Coopération universitaire poussée entre l’UE et l’Algérie

31/05/2009


Le partenariat euro-algérien relance la coopération dans le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur entre les deux rives de la méditerranée. Une pièce maîtresse dans ce partenariat qui avance malgré les crises épisodiques.


Basma Karasha - Alger, Al Hayat

La coopération entre l’Union européenne et l’Algérie dans les domaines de l’enseignement universitaire et la recherche scientifique a ouvert un nouveau chapitre dans les relations entre les chercheurs européens et algériens. En effet, la rupture, ayant duré plus de dix ans, avait pour raison la situation interne en Algérie. Cette dernière a dû consacrer ses efforts à combattre les violences internes, et résoudre les conflits politiques qu’elles ont engendrés. Loin d’être à l’abri des retombées de cette situation, les universités en Algérie ont connu une crise sévère suite à l’émigration massive des enseignants universitaires et le manque de ressources financières. Ces facteurs ont été à l’origine de la régression du niveau de l’enseignement académique et du retard accusé par la recherche scientifique en Algérie. De même, cette crise s’est accompagnée de l’incapacité des établissements universitaires à assumer le rôle de vecteur des connaissances en Algérie.

Formation stérile contre formation utile
L’Algérie œuvre actuellement pour permettre aux établissements universitaires de retrouver leur rôle de moteur essentiel du développement et de pierre angulaire de la société dans son élan vers l’avenir, par l’amélioration du niveau de l’enseignement et de la formation, et par l’usage des ressources nécessaires pour la réalisation de cet objectif. Dans ce cadre, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a lancé une série de réformes, prenant en compte les exigences sous-entendues tant sur le plan local qu’international. Par ailleurs, le ministère a opté, depuis 2004, pour un abandon progressif du concept de « formation stérile » au profit de la notion de « formation utile », imposé par les changements économiques internes et la mondialisation.

Plusieurs officiels algériens perçoivent l’adoption du concept d’« économie de connaissances » comme susceptible de résoudre à l’avenir le problème du chômage des diplômés universitaires, qui constituent près de 11 pour cent du nombre total des demandeurs d’emploi dans le pays. Ces officiels misent par conséquence sur le développement des compétences individuelles pour accroître la compétitivité des Algériennes et Algériens sur les différents marchés.

Ces développements en matière de réforme ont suscité l’intérêt de l’Union européenne, qui a décidé de soutenir l’Algérie dans ses efforts en facilitant son accès aux ressources nécessaires pour la réalisation de ses projets. Le programme intitulé « Fenêtre de Coopération Externe », connu sous le nom d’ « Erasmus Mundus », est un outil efficace permettant à des dizaines d’enseignants et d’étudiants de voyager en Europe et d’entrer en contact avec les académiciens dans différentes universités européennes.

200 bourses
Dans une interview accordée au quotidien « Al-Hayat », M. Adoud Abdelkader, responsable du « Campus Numérique Francophone », a affirmé que « 200 bourses d’enseignement et de formation s’étendant sur une période de trois ans ont été attribuées aux enseignants et étudiants dans trois universités algériennes (Constantinople, Annaba, Bejaia). Des relations de coordination ont également été établies entre l’Université de Montpellier (France) et l’Université de Bejaia. L’Union européenne a consacré cinq millions d’euros pour ce programme qui couvre divers établissements universitaires au Maroc et en Tunisie ».

Un grand nombre d’étudiants s’est montré favorable au programme Erasmus. Khaled, étudiant en médecine, estime que ce programme permet aux étudiants algériens de tirer profit des avancées européennes. « Certains pensent qu’un énorme fossé nous sépare et qu’il est difficile aux Algériens de concrétiser les connaissances acquises en Occident. Néanmoins, je considère que l’Europe représente un des fleurons des sciences modernes et que toute personne recevant une formation sur le continent européen ne peut qu’en bénéficier. », a-t-il souligné.

Rima, doctorante en biologie, affirme pour sa part qu’elle n’a pas entendu parler du programme Erasmus en tant que tel, mais plutôt de bourses octroyées dans le cadre du partenariat avec l’Union européenne. Elle cherchait à obtenir une bourse universitaire pour son doctorat. Cette étudiante considère que l’Europe est la meilleure destination pour atteindre cet objectif en raison entre autres du facteur langue, de la méthodologie adoptée. Malheureusement, « il est difficile aux étudiants européens de venir en Algérie pour poursuivre leurs études en raison des conditions du séjour universitaire dans notre pays et de l’incompatibilité des cursus et du niveau d’enseignement entre l’Algérie et l’Europe », a-t-elle estimé.

Immigration sélective
Pour Sayed Ali, étudiant en droit, ces programmes « permettent également à l’Europe de bénéficier des compétences des étudiants algériens, pouvant ouvrir la voie à une nouvelle vague d’immigration sélective ». L’Union européenne a ainsi prévu quelque 30 millions d’euros pour le programme « Marie Curie » qui s’inscrit dans le « Septième Programme-Cadre pour le Développement », et qui vise à soutenir le capital humain.

Par ailleurs, la coopération entre l’Algérie et l’Union européenne s’est matérialisée par plusieurs autres programmes, notamment « L’initiative pour la Société de l'Information Euro-méditerranéenne» (EUMEDIS), le « Programme de Coopération Transfrontalière et Transnationale » (INTERREG III – Médoc), le « Programme Européen pour l'Enseignement Supérieur » (TEMPUS), le « Septième Programme-Cadre pour la Recherche et le Développement », et le « Programme de Soutien pour les Réformes de l’Enseignement Supérieur ».

Selon certains observateurs, le « Programme de Soutien pour les Réformes de l’Enseignement Supérieur » en Algérie, financé à hauteur de 30 million d’euros par l’Union européenne, représente de loin le projet de partenariat le plus important entre l’Union européenne et l’Algérie. Ce programme quadriennal, qui s’étend jusqu’en 2013, est composé de deux volets principaux : la réforme de l’enseignement supérieur par l’adoption du système « LMD », et l’amélioration de la qualité de la formation proposée par les universités algériennes.

L’Algérie a bénéficié d’autres projets consacrés par l’Union européenne aux pays méditerranéens, tels le « Programme de Partenariat Européen pour l’Enseignement Supérieur », « Tempus III » et « Tempus IV ».

Parallèlement, l’Algérie a récemment annoncé la fin du projet EUMEDIS lancé avec l’Union européenne, soulignant que ce programme a permis d’atteindre l’ensemble des objectifs escomptés.

L’Algérie a par ailleurs bénéficié, aux côtés de onze autres pays méditerranéens, d’un programme permettant de relier les réseaux de recherche dans la région euro-méditerranéenne.

Il est cependant important de souligner que l’accord de coopération scientifique et technologique entre l’Algérie et l’Europe n’a pas été signé jusqu’à présent. Néanmoins, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique a permis de mettre la question sur le tapis grâce aux discussions tenues à ce propos, en 2004, avec la Commission européenne.






Vos réactions
BELKHIR Nabil, Algérie | 01-04-2010, 14.46h

En fin la relance de coopération bilatérale entre UE et l'Algérie dans le domaine de la recherche et de l'enseignement supérieur, cette convention tant que plusieurs étudiants l'attendent, cet acte considéré comme un élan envisageable qui va toucher non pas le domaine universitaire seulement, mais également d'autre domaines, cette convention qui va détruire les parois culturelle entre UE et l'Algérie

Qassem Laouira, Algérie | 25-03-2010, 09.34h

Peut-être le problème ne réside pas dans la qualité de la formation universitaire ou la qualité des certificats présentés, mais dans le mental bien établie dans l'esprit des jeunes Algériens, une migration «mentale» signifie que chaque jeune personne obtient un diplôme d'études collégiales, première chose, c'est la pensée de la migration vers l'Europe ou les États-Unis ou du Golfe. Mais ne peut pas négliger le rôle de l'État, l'emploi n'est pas disponible. Par conséquent, la responsabilité de l'État est évidente, parce que la fuite des cerveaux n'est pas venue du néant, mais était «le résultat de l'impasse et la médiocrité.

Ahmed Saïfi Benziane, Algérie | 21-08-2009, 10.46h

S'il est vrai que la coopération euro-méditerranéenne a permis un bonne mise à niveau de nombreux universitaires algériens, les modes de gestion des universités restent statiques et méritent une nouvelle dynamique de management. Certains établissement ont réussi à passer au cap de la certification des diplômes et se sont alignés sur les normes européennes. L’envers de la médaille se traduit inévitablement par ce qu'il est convenu d'appeler la « fuite des cerveaux » par défaut d'absorption des compétences au plan local, phénomène favorisé par l’immigration positive » notamment concernant les chercheurs. Cela ne veut en aucune façon dire que l’Algérie est désertée par tout le monde. La question centrale qu’il y a lieu d’élucider consiste à s’interroger sur la persistance du rêve du « partir ailleurs » et de ses retombées aussi bien sur l’Algérie que sur l’Europe particulièrement en période de cris économique. De ce côté-ci de notre mer commune tout reste pourtant à faire. Ou à refaire.