Aqaba, une région en plein essor

08/03/2010


A Aqaba au bord de la Mer Rouge, ASEZA a donné une impulsion sans précédent à une ville endormie. C’est une zone franche qui a pour mission de développer le Sud du pays. Après les succès du programme, Aqaba est aujourd’hui associée à de nouveaux projets européens, d’envergure régionale cette fois.


Angélique Férat - Amman, Eurojar

Aqaba, la ville du Sud jordanien, est le seul débouché maritime du pays, avec 22 km de côte faisant face à l’Egypte et Israël. En 2001, le Roi Abdullah décide la création d’une zone franche pour attirer les investisseurs. Aseza (acronyme anglais de l’Autorité de la zone économique spéciale d’Aqaba) doit gérer et développer cette région. Elle constitue en quelque sorte le gouvernement local. Sa mission se résume à faire d’Aqaba une ville créatrice d’emplois grâce au développement du tourisme, et de l’industrie portuaire.

C’est là que l’Union européenne a apporté son soutien aux efforts de développement de la région dès 2003. Un audit est réalisé pour définir les priorités. Tout était alors un peu à faire. La ville est une petite cité portuaire endormie. Un programme de coopération est signé pour les années 2003-2008, le budget est de 10 millions d’euros, visant à soutenir le développement institutionnel du tourisme dans la région, la gestion de l’environnement et de la nourriture et à mettre en place des processus de suivi et de contrôle pour les différentes entreprises de la région.



Sur le terrain, on implante un bureau d’information touristique, le premier en Jordanie ; un plan des rues d’Aqaba en anglais et en arabe est créé et imprimé. Puis l’accent est mis sur le marketing : qui attirer et comment? L’UE a donc financé la première stratégie de marché d’Aqaba, qui vise à développer le tourisme moyen et haut de gamme.

La science au secours de la réforme
L’Union européenne finance également la création d’un laboratoire d’analyse pour l’environnement et la nourriture afin de contrôler et de gérer ces deux secteurs à Aqaba, et plus généralement en Jordanie. Il permet d’effectuer des analyses sur la nourriture, d’évaluer l’impact environnemental du développement industriel dans la région et de le contrôler. Le laboratoire Ben Ayyam vérifie ainsi les cargaisons de nourriture lorsqu’elles arrivent au port et contrôle la qualité de l’air (les résultats des relevés quotidiens seront bientôt affichés en pleine ville sur un écran lumineux). Il teste aussi depuis 2008 la qualité de l’eau de mer, des piscines et de l’eau courante. Par ailleurs, la fierté des Jordaniens, c’est d’avoir réussi à obtenir la certification internationale pour 52 procédures par le biais de ce laboratoire.

Le soutien de l’Union européenne est arrivé à terme en 2008, mais dès l’année suivante, l’organisme a doublé ses revenus. «Avant, le port d’Aqaba envoyait les échantillons des cargaisons à Amman, alors que maintenant, le travail se fait sur place». Puis de local, le laboratoire est devenu national, car différents ministères et institutions collaborent avec lui. Fin 2009, il a signé des contrats avec le Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Il vérifie les cargaisons de nourriture qui vont à Gaza ou en Irak. Même si le laboratoire Ben Ayyam n’est pas encore rentable, le projet est un succès. Son budget annuel est de 2 millions de dinars. «Nous avons rempli tous nos objectifs dans ce programme de l’Union européenne, ce n’est pas forcément toujours le cas. L’UE s’est concentrée sur des besoins très précis. Elle nous a vraiment aidé à installer et développer la zone franche», selon Ayman Soleiman qui est aujourd’hui le directeur du laboratoire Ben Ayyam, mais il a été aussi le coordinateur du programme européen pour ASEZA durant plusieurs années.

Données chiffrées
Aujourd’hui ASEZA a 9 ans, Aqaba s’est indéniablement développée, son visage a changé. De nouvelles routes, de nouveaux quartiers, de nouveaux hôtels sont sortis de terre. Aqaba comptait 60 mille habitants il y a dix ans, ils sont aujourd’hui 100 mille.

Salim Maghroubi, le commissaire à l’environnement et à l’investissement, met fièrement en avant quelques chiffres : «En 2001, le gouvernorat d’Aqaba avait encore besoin de l’argent du gouvernement central pour vivre; en 9 ans, la zone a versé cent millions de dinars au trésor public à Amman. Nous avions 2000 chambres d’hôtels, nous en avons 4000, nous avons 2 universités, nos hôpitaux sont en rénovation. Nous avons attiré 18 milliards de dollars d’investissements». Les investisseurs sont surtout des Arabes, des Saoudiens, des Egyptiens ou des Libanais. Trois énormes projets de cités touristiques sont en cours. Tala Bay à l’est près de la frontière saoudienne, Saraya et Alya à l’ouest d’Aqaba. Le concept est un mélange d’appartements et de villas luxueux, un golf, un lagon, des malls, des centres de loisirs, une bonne dizaine d’hôtels 5 étoiles. «Aqaba est une porte d’entrée pour aller vers Petra et le Wadi Rum. Nous ne sommes pas en compétition avec Taba ou Charm el Cheikh en Egypte.» C’est l’analyse de Mona Hawas, ancienne directrice du tourisme et actuelle directrice des investissements.

Salim Maghrouhbi met en avant l’inscription de la ville dans d’autres projets européens à teneur régionale, comme le projet d’aménagement côtier méditerranéen. Tripoli au Liban, Gdansk en Pologne, Rabat au Maroc et Aqaba en Jordanie y participent avec la ville de Marseille en France. «Nous voulons mettre Aqaba sur la carte. Et c’est en coopérant que nous pourrons nous inspirer de l’expérience des autres.»






Vos réactions
Meriem Leghzali, Maroc | 31-03-2010, 18.39h

L’essor impressionnant qu’est en train de connaître Aqaba devrait être sérieusement encadré en prévention des dérives de travaux titanesques qui, rappelons-le, risquent d’épuiser ses ressources naturelles et, au pire, pousser à l’exode une population locale pas vraiment disposée à faire face à l’augmentation du coût de la vie en terre désormais « dubaïsée ». De nouveau par le biais de ses programmes de développement durable, l’UE est appelée à faire éviter à Aqaba le revers de la médaille à travers la protection de sa biodiversité notamment marine, la conservation de ses sites historiques et richesses archéologiques et les financements socialement responsables.