Comment la Grande Bleue devint noire



 La Méditerranée est confrontée à d’énormes défis démographiques, écologiques, économiques ou encore culturels. A moins d’une action concertée, cet espace pourrait subir des dommages irréversibles au niveau environnemental. Mais pas seulement.

La Méditerranée est bordée par vingt-deux pays répartis entre Nord et Sud, tous responsables de la préservation de ce patrimoine commun. Alors que de nombreuses divergences les opposent, il semble urgent de trouver un terrain d’entente pour que la Méditerranée, déjà transformée en décharge, ne subisse des dommages irréversibles.

Les livres d’histoire s’accordent à enseigner que la Méditerranée est le « berceau des civilisations » et le « centre du monde ». Cependant, de nombreux chercheurs et analystes la surnomment aujourd’hui la « mer des divergences » : ses habitants sont en effet à la fois les plus riches et les plus pauvres de la planète. Le revenu annuel des habitants du Nord est 26 fois supérieur à celui des habitants du Sud. Elle a également été le témoin de véritables bouleversements démographiques. Jusqu’en 1950, la Méditerranée comptait 212 millions d’habitants (deux tiers au Nord et un tiers au Sud). En 2000, elle en comptait 440 millions et les pronostics prévoient 600 millions d’habitants pour 2025 (deux tiers au Sud et un tiers au Nord). Il en est de même pour les divergences culturelles (production de livres, taux d’alphabétisation….). Les accords de partenariat Euromed ont-ils pris en compte toutes ces données et divergences ?

Le défi écologique d’abord
L’urbanisation galopante est une raison majeure de la pollution de la Méditerranée. Le nombre de villes est passé de 100 en 1900 à 200 en 2000 avec pas moins de 300 millions d’habitants. Ces citadins sont une des principales causes de la pollution, mode de vie urbain et consommation obligent. La pollution maritime n’est en rien moins dangereuse que la pollution terrestre. D’après les dernières études, plus de 70 mille bateaux et cargos sillonneraient aujourd’hui les eaux de la Méditerranée. 30 % des pétroliers de la planète la traversent, sans parler des 650 mille yachts et autres bateaux de plaisance. D’après les organisations internationales, huiles, graisses et fuites de pétrole totaliseraient environ 2 600 tonnes déversées quotidiennement dans la mer !

Plus de 80% des eaux usées sont déversées sur le littoral de la Méditerranée (long de 50 mille km) sans être traitées. Il faut y ajouter les déchets industriels liquides et toutes sortes de déchets solides rejetés par les bateaux. La liste est longue. Le tourisme grandissant constitue également une source de pollution : surconsommation de l’eau, salinisation ou épuisement des ressources hydrauliques dans certaines régions, augmentation des déchets solides et liquides, surconsommation de l’énergie…

Il est vrai que protocoles et accords sont d’ores et déjà mis en place pour la Méditerranée, notamment ceux de Barcelone qui datent de 1976. Mais ils ne sont ni suffisants ni bien respectés. Quant aux accords de partenariat, ils n’ont pas accordé à la question environnementale toute l’importance qu’elle mérite et n’ont mis en place aucune stratégie de prévention ou de protection. Encore une urgence !

Habib Maalouf
Président de l’Association Libanaise pour l’Environnement et le Développement
(Cahiers Euromed, 2005)






Vos réactions
Antoine Karam, Liban | 25-08-2009, 17.20h

« La pollution maritime n’est en rien moins dangereuse que la pollution terrestre »... effectivement, mais je pense qu'il y a beaucoup plus d'enjeux économiques liés à la pollution maritime, ce qui rend la résolution de ce problème encore plus complexe : transport de pétrole, etc. Je pense donc qu'il serait plus judicieux de consacrer plus d'efforts (pour le moment) pour la résolution des problèmes de pollution terrestre... Je pense de même qu'il est plus facile de mobiliser nos citoyens pour agir en faveur de la pollution terrestre avant qu'il ne soit trop tard.

Mira | 22-05-2009, 16.33h

L’environnement doit occuper une plus grande place dans les politiques de l’Union européenne dans le partenariat. Plutôt que de financer la mise en place d’infrastructures à hauteur de centaines de millions d’euros, une grande partie de ces sommes devrait être allouée à la réhabilitation écologique