.parctalassemtane.com) qui suscite l’intérêt et l’admiration de l’internaute face à la splendeur des paysages, la richesse de la nature et la culture locale. Il détaille 7 circuits touristiques déjà disponibles au visiteur (itinéraires des randonnées et délais pour les parcourir). Le visiteur peut ainsi apprécier les vues panoramiques, les grottes, les sommets et les versants des montagnes en calcaire, dont le « Pont de Dieu », un des sites naturels les plus appréciés, suspendu à près de 60 mètres au-dessus de l’Oued Farda.

Une des réalisations du projet MEDA Chefchaouen est la mise en place d’une importante base de données, classée selon les espèces forestières du parc. Elle répertorie 1380 espèces de flore, notamment 11 catégories principales d’arbres, 26 spécimens très rares, 37 espèces de mammifères, 30 genres de reptiles, 104 espèces d’oiseaux nicheurs, dont un grand nombre en danger de disparition.
Les populations locales ont également bénéficié de la promotion de nombre d'activités génératrices de revenu, notamment l’apiculture, la cuniculture et l’élevage caprin, la production des fromages, les activités artisanales, comme le tricotage des écharpes caractéristiques de la tenue vestimentaire de la femme rurale. Abdelilah Tazi, responsable de l’Association Talassemtane pour l’environnement et le développement (ATED) explique que « le projet a permis la construction d’un centre rural pour les femmes. Actuellement, près de 60 dames et jeunes filles en profitent ». Cette association a contribué de même, en sa qualité de partenaire du projet, à d’autres chantiers réalisés en partenariat avec les autorités locales, dont la formation des techniciens, des cadres agricoles et forestiers et le balisage des circuits touristiques. Mais l’activité inédite, selon l’association, est l’éducation environnementale destinée aux jeunes. Elle a jusque-là bénéficié à plus de 800 élèves dans les écoles rurales et urbaines de la région du parc. Ces jeunes ont été initiés aux spécificités écologiques du parc, ainsi qu'aux risques auxquels il est confronté, notamment pour ce qui est des incendies, de la déforestation et des impacts du changement climatique.
N.B: Texte traduit de l’original arabe par l’équipe d’Eurojar
Consulter la fiche projet: Développement participatif des zones forestières et péri-forestières de la province de Chefchaouen (Maroc)

Comme d’habitude, je ne comprends pas pourquoi les marocains détestent leur patrimoine, ce phénomène pourtant saute aux yeux quand ils sont devant un étranger surtout, cela crée un rejet chez eux envers tout ce qui est local! Prenons ici le cas de Talassamtane. Ce nom n'est pas juste, il est détourné pour cacher la réalité de ce pays et son vrai origine. Tala = source en amazigh. samtane est créé pour remplacer samdane = frais, toujours en amazigh, ainsi on obtient le mot exact et vrai en amazigh: talassamtane = talaissamdane, la source fraîche, là ou il y a de l'eau froid, surtout en été et vous dites que vous œuvrez pour le développement! Pourquoi vous voulez enterrer ce facteur: l’amazighité du pays?
L’arganier doit bénéficier de son tour. Car c’est l'environnement et c’est le risque de perdre un patrimoine mondial unique et bénéfique, s’il n’y aura pas de réaction à travers cet arbre avant qu’il ne soit trop tard.
Chefchaouen... « Chaouen » ou « Xaouen »... la ville arabo-berbéro-andalouse par excellence... un métissage authentique sur la terre du royaume chérifien que l'Histoire nous a offert... Ville sainte et mystérieuse, d'une dimension artistique et culturelle : visitée par Garcia Lorca et Nizar Kabbani... une ville du XVe siècle qui a vécu des moments dur au cours du dernier siècle et qui mérite une attention particulière... Merci infiniment projet MEDA
Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie









Nombreux sont les projets qui visent à préserver les ressources naturelles et créer des sites d'intérêt biologique et écologique. Ces projets sont souvent réalisés dans des régions pauvres et marginalisées dans le monde rural de notre pays et la condition de la femme est loin d’être favorable (taux de mortalité maternelle estimé à 267 pour 100.000 naissances [2003/2004]. La femme dans le monde rural est au centre de la vie de la communauté ; elle prend en charge plusieurs tâches au quotidien, en plus des tâches domestiques; elle remplit ses devoirs qui n’appellent pas forcement à des droits et encore moins à une reconnaissance. Ceci implique que la femme doit être intégrée dans toute vision qui a pour objet la préservation des ressources naturelles et le développement durable pour se garantir toutes les chances de réussite.