C’est pour quand une Méditerranée en paix ?
Les développements économiques et politiques enregistrés en Méditerranée depuis la déclaration de Barcelone sont davantage positifs que négatifs. C'est vrai. Mais beaucoup reste à accomplir. La perspective en bref.
La déclaration de Barcelone lancée en 1995 n’a pas été conçue dans le cadre d’un programme de réforme. Voilà pourquoi elle ne pouvait pas jouer le rôle de catalyseur, contrairement au processus d’adhésion à l’Union européenne, où "réforme" était le mot-clé.
La déclaration de Barcelone était un pense-bête rédigé par des diplomates bien intentionnés dans le cadre de négociations compliquées entre l’Europe, ses partenaires arabes et Israël. Elle fut approuvée par des chefs de gouvernement qui se contentèrent d’une déclaration bien rédigée sans pour autant réaliser comment parvenir au triple objectif de paix, de stabilité et de prospérité dans la région. Ainsi, la déclaration pouvait-elle tout au plus devenir un document général auquel citoyens et hommes politiques pouvaient se référer lorsqu’ils chercheraient à mettre en place réformes et changements.
Si nous jetons un regard sur les développements économiques et politiques dans la région de la Méditerranée, nous y constaterons plus d’éléments positifs que négatifs.
- Premièrement, citoyens et gouvernements sont à présent conscients de la nécessité d’instaurer des réformes politiques. Certains pays ont d’ores et déjà pris les mesures qui s’imposent. Le Liban, la Turquie, la Jordanie et le Maroc sont dans le peloton de tête des réformes politiques, légales et judiciaires. Les autres pays n’auront d’alternative que de les suivre. De plus, grâce aux médias, tous les citoyens du monde arabe sont à présent au courant de tout ce qui se passe dans les pays avoisinants.
- Deuxièmement, le niveau de corruption est devenu en quelque sorte supportable, notamment dans le groupe des pays de la Méditerranée qui sont le mieux intégrés à la communauté internationale. La Jordanie et la Tunisie sont en tête de file dans la lutte contre la corruption dans la région.
- Troisièmement, la croissance démographique a considérablement ralenti. Les possibilités pour le marché du travail pour 2015-2020 semblent plus prometteuses, sauf pour la Jordanie, la Palestine et l’Égypte qui devront redoubler d’efforts afin de diminuer les taux de fécondité excessifs.
- Quatrièmement, les revenus par personne ont augmenté dans tous les pays de la région à l’exception de la Palestine. Malheureusement, seuls trois pays (la Tunisie, le Liban et l’Égypte) ont réussi à parvenir à une augmentation annuelle de 3 %, réduisant ainsi le fossé qui les sépare de l’Europe.
- Cinquièmement, la stabilité économique est désormais mieux ancrée que jamais dans la région, sauf au Liban.
L’Europe peut-elle aider ?
Enfin, la Méditerranée a été épargnée : il n’y a pas eu de conflits militaires ouverts dans la région. Il est vrai que le conflit israélo-palestinien et le conflit algéro-marocain pour le Sahara occidental perdurent. Cependant, il n’y a pas eu de combats, de pertes matérielles ou de pertes de vie importantes comme en Irak. Néanmoins, le budget militaire de la région demeure trop important (par rapport au PIB) : le double de celui de l’UE ! Le Liban, la Jordanie et la Syrie continuent à consacrer plus de fonds aux dépenses militaires qu’à l’éducation ! Cette méthode n’est pas exactement la meilleure cure de mise en forme pour la compétition internationale et l’accès à une meilleure qualité de vie pour le citoyen moyen. Somme toute, le tableau n’est pas aussi sombre que d’aucuns voudraient le penser. Il faudrait cependant se rendre à l’évidence : comme le monde autour de la Méditerranée a fait un grand pas en avant en termes de développement économique et sociopolitique, la région s’est donc retrouvée à la traîne.
L’Europe peut servir d’exemple dans sa manière de gérer les réformes. Ces dernières ne peuvent pas être calquées aveuglément. Avant de les mettre en place, les parties devraient observer attentivement comment d’autres ont procédé avant eux pour résoudre des problèmes semblables aux leurs. L’Europe est la région du globe qui a mis en place le plus de réformes au cours des dernières années. Cela s’applique tout particulièrement aux nouveaux États membres. C’est là que les pays de la Méditerranée peuvent puiser l’inspiration pour leurs réformes politiques et non pas chez les anciens États membres.
Pour l’Europe, les réformes politiques et économiques dans les pays voisins sont une question d’intérêt vital. L’Europe ne peut se sentir en sécurité à moins que les citoyens en dehors de ses frontières ne jouissent de conditions de vie décentes : de bonnes opportunités de travail dans leur propre pays leur éviteront de considérer l’Europe comme un « paradis sur terre », objet de toutes les convoitises et destination de rêve. L’Europe a bien compris ce message. Sa récente politique de bon voisinage en est la preuve. Mais afin de parvenir à des résultats probants dans une marge de temps raisonnable, l’Union doit investir davantage de ressources humaines, politiques et financières dans les pays de la Méditerranée qui seraient prêts à entreprendre des réformes significatives. Un véritable engagement similaire à celui dont nous avons été témoins en Europe centrale devrait être le mot d’ordre dans les pays de la Méditerranée, même si devenir un État membre de l’Union n’est pas une possibilité envisageable.
Eberhard Rhein
Conseiller au Centre de la politique européenne à Bruxelles
(Cahiers Euromed, 2005)

Vos réactions
Depuis quelque temps, nous assistons aux pays méditerranéen à un éveil associatif, médiatique et même politique très important autour de la citoyenneté. Que signifie la citoyenneté, est elle un concept que nous pouvons apprendre aux autres, au jeunes spécialement, et par quel moyen pouvons nous réellement arriver à avoir un impact sur le comportement de chacun pour qu’il devient un meilleur citoyen. Le rôle de la famille est déterminant dans le faire valoir de la citoyenneté avant toute action de sensibilisation à l’égard des jeunes. Mais Avons-nous pensé à sensibiliser les parents, les faire adhérer aux activités de citoyenneté?
A propos de: Eurojar Episode 28: Responsabiliser la jeunesse méditerranéenne
Je me réjouis de cette nouvelle. L'Emir Abdelkader, grand homme de savoir, de paix et surtout de progrès aurait été certainement ravi de voir son ancienne demeure servir les causes pour lesquelles il se battait: l'éducation, l'échange entre les cultures et le progrès dans toutes ses formes.
Certes, les murs de cette maison sont lourds d'histoire et un musé aurait été une bonne chose mais au fond, l'Emir, homme spirituel qu'il était, avait rompu avec les choses matérielles de la vie et ce qui aurait peut-être compté pour lui c'est l'usage positif de cet endroit.
A propos de: Le palais Abdelkader se métamorphose en centre pour le développement durable
Il me semble que le mal est plus profond. Une évaluation sincère du système de formation professionnelle en Algérie donnerait des résultats très décevants.
Par ailleurs; il y a lieu d'inclure la formation professionnelle privée qui n 'est pas très encouragée, surtout dans les régions intérieures du pays. Trop de bureaucratie, de gestion médiocre, de manque de motivation des agents en charge de la formation professionnelle.
A l'image de tous les autres secteurs. Les déclarations publiques, verbales, ne suffisent pas. Il y'a lieu de se demander si l'Union européenne n'est pas en train de gaspiller de l'argent pour rien. Peut être pour des raisons politiques.
A propos de: Développement de la formation professionnelle en Algérie









La Déclaration de Barcelone demeure une déclaration d’intention, pour la paix dans une vision commune sur les plans économique, sociale et culturel. Quatorze années plus loin, les peuples de la rive Nord se sentent plus concernés par la consolidation des mécanismes de l’Union Européenne, considérant que le Sud est pourvoyeur d’immigration clandestine et d’intégrisme religieux menaçants, particulièrement en période de crise. Les peuples du Sud menacés par le chômage, la corruption et l’injustice, considèrent le Nord comme un Eden, mais ne manifestent aucun engouement particulier pour ce rapprochement du fait de leur exclusion du débat. Le reste n’est que littérature pendant que les peules se tournent le dos. Alors, une méditerranée en paix pour qui?