Les réponses de M. Kader Arif

  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • strict warning: Declaration of views_plugin_display::options_validate() should be compatible with views_plugin::options_validate(&$form, &$form_state) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/plugins/views_plugin_display.inc on line 1707.
  • strict warning: Declaration of views_plugin_display_block::options_submit() should be compatible with views_plugin_display::options_submit(&$form, &$form_state) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/plugins/views_plugin_display_block.inc on line 184.
  • strict warning: Declaration of views_handler_field_broken::ui_name() should be compatible with views_handler::ui_name($short = false) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_field.inc on line 590.
  • strict warning: Declaration of content_handler_field::options() should be compatible with views_object::options() in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/cck/includes/views/handlers/content_handler_field.inc on line 193.
  • strict warning: Declaration of views_handler_sort_broken::ui_name() should be compatible with views_handler::ui_name($short = false) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_sort.inc on line 82.
  • strict warning: Declaration of views_handler_filter::options_validate() should be compatible with views_handler::options_validate($form, &$form_state) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_filter.inc on line 584.
  • strict warning: Declaration of views_handler_filter::options_submit() should be compatible with views_handler::options_submit($form, &$form_state) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_filter.inc on line 584.
  • strict warning: Declaration of views_handler_filter_broken::ui_name() should be compatible with views_handler::ui_name($short = false) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_filter.inc on line 608.
  • warning: Creating default object from empty value in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/date/date/date.module on line 638.
  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • strict warning: Declaration of views_plugin_display_page::options_submit() should be compatible with views_plugin_display::options_submit(&$form, &$form_state) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/plugins/views_plugin_display_page.inc on line 479.
  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • : Function spliti() is deprecated in /home/eurojar/public_html/sites/all/themes/pev/views-view-table--partenaireslinks-view.tpl.php on line 31.
  • strict warning: Non-static method view::load() should not be called statically in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/views.module on line 838.
  • strict warning: Declaration of views_handler_field_user::init() should be compatible with views_handler_field::init(&$view, $options) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/modules/user/views_handler_field_user.inc on line 48.
  • strict warning: Declaration of views_handler_argument::init() should be compatible with views_handler::init(&$view, $options) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_argument.inc on line 735.
  • strict warning: Declaration of views_handler_argument_broken::ui_name() should be compatible with views_handler::ui_name($short = false) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_argument.inc on line 760.
  • strict warning: Declaration of send_views_handler_sort_date::options() should be compatible with views_object::options() in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/send/includes/send_views_handler_sort_date.inc on line 27.
  • strict warning: Declaration of views_handler_relationship_broken::ui_name() should be compatible with views_handler::ui_name($short = false) in /home/eurojar/public_html/sites/all/modules/views1/handlers/views_handler_relationship.inc on line 149.

M. Kader Arif, un député européen d’origine arabe, un des rares élus à Strasbourg qui symbolise ainsi une intégration sociale, mais aussi dans les cercles de décision et de législation au niveau européen, a été notre premier invité du site Eurojar pour le mois de juin. A travers 12 réponses, il donne non seulement des idées claires sur le concept d’un partenariat équitable entre le nord et le sud de la Méditerranée, mais aussi les enseignements d’un parcours atypique.

Biographie de M. Kader Arif

Né le 3 juillet 1959 à Alger, Kader Arif fait ses études à Castres puis à Toulouse (France).
• Entré au Parti Socialiste (français) en 1983, il commence à travailler pour Lionel Jospin à partir de 1989.
• Gravissant les échelons au fil des ans, il devient notamment en 1999 premier secrétaire de la fédération PS de Haute-Garonne, puis membre du secrétariat national en charge des relations internationales en 2002.
• Il est tête de liste en 2004 pour les élections européennes dans le Sud-Ouest.
• Au Parlement européen, il fait le choix de s’engager sur les thématiques qui lui tiennent à cœur et devient membre de la Commission du Commerce International, où il défend le principe d’un commerce au service du développement.
• Il est également membre titulaire de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne.
• En 2007 il est nommé rapporteur sur le projet de zone de libre-échange euro-méditerranéenne et produit une résolution votée à l’unanimité du Parlement européen.
 

Réponses de M. Kader Arif


1.La région a besoin d’une paix réelle pour lancer le développement. Quel est le rôle de l’Europe dans le soutien et le renforcement du processus de paix, surtout qu’elle est capable, grâce à son histoire, sa culture et sa civilisation, de rejeter violence et guerres au profit de la fraternité et du respect des droits de l’homme ?

Le principal objectif du processus de Barcelone, lancé en 1995 entre l'Europe et les pays riverains de la Méditerranée, était de contribuer à l'émergence d'une zone de stabilité et de prospérité partagée. Le bassin Méditerranéen était en proie à de nombreuses violences, l'apaisement des conflits était une priorité. Il faut aujourd'hui reconnaître que, malgré certains progrès, l'objectif initial n'a pas été atteint. Je souligne notamment que c'est un échec pour l'Europe de ne pas avoir su peser politiquement pour régler le conflit israélo-palestinien. Le drame humain qui se joue encore aujourd'hui, la violation persistante du droit international et la crise politique actuelle ont des répercussions sur toute la région et au-delà. De surcroît, c'est une vision sécuritaire qui a pris le pas sur toute autre relation. Cette situation est d'autant plus inacceptable que, comme le souligne à très juste titre l'internaute posant la question, l'histoire du bassin méditerranéen est riche d'exemples de stabilité, mais aussi de rayonnement scientifique et culturel mondial.

Pour toutes ces raisons, l'Union européenne, qui s'est trop longtemps tournée vers ses voisins à l'Est, doit désormais revenir vers ses partenaires méditerranéens pour les remettre au cœur de ses priorités politiques, économiques et culturelles. Nous disposons ainsi de plusieurs instruments, financiers notamment, permettant de traduire concrètement cette volonté de coopération approfondie. Au-delà de ce volet financier, je considère également que l'Union européenne doit saisir l'opportunité de la Présidence de Barack Obama pour appuyer enfin une solution au conflit israélo-palestinien, sur la base d'une solution à deux Etats souverains et viables, de la fin de la colonisation et du respect du droit international.

En outre, j'aimerais souligner l'importance de l'Assemblée Parlementaire Euro-méditerranéenne (APEM), au sein de laquelle j'ai la chance de siéger depuis cinq ans, et qui constitue la réelle dimension parlementaire et démocratique de notre partenariat. L'APEM nous rappelle que la Méditerranée est notre mer commune, et que nous devons redoubler d'efforts pour construire un futur de paix basé sur la solidarité, le respect mutuel et la reconnaissance de l'autre.


2. Monsieur Kader Arif pense-t-il qu’il serait possible de bâtir un partenariat efficace entre l’Europe et le monde arabe, à l’heure où les pays arabes sont incapables de construire des relations de confiance entre eux-mêmes ?

Non seulement un partenariat entre le monde arabe et l'Europe est possible, mais il est indispensable. En 2007, le Parlement européen a adopté une résolution intitulée "Réformes dans le monde arabe : quelle stratégie pour l'Union européenne" (réf : P6_TA(2007)0179) et dont le rapporteur était Michel Rocard. Dans ce texte, le Parlement européen reconnaît certes que les réalités tant politiques que religieuses ou sociologiques varient d'un pays à l'autre, et que les nationalismes étatiques ont été un frein considérable à l'unité arabe, mais qu'il est néanmoins nécessaire de donner "un nouvel élan au partenariat de l'UE et des Etats membres avec le monde arabe dans sa globalité." Le texte de la résolution souligne notamment qu'il importe "d'instaurer un cadre au sein duquel puisse se tenir, en toute liberté, un dialogue ouvert entre les différentes composantes des sociétés arabes, de telle sorte qu'un véritable processus de réforme s'épanouisse de l'intérieur."Alors que l'approche actuelle tend davantage à privilégier les relations bilatérales entre l'UE et chaque pays ou groupe de pays, il faut privilégier un renforcement de nos relations avec les organisations régionales existantes (Ligue des Etats arabes, Conseil de coopération du Golfe, Union du Maghreb arabe qui doit être revitalisée), tout en approfondissant la coopération avec les acteurs de la société civile, dont l'engagement notamment en faveur des droits fondamentaux doit être soutenu. Enfin, l'Union Européenne doit agir pour faciliter l'intégration politique et économique des pays arabes, promouvoir la démocratie mais aussi intensifier le dialogue culturel dans le cadre d'un partenariat rénové, fondé sur la compréhension et la confiance mutuelles, le respect des pratiques sociales et culturelles et la crédibilité de l'autre.

3. Comment faire pour pouvoir vivre et travailler en France ?


Les conditions à remplir pour venir vivre et travailler en France varient en fonction du pays d'origine. En effet, dans le cadre de la politique européenne de voisinage (PEV), l'Union européenne négocie avec chaque pays méditerranéen des accords bilatéraux qui contiennent des dispositions différentes en fonction du degré de coopération négocié. Des informations détaillées comprenant notamment la liste des procédures à suivre sont disponibles sur le site du Ministère des Affaires Etrangères français.

Au-delà de ces considérations pratiques, j'aimerais également souligner l'importance de mener une réflexion approfondie des liens entre migration et développement et de réorienter les politiques migratoires nationales et européennes en ce sens. Dans le cadre de la future zone de libre échange euro-méditerranéenne, je considère ainsi que l'on ne peut autoriser la libre circulation des marchandises et des capitaux sans envisager également l'introduction graduelle et conditionnée de la libre circulation des travailleurs, et ce même si les conditions ne sont pas encore réunies. Il est par ailleurs urgent de créer les modalités juridiques et administratives susceptibles de faciliter l'octroi des visas, notamment pour les acteurs du partenariat euro-méditerranéen, les étudiants, les universitaires et les acteurs socioéconomiques.

A l'inverse de la vision sécuritaire qui prédomine aujourd'hui, nous défendons la gestion solidaire, coresponsable et intelligente des migrations, afin d'éviter toute fuite des cerveaux tout en promouvant les échanges et les enrichissements mutuels.

4. Quels sont les moyens les plus adéquats pour que le commerce avec l’Union européenne soit libre ?


La liberté du commerce est une chose, mais elle ne doit pas s'imposer à n'importe quelle condition. En tant que membre de la commission du commerce international au Parlement européen, j'ai toujours défendu que la libéralisation du commerce n'est pas une fin en soi, que l'objectif n'est pas celui d'un commerce libre, mais celui d'un commerce juste et au service du développement.

En effet, il existe malheureusement trop d'exemples où l'ouverture des marchés entre deux partenaires inégaux a déstabilisé les structures productives et l'emploi chez la partie la plus faible. Or, nous savons que l'écart de développement entre l'Union européenne et les pays du Sud de la Méditerranée est encore trop élevé, et que plusieurs secteurs industriels et agricoles chez ces derniers ne résisteraient pas à une concurrence directe avec les entreprises européennes, plus compétitives et plus subventionnées. De ce fait, s'il est vrai que les pays méditerranéens ont des avantages concurrentiels sur certains secteurs, notamment les services, il faut également garder à l'esprit le besoin de protection de l'agriculture (encore très fragile et majoritairement constituée de petites exploitations familiales) et de l'industrie, en évitant de reproduire les erreurs passées sur le textile par exemple (dont on a encouragé le développement dans le bassin méditerranéen sans anticiper l'arrivée massive de textile chinois par la suite). Je rappelle également qu'il faut maintenir la distinction essentielle entre services en général et services publics, ces derniers devant être maintenus hors du cadre de libéralisation afin de garantir notamment le principe de service universel.

En 2007, j'ai rédigé un rapport au Parlement européen sur le projet de zone de libre échange euro-méditerranéenne, que la Commission européenne voulait rendre effective dès 2010. Déjà à l'époque, j'avais alerté sur le fait que cet objectif n'était ni réaliste ni souhaitable, notamment du fait de l'impréparation des économies du Sud de la Méditerranée à entrer en concurrence brutale avec les économies européennes. Aujourd'hui, si la réalisation de cette zone de libre échange reste un objectif à terme, il est clair que le chemin est encore long pour y parvenir. Il faudra d'abord régler le problème des obstacles au commerce entre pays du Sud de la Méditerranée, renforcer l'intégration régionale, appuyer davantage la diversification et la modernisation de l'économie et enfin obtenir des garanties suffisantes en termes de protection de l'emploi au Sud. Pour cela, les instruments existent, mais ils doivent être renforcés, et surtout un nouvel élan politique doit être donné au partenariat euro-méditerranéen, sur la base d'un dialogue renforcé entre partenaires placés sur un pied d'égalité.

5. Pensez-vous que l’Europe est prête pour un vrai partenariat, industriel et technologique, avec le monde arabe, le but étant de s’entraider pour éviter d’éventuelles crises financières et d’assurer une sécurité économique et sociale pour les deux parties ?


Le monde arabe est très vaste, allant du Maghreb au Golfe Persique, en passant par le Machrek et le Proche-Orient. Cela représente un grand nombre de partenaires, dont les réalités et les objectifs répondent à de logiques différentes. Aujourd'hui, l'Union européenne négocie séparément avec plusieurs ensembles économiques : les pays méditerranéens dans le cadre de la Politique européenne de voisinage, les pays du Conseil de Coopération du Golfe, et individuellement avec des pays comme la Turquie, l'Iran ou l'Irak.

Ces négociations se mènent séparément, et il est positif qu'elles permettent ainsi la constitution de sous-ensembles régionaux intégrés. Dans le cas du bassin méditerranéen, la vision que j'ai défendue dans mon rapport sur la future zone de libre échange euro-méditerranéenne est précisément celle du véritable partenariat industriel et technologique évoqué dans la question. En effet, la libéralisation du commerce n'a de sens que si elle s'accompagne d'une démarche constructive pour que les deux partenaires tirent des bénéfices réels de l'ouverture de leur marché. Pour donner quelques exemples d'instruments efficaces allant dans ce sens, je citerais la définition de règles d'origine qui encouragent la coopération Sud-Sud dans la production de biens destinés au marché européen, la simplification des procédures douanières, la modernisation des systèmes financier et bancaire, la compensation des pertes de revenus douaniers, la facilitation de l'accès au crédit, la participation accrue des pays méditerranéens aux programmes-cadres de recherche européens, ou encore la multiplication des échanges universitaires entre les deux rives de la Méditerranée.

Bien entendu, l'ensemble de ces réformes devra également s'accompagner d'une amélioration des conditions de travail, notamment via la ratification des normes internationales en matière de travail décent, ainsi que d'avancées sociales importantes pour les travailleurs méditerranéens. L'Union européenne, qui doit prendre en compte ces éléments non commerciaux dans les négociations sur la future zone de libre-échange, a également la responsabilité d'accompagner ces réformes par un soutien technique, humain et financier accru ainsi que par la facilitation de l'accès aux fonds de l'Instrument Européen de Voisinage et de Partenariat.

6. Le processus de Barcelone a avancé laborieusement. L'Union pour la Méditerranée démarre laborieusement également. Ne pensez-vous pas que deux initiatives brouillent le message et êtes-vous optimiste quant à l'avenir de ces deux initiatives ?


Lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé avec fracas la création de ce qui s'appelait à l'époque "Union méditerranéenne", sans consultation de nos partenaires ni méditerranéens ni européens, les blocages et oppositions n'ont pas tardé à fuser. Très vite, j'ai alerté sur le fait que cette initiative n'avait probablement pour seul but que de relancer l'hégémonie française en Méditerranée, sans considération des mécanismes existants, et en particulier du Processus de Barcelone. Certes, près de 15 ans après son lancement, ce cadre de coopération n'a pas produit des résultats à la hauteur de son ambition initiale. Néanmoins, ce processus et les institutions qu'il a créées, en particulier l'Assemblée Parlementaire Euro-Méditerranéenne, fixent le cap de notre partenariat avec une vision globale fondée sur 3 piliers de coopération : politique, économique, et culturel et humain. La Politique Européenne de Voisinage est venue ajouter à cette dimension multilatérale des accords d'association bilatéraux, complément nécessaire mais augmentant il est vrai la complexité du schéma de la coopération euro-méditerranéenne.

A l'ensemble des instruments existants est venue se greffer l'Union pour la Méditerranée (UpM), proposant une approche par projets. L'idée aurait pu séduire, si elle n'était entachée d'autant de revers. D'abord, la lourdeur institutionnelle : comment justifier le coût et la complexité supplémentaires qu'impliquent la création du secrétariat de l'UpM et de ses différentes instances? Ensuite, l'illusion que des projets concrets permettent d'occulter tout problème politique : faut-il rappeler que tout le fonctionnement de l'UpM est totalement bloqué depuis l'intervention israélienne à Gaza? Enfin, une question concrète, et non des moindres : quid du financement? A l'origine, Nicolas Sarkozy avait annoncé que les fonds privés seraient mobilisés en priorité. Mais dans un contexte de crise économique, comment convaincre les investisseurs de s'engager sur des chantiers aussi vastes que la dépollution de la Méditerranée ou la création d'autoroutes de la mer alors qu'il n'existe aucun cahier des charges et aucune visibilité sur les possibles retours sur investissement? Résultat, non seulement ce sont d'abord les fonds européens qui ont été mobilisés, et sur les six projets initialement présentés, seul celui de création d'une université euro-méditerranéenne a été réalisé. Quant aux autres, ils restent lettre morte...

S'il est évident que les relations euro-méditerranéennes ont grand besoin de trouver un nouvel élan, je doute encore que l'Union pour la Méditerranée soit le meilleur moyen d'y parvenir. En tout état de cause, je continuerai à défendre au Parlement européen les principes suivants : recentrage du partenariat sur les principes de cogestion et de coresponsabilité, mobilisation de moyens financiers à la hauteur de nos ambitions, avec notamment la création d'une banque euro-méditerranéenne d'investissement, réaffirmation de la centralité de la démocratie et des droits de l'Homme (aujourd'hui délibérément absents du projet de Nicolas Sarkozy), promotion d'une vision commune du développement, et enfin meilleure consultation des populations pour sortir du carcan intergouvernemental. Trop souvent, les relations euro-méditerranéennes ont été victimes de faux espoirs, de promesses non tenues. On ne peut se permettre de décevoir une nouvelle fois nos partenaires.

7. Est-il possible de mettre en place des programmes de formation tenues par des experts dans le domaine de certaines industries de pointe dans les pays européens en faveur des pays arabes? L’idée étant de lancer des industries dans des domaines qui restent jusque-là monopolisés par l’Union européenne.

A l'heure actuelle, il existe un programme européen appelé INVEST in MED dont l'objectif est la promotion des investissements et la facilitation des échanges commerciaux. Il renforce la collaboration des PME et les échanges des meilleures pratiques. Un second instrument, Medibtikar, encourage l'innovation et l'utilisation des nouvelles technologies. Ces programmes sont des initiatives positives, mais qui doivent encore être renforcées. Le partage des compétences et le transfert de technologies sont selon moi deux éléments essentiels du partenariat euro-méditerranéen. Sans un effort accru sur ces thématiques, la future zone de libre échange ne sera pas préparée dans de bonnes conditions. Je tiens par ailleurs à souligner le travail effectué par les villes du Nord et du Sud de la Méditerranée, qui, dans le cadre de la coopération décentralisée facilitent grandement les transferts de compétences.

8. Quelles sont les réalisations de l’invité pouvant être considérées comme atouts pour les pays méditerranéens arabes?

Pour répondre à cette question, je me permets de revenir sur un point déjà évoqué, celui de mon rapport sur la zone de libre échange euro-méditerranéenne. Dans ce rapport, j'ai réuni l'ensemble des groupes politiques autour d'une position commune axée en priorité sur le développement de nos pays partenaires. Sachant que le Parlement européen n'a que très peu de pouvoirs en matière commerciale, cela fut un signal important à la Commission européenne, montrant que la logique du tout commercial n'était pas acceptable pour nous. Concrètement, notre action a également permis de faire avancer une proposition très concrète, celle de la création d'une banque euro-méditerranéenne d'investissement. Cette banque permettrait de financer une multitude de projets dans le bassin méditerranéen, sur des thématiques aussi diverses que l'éducation, la recherche ou le développement économique.

9. Comment évaluez-vous l’intégration arabe en Europe? Est-elle réussie? Y a-t-il d’énormes carences à combler?


La question de l'intégration arabe en Europe fait face à de très nombreux défis, où se mêlent à la fois des considérations internes et une politique extérieure que l'on ne peut écarter du débat. D'un point de vue interne, nous devons malheureusement constater que le dialogue a été insuffisant pour assurer la compréhension mutuelle et le respect de l'autre. A cette dimension culturelle s'ajoute également un problème économique et social, puisque les difficultés économiques que continuent de subir les populations arabes en Europe sont aussi la source de leur exclusion sociale. Par ailleurs, la réussite de l'intégration arabe en Europe est également étroitement liée à la politique extérieure et en particulier au conflit israélo-palestinien. Ce n'est qu'en revoyant son modèle d'intégration, agissant simultanément sur ses politiques internes et sur sa politique extérieure, que l'Europe pourra combler ces carences qui, malheureusement, sont communes à la plupart des pays occidentaux.

10. A votre avis, comment peut-on changer l’image qu’ont les Arabes des Européens, formée à cause des politiques coloniales visant à exploiter les richesses de ces pays, afin de tourner la page ?

La vision que j'ai développée dans mon rapport, et que je continue de défendre, est que les relations entre l'Europe et les pays méditerranéens doivent avant tout s'établir entre partenaires égaux, sur la base du respect mutuel. Trop souvent, nous avons déçu nos partenaires, et ce n'est pas en élaborant une vision sécuritaire et protectionniste vis-à-vis de la rive Sud de la Méditerranée que les séquelles de la période coloniale seront effacées, bien au contraire. Je considère aujourd'hui que l'image qu'ont les Arabes des européens ne changera que si nous donnons un nouvel élan au processus de Barcelone, et ce sur les 3 volets de coopération : politique en contribuant à solutionner le conflit israélo-palestinien, économique en faisant de la futur zone de libre-échange un réel outil de développement, et culturel en multipliant les échanges et le dialogue interculturel dans le bassin méditerranéen.

11. L’ouverture des marchés arabes aux produits en provenance de l’UE est-elle à elle seule une garantie suffisante pour soutenir le développement ? Le libre-échange peut-il être un pas vers la garantie de la libre circulation des personnes et de la main d’œuvre entre les deux rives de la Méditerranée sur une base concurrentielle ?

Comme je l'ai souligné en réponse à une précédente question, je ne crois pas que la libéralisation du commerce génère automatiquement le développement. Ce raccourci intellectuel, défendu par les libéraux en Europe et ailleurs, représente un danger réel pour nos partenaires. En effet, malgré des taux de croissance parfois supérieurs à la moyenne européenne, ils gardent des économies fragiles et surtout des populations vulnérables qui ne résisteraient pas au choc d'une libéralisation brutale. Tout l'enjeu consiste donc à préparer longuement et efficacement nos partenaires à la suppression des barrières douanières, mais aussi à établir des mécanismes de sauvegarde permettant de les protéger si la libéralisation venait à produire des effets négatifs. Concernant la libre circulation des personnes, elle est selon moi un volet complémentaire et indissociable de la libre circulation des marchandises et des capitaux. Elle doit cependant être mise en œuvre de manière graduelle et conditionnée, tout en évitant la fuite des cerveaux ou une mise en concurrence brutale qui favoriserait le dumping social.

12. Comment vivez-vous le fait que vous soyez un haut placé européen d'origine arabe? Est-ce un enrichissement ou un obstacle? Et comment définissez-vous votre identité : arabe, algérien, français ou citoyen du monde?

C'est un parcours atypique, celui d'un homme issu d'une condition modeste, mais engagé et nourri par des valeurs, qui peut aujourd'hui les exprimer avec plus de force comme élu. Mais je n'oublie pas d'où je viens et je me dis que j'honore mes parents par ce parcours qui, je l'espère, montre à tous les jeunes, quelles que soient leurs origines, que les portes, même si elles sont parfois difficiles à pousser, ne sont pas impossibles à ouvrir.
Sur la définition de mon identité, je me sens tantôt l'un, tantôt l'autre. Mais il faut continuer même si l'on rencontre des obstacles. C'est peut-être cela la richesse. Elle est le fruit de ce mélange des langues et des lieux. Elle est la mixité d'un parcours, la rencontre avec les autres. Je me sens nourri par toutes les cultures qui font ma vie.